OpenLeaks bientôt : mais c'est quoi ?

Publié le par dan29000

 

 

 

Bientôt sur vos écrans : OpenLeaks 
par Fabrice Epelboin et Curt Hopkins



En septembre dernier, plusieurs membres de haut rang issus de Wikileaks ont quitté le projet, avançant que son fondateur, Julian Assange, avait un comportement autoritariste et ne se souciait guère de la sécurité de ceux dont les noms apparaissent dans les fuites publiées. Ils lui reprochent aussi de se focaliser sur les USA, et d’avoir des visées politiques irréalistes. En novembre, le groupe dissident a annoncé la création d’une organisation rivale, appelée OpenLeaks.


Le site, prévu initialement pour être mis en ligne la semaine dernière, a finalement vu sa sortie repoussée en janvier, ce qui nous a laissé le temps de compiler différentes sources ainsi que les déclarations des initiateurs du projet OpenLeaks afin de vous présenter la façon dont devrait fonctionner le site.
Le pitch

OpenLeak fournira aux sources soucieuses de préserver leur anonymat un moyen d’uploader des documents fuités à un destinataire en particulier. Journaux, chaînes de télévision, radios, organisations à but non lucratif, ONG, syndicats, associations de consommateurs et autres pourront utiliser le service comme un intermédiaire entre eux et leurs sources.

Contrairement à Wikileaks, le site ne publiera rien lui même. Eviter de se positionner comme éditeur devrait, selon ses fondateurs, les mettre à site à l’abri des pressions politiques.
Déposer une fuite en ligne

Les sources seront en mesure de déposer un document à travers un «site dédié à la dépose de documents» qui sera intégré au site du média ou de l’organisation partenaire mais qui contingentera le transfert d’informations au système d’OpenLeaks.

La source et l’organisation à qui elle destine ses informations sont ainsi isolées l’une de l’autre, l’information passera à travers la structure du site OpenLeaks où elle sera totalement anonymisée avant d’aller où que ce soit, quelque soit la localisation de la source et du destinataire de celle-ci.

Etant donné la pression politique subie par Wikileaks, les systèmes de recueil de fuites à destination des sources (« leak as a service », en quelque sorte) risquent d’être difficiles à «vendre», même si Domscheit-Berg affirme que son organisation est en train de passer des accords avec une douzaine de partenaires potentiels et passe en revue en ce moment un grand nombre de demandes de partenariat.

Si, après une période déterminée, le destinataire de la fuite ne l’a pas publié, OpenLeaks la rendra accessible à un plus grand nombre de ses partenaires, mais le process qui entoure cela n’est pas encore bien clair. Tout aussi peu clair est la possibilité donné (ou non) à une source de ne s’adresser qu’à un seul destinataire et de voir le document qu’il a transmit détruit s’il ne donne lieu à aucune publication.
Culture d’entreprise

Domscheit-Berg dit espérer que son organisation soit plus transparente que Wikileaks, connu pour être particulièrement opaque, mais la façon dont l’organisation compte organiser cette transparence n’est pas encore claire.

Assange a affirmé voir en Wikileaks un système destiné à brider les gouvernances, avançant que dégrader l’efficacité du système actuellement en place dans de nombreux gouvernements fera naitre un nouveau et potentiellement meilleur système. OpenLeaks n’a fait aucune affirmation de ce type et semble éviter le plus possible de prendre le moindre parti pris éditorial ou politique, en dehors d’une position affirmée pour la transparence, au sein des gouvernements tout comme dans d’autres sphères.
Open Source

Le code sera, à priori, en open source, comme l’a affirmé l’un des membres de l’organisation d’OpenLeaks, l’un des aspects du projet étant d’encourager l’apparition d’autres projets similaires. Domscheit-Berg affirme par ailleurs que Wikileaks a «perdu sa promesse originelle d’open source».
Autres fonctionnalités

Le site sera disponible en six langues, il aggrégera des liens menant vers des articles publiés sur d’autres sites faisant usage des informations transmises par son intermédiaire, et l’ensemble de la structure OpenLeaks sera surveillée et guidé par une fondation en charge de ces responsabilités.
Wikileaks version 2 ?

Si OpenLeaks résoud bon nombre de problèmes posés par wikileaks, comme la suspicion que ce dernier ait un agenda politique qui motive sa ‘politique éditoriale’, où l’importance donné à un petit nombre de média sur qui repose, au final, une mission de censure qui concentre un nouveau pouvoir dans les mains d’acteurs ayant, eux aussi, des intérets à défendre pouvant entrer en conflit avec le contenu des fuites, il pose néanmoins de nouveaux problèmes.

La multiplication raisonnable des destinataire des fuites, et surtout la période d’exclusivité donnée à un destinataire-partenaire d’OpenLeaks va démultiplier ces nouveaux censeurs.

Posséder l’exclusivité d’une fuite pour un destinataire, tel que semble l’envisager à ce stade le système OpenLeaks, ne serait-ce que durant quelques semaines, donnera à ce destinataire un pouvoir gigantesque qui tentera plus d’une personne à sortir du cadre éthique de sa mission qui, même s’il est chevillé au corps de bon nombre de journalistes, n’est en rien indispensable à l’obtenir une carte de presse, et dont la violation n’est pas à ce jour sanctionné.

Si de vénérables organes de presse comme Le Monde, moins de deux semaines après le début des travaux sur le CableGates, se font déjà épingler à censurer les informations suceptibles de leur porter atteinte, comment un système comme OpenLeaks évitera-t-il de donner naissance à de tels dérives ?
Des contre-pouvoirs qui restent à imaginer

L’auto-censure de la part des média, dans le cas d’OpenLeaks, n’aurait pas nécessairement de ‘contre pouvoir’, comme c’est la cas avec Wikileaks, où les média partenaires, qui disposent du même accès aux fuites, ainsi que la publication des câbles expurgés, est censé assurer cela. Durant la période d’exclusivité accordée au destinataire d’une source utilisant OpenLeaks, il n’existera aucun contre-pouvoir. Dans le cas d’une fuite massive de documents (comme les archives email d’une grande entreprise), il serait aisé pour le destinataire de la fuite de gommer discrètement certaines informations susceptibles de le déranger ou de porter atteinte à ses intêret directs ou indirects.

Pire encore, il est aisé d’imaginer monayer auprès de la ‘victime’ de la source un accès à la fuite lui permettant de mettre à profit cette période d’exclusivité pour mettre en place une stratégie de réponse – juridique, communication, relations publique, lobbying, etc. Un délai d’un mois pour préparer une crise majeure n’a pas de prix pour une multinationale, et la tentation sera grande pour beaucoup tant les sommes en jeu pourraient s’avérer considérables.

Imaginez que vous receviez des documents prouvant une gigantesque malversation financière de la part d’une multinationale. Combien vaut cette information si elle lui permet de mettre en place avant que la tempête n’arrive une stratégie de défense ? Suffisamment pour corrompre n’importe qui, à priori. Assange est d’ailleurs soupçonné de telles malversations.



la suite : http://fr.readwriteweb.com/2010/12/22/a-la-une/bientt-sur-vos-crans-openleaks/


Source : Mediapart

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