OGM et mémoire courte, par Solveig Letort

Publié le par dan29000

La mémoire courte

 


L'étude du professeur Gilles Eric Seralini et de son équipe (septembre 2012) sur les OGM a fait l'effet d'une bombe. Elle a rapidement été oubliée par les médias nationaux, puis reléguée à la rubrique « faits divers », face au pilonnage de nombreux scientifiques dont les intérêts ne sont pas tous aussi clair qu'un ciel d'aurore sur les causses au mois d'août... Mais voilà une bombe à retardement qui continuera à exploser régulièrement au fil de l'actualité.


 

On ne peut, dans l'état actuel des choses, juger de la valeur de cette étude. Un jour, on saura. Fatalement. On sait par contre déjà qu'en quelques heures, la France s'est retrouvée unanimement anti-OGM. Et les journalistes de se féliciter de façon récurrente du moratoire décidé par le gouvernement Sarkosy. Pour un peu, on louerait presque ce gouvernement de nous avoir ainsi sauvés d'un empoisonnement à petit feu. Et vive la France rebelle qui, face à ses partenaires européens, tient fièrement le drapeau de la sécurité alimentaire !


Ce serait un peu vite oublier le long combat mené depuis près de quinze ans par des femmes et des hommes de terrain. Oubliées les amendes, oubliées les menaces de saisies sur salaire, oubliés les coups de matraque, les bombes lacrymogènes et les chiens lancés dans les champs de Solomiac. Oublié le sang qui coule, comme les larmes. Oubliés les injures, le mépris. Oubliée la grève de la faim du début d'année 2008 qui arracha enfin le moratoire....


La mémoire courte. Il en aura fallu pourtant de l'énergie et de l'imagination pour ouvrir le débat et empêcher les semenciers d'utiliser les champs comme des paillasses de laboratoires. Obtenir seulement le droit de prendre le temps de la réflexion et de l'expérimentation avant qu'il ne soit définitivement trop tard. S'il n'y avait pas eu ces lanceurs d'alertes, ces scientifiques, ces politiques, ces moralistes, ces activistes, ces juristes, ces journalistes, ces militants, ces non-violents et toutes celles et ceux qui disaient non, obstinément non, l'étude de Séralini aurait été une bombe jamais dégoupillée.


« Il n'y a de mémoire qu'en direction du monde qui vient », écrivait Rabbi Nahman. La mémoire courte peut-être, mais aussi la certitude qu'il est des combats qu'il convient de mener à la fois politiquement, juridiquement, socialement, physiquement et médiatiquement. La lutte du Larzac, la lutte contre les OGM, la lutte contre l'extraction du gaz de schiste en sont autant d'exemples à étudier, analyser pour s'en inspirer.
 

Solveig Letort

 

 

SOURCE / LARZAC.ORG

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