Ondes électromagnétiques : La peur touche les syndicats, mais pas Fleur Pellerin, ministre mal informée

Publié le par dan29000

jeu, 31/01/2013 (All day)

La peur des ondes touche les syndicats

 

 

De plus en plus de salariés demandent d’abandonner le wifi, de supprimer des antennes relais ou bien d’effectuer des études indépendantes. Le monde du travail se penche, non sans crainte, sur les répercussions des technologies sans fil.


 

Siphonné. Le  projet de loi d’Europe Ecologie Les Verts sur les ondes électromagnétiques a été vidé de sa substance lors de son  passage en commission des lois. Abaissement des seuils d’exposition, reconnaissance de l’électro-sensibilité, protection de l’enfance, obligation de réaliser une étude d’impact pour toute nouvelle technologie… toutes ces mesures sont reportées ou tout bonnement écartées. Le texte fantomatique sera discuté à l’Assemblée ce jeudi 31 janvier et aura le mérite selon Europe Ecologie Les Verts « d’ouvrir le débat ». Une belle litote pour maquiller le revers du parti sur ce qui devait être l’avancée écologique de l’année... Fleur Pellerin, la ministre de l’Economie numérique a déjà fait entendre sa voix en parlant de  « peurs irrationnelles » liées aux ondes radioélectriques. Si selon la ministre, « la dangerosité des ondes n'est pas scientifiquement étayée », l’inquiétude gagne, elle, le milieu du travail puisque de plus en plus syndicalistes se mobilisent afin, disent-ils, « de mieux protéger les salariés ».

 

Maux de tête

 

Dès 2007, FSU défendait les salariés des bibliothèques parisiennes opposés à la Wifi. La Bibliothèque Nationale de France avait suspendu et même renoncé à la technologie sans fil au nom du principe de précaution. En 2011,  le comité d’hygiène de la RATP (CHSTC), piloté par Sud, a déclenché un droit d’alerte sur les risques de surexposition aux ondes électromagnétiques.  La justice n’a pas reconnu de « risque grave » mais François-Xavier Arouls, délégué sud-RATP, se dit toujours « inquiet » des nombreux systèmes émissifs dans le métro ou RER parisien qui s’accumulent au fur à mesure - 47 hotspots dans 15 gares RER et stations de métro, radios wifi pour communiquer entre agents, apparition de la 4G, effet « cage de Faraday ». Certains agents, selon Arouls, se plaignent de maux de tête

 

Début 2012 SGP-police-FO s’est mobilisé pour  empêcher l’installation d’antennes relais au-dessus des commissariats. Le syndicat avait appris qu’un   accord secret entre les préfectures et les opérateurs planifiait d’installer des antennes sur de nombreux bâtiments des forces de l’odre. SGP-FO ne l’a pas entendu de cette oreille et s’est alors mobilisé au nom du principe de précaution. 

 

« Prise de conscience »

 

Pour l’heure, seul Sud Solidaires a exprimé un point de vue unitaire sur les ondes électromagnétiques. Le syndicat, selon les mots de son porte-parole Eric Beynel, demande que « les seuils de danger fixés par des études indépendantes soient pris en compte, et non les seuls seuils officiels, largement influencés par les industriels ». Le syndicat se dit aussi « préoccupé » par les situations de certains salariés ayant développé une sorte d’allergie aux ondes –une maladie non reconnue en France mais appelée «  l’électro-hypersensibilité- et ne pouvant plus travailler dans des milieux exposés.  Le 17 octobre dernier, une journée interprofessionnelle réunissait différentes branches de Sud : SNCF, RATP, Banque de France, Renault trucks, AFP, CNRS, France-Telecom Orange, Autoroutes de France, douanes… Des corps de métiers très différents mais tous touchés par la même crainte d’une surexposition aux ondes. Moment clé, la prise de position de l’OMS en 2011 classifiant les ondes électromagnétiques comme potentiellement cancérigènes (niveau 2B). L’organisme mondial a révélé aux différents délégués syndicauxun nouveau risque à prendre en compte. 

 

 

« Il existe une réelle prise de conscience de la part des travailleurs » selon Patricia Mouysset du cabinet Technologia, une entreprise d’évaluation et de prévention des risques professionnels agréée par le ministère du Travail. « Nous sommes de plus en plus saisis par les CHSCT pour des demandes d’expertise sur le rayonnement des ondes électromagnétiques. » « L’utilisation de la wifi et des téléphones portables sont au centre des demandes. C’est vrai qu’une utilisation régulière et massive du téléphone portable amène certaines questions sur les répercussions ». Seule l’Italie a tranché le débat puisqu’en 2012, la Cour suprême italienne a reconnu comme maladie professionnelle la tumeur au cerveau d’un usager du téléphone portable.Une décision qui a par exemple «réveillé la conscience» d'un délégué du personnel de la SNCF Willy Dans (Sud Rail).

 

Concerné au même titre que la RATP par la multiplication des sources d’émission (hotspots, caténaires, appareils wifi, ondes radio), il se dit très inquiet pour la santé des cheminots et des contrôleurs. Il a demandé une expertise indépendante à sa direction. Demande refusée

 

Des émissions d'ondes 60 fois supérieures aux seuils conseillés

 

Patricia Mouysset est souvent questionnée sur le danger potentiel des antennes relais. Alain Paulien, pourtant cadre chez France Telecom-Orange, ne dissimule pas sa « suspicion » sur un lien de cause à effet entre les antennes relais et la santé. Ce délégué CGT du personnel à Digne explique que ses « bureaux sont face à des antennes relais et dans l’axe des émissions. On s’est aperçu que beaucoup de gens étaient malades. Certains souffraient de maux de tête, de fatigue inhabituelle voire de problèmes osseux et musculaires. Orange dit qu’il n’y a pas de problème, moi je demande une expertise indépendante mais l’entreprise refuse. Je me sens un peu seul, c’est difficile. » Cette solitude, beaucoup se délégués syndicaux la ressentent. A Renault Trucks par exemple, la direction a seulement concédé déplacer les antennes wifi des engins de manutention. En effet, les spots se situaient dans la cabine, à un mètre de la tête des pilotes qui se plaignaient de migraines… En revanche, impossible de désactiver les réseaux wifi ni de faire venir une expertise indépendante. La direction, selon le délégué sud Miguel Lefrançois, a fait venir la Carsat (une branche de l’assurance maladie spécialisée dans la santé au travail), « ils sont venus, n’ont même pas pris de mesures et sont repartis pour dire que tout était aux normes et qu’il n’y avait pas de risques. Tant que la loi ne changera pas, ils s’en foutent ! »

 

La loi française autorise encore aujourd’hui les émissions jusqu’à 41 volts par mètre alors que  le Conseil de l’Europe conseille aux Etats membres de ne pas dépasser les 0,6 volts. 

 

Reclassés pour électro-hypersensibilité

 

Si la loi ne change pas, certaines entreprises ou collectivités semblent avoir pris la mesure d’un autre phénomène : l’électro-hypersensibilité. Une sorte d’allergie aux ondes qui empêche l’individu d’être exposé sous peine de souffrances physiques diverses (maux de tête, sensation de brûlures, insomnies, vomissement, ect…) Sud a répertorié plusieurs personnes souffrant de ce mal et faisant l’objet soit de reclassement en interne sur des postes moins « exposés », soit d’une lutte avec la direction. Certaines procédures sont en préparation et ne peuvent encore faire l’objet d’une médiatisation selon Eric Beynel. En revanche Bakchich a contacté la CGT-mairie de Paris.  Agnès Dutrévis et Bertrand Pieri qui représentent le syndicat à la direction des affaires culturelles de la ville ont confirmé tous les deux à Bakchich que cinq employés de la mairie ont été reclassés ces dernières années suite à des troubles de santé d'ordre électro-sensible ! Des employés ont en effet menacé de faire valoir leur droit de retrait (situation de dangerosité pour sa vie) et l'administration parisienne a cédé, plaçant ces hommes et ces femmes dans des postes moins exposés à la wifi, notamment sur des postes techniques d'archivage... Selon Dutrévis, une personne souffrirait encore d'électro-sensibilité mais ne voudrait pas quitter son métier de peur de se retrouver finalement dans un placard et donc « elle souffre en silence ». 

 

L’électro-sensibilité est un sujet « très délicat à traiter » pour Patricia Mouysset. « Bien que cette maladie ne soit pas reconnue comme maladie professionnelle, elle existe. Elle est reconnue au niveau scientifique. Lorsque je prenais mes cours à l’Ineris (Institut de l’Environnement Industriel et des Risques), le professeur René de Sèze, admettait tout à fait son autenthicité. » L’OMS, elle aussi l’a reconnu sans toutefois incriminer une quelconque origine. Dès lors, la Suède, l’Angleterre et l’Allemagne avaient, elles aussi, reconnu la maladie. Reste la France où dernièrement la commission des lois a jugé bon de supprimer du projet législatif des écologistes toute référence à l’électro-sensibilité. 

 

A l’avenir, certains syndicats pensent sérieusement porter l’électro-hypersensibilité devant les tribunaux et engager un combat pour que cette maladie soit reconnue comme maladie professionnelle. 

 
 

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Publié dans environnement

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