Oxmo Puccino en entretien : "Hadopi démontre l'étendue du déni et de l'ignorance

Publié le par dan29000

 

 

 

 

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Oxmo Puccino : "Hadopi démontre l'étendue du déni et de l'ignorance"

Interrogé par Nouvelobs.com, le rappeur français s'élève contre une loi qui veut punir "ceux qui téléchargent", alors que "tout le monde est coupable".


Alors qu'un album live* est prévu pour la mi-novembre, Oxmo Puccino prête ses textes léchés à un premier jeu vidéo de karaoké dédié au rap**. A cette occasion, Nouvelobs.com a rencontré le Français mi-rappeur, mi-geek.
 



Pourquoi vous associez-vous à un jeu vidéo ?

- Le jeu vidéo est un moyen original pour s'adresser au plus grand nombre d'une manière ludique. L'approche est différente par rapport à un disque ou un clic sur Internet, le jeu implique beaucoup plus.



Avec les jeux musicaux se développent des plates-formes de téléchargement légales dédiées. Pensez-vous que cela puisse être un bon moyen pour vendre de la musique ?

- Tous les moyens sont bons... Chaque nouvelle voie est bonne à prendre, surtout aujourd'hui quand le plus gros support [le CD] est en voie de disparition.



Vous semblez friand de nouvelles technologies.

- J'adore ça. Mais aujourd'hui j'ai l'impression que l'on tourne en rond. Foncièrement, je ne vois pas de différence entre un iPad et un PalmPilot [PDA sorti en 1997, NDLR]. Aujourd'hui, ce n'est que du beau superflu, voire une création de nouveaux besoins.



Facebook est l'un de ses nouveaux besoins superflus ?

- Non, pas Facebook. Pour moi, Facebook démontre l'une des tares qui caractérisent nos pays industrialisés : la solitude. Je suis fasciné par ces nouveaux réseaux sociaux où les gens en disent beaucoup plus qui ne le pensent et en révèlent beaucoup trop. Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux, quelque part ce sont aussi des jeux vidéo. On y retrouve des photos, des vidéos, de l'interaction, une certaine addiction, des manettes... Les gens se mettent en scène, s'invente un personnage. Ce sont des jeux dont vous êtes le héros. Il y a quelques années, tout le monde tapotait sur sa Gameboy, aujourd'hui on s'éclate en pianotant sur les BlackBerry et iPhone.



Que vous inspire ce phénomène ?

- Nous sommes devenus des machines à écrans : l'écran de l'ordinateur, l'écran du téléphone, l'écran de la télévision... Nous passons notre vie entouré d'écrans. Cela nous hypnotise, nous prend du temps et de l'attention, au point d'en devenir palliatif. Bientôt nous ne communiquerons plus que par écrans interposés. Dans tout ça, on se perd...



Vous êtes un geek.

- Oui, je suis un geek. Je suis tombé dans l'informatique vers 13 ou 14 ans lorsque j'ai eu mon premier ordinateur. Ma mère s'est cotisée pour nous acheter un Amstrad CPC 464 à La Redoute à crédit. [Rires] Aujourd'hui, je dois avoir trois ou quatre ordinateurs allumés en permanence à la maison, sous Linux. J'aime cet état d'esprit Open Source et surtout j'aime pouvoir contrôler et savoir ce qui se passe sur ma machine. Au point où est utilisé l'informatique, mieux vaut en connaître un minimum... Mais les gens ne connaissent pas ce domaine. Il n'y a qu'à voir la portée médiatique du phénomène hilarant qu'est Hadopi.



Que pensez-vous d'Hadopi ?

- Je pense que c'est drôle. Hadopi est un concept qui montre l'étendue du déni et de l'ignorance. Du déni parce que les dommages que subit l'artiste, au fond, on en à rien à foutre. Le problème [du téléchargement illégal] ne concerne au final que l'industrie du disque qui n'a pas trouvé son modèle.



Pourtant, Hadopi a été largement soutenue par les artistes...

- Les artistes l'ont soutenu sans vraiment comprendre. Ils ont soutenu l'idée qu'ils doivent pouvoir continuer à gagner de l'argent avec leur musique. Mais il ne faut pas demander à des artistes qui doivent divertir des gens de comprendre des centaines de pages de textes législatifs.



Vous êtes donc un artiste Hadopi-sceptique ?

- L'idée même d'Hadopi est stupide : aller punir quelqu'un parce qu'il télécharge. Pourquoi ne vont-ils pas arrêter les responsables de MegaUpload, Rapidshare, FileHost, et autres ? Tout le monde est coupable. De plus, Hadopi reste une loi française face à un réseau virtuel mondial. Que vont-ils faire si je passe par un serveur en Australie ou en Hollande pour télécharger ? Le principe est complètement absurde. Les 10 millions d'euros [de budget annuel de l'Hadopi, NDLR] pourraient servir à former les gens à l'Internet, à favoriser les créations numériques, à développer des plates-formes de téléchargement légales, etc.



* "Minutes magiques", sortie prévue le 15 novembre
** "Def Jam Rapstar", sortie prévue le 4 novembre sur PS3, Xbox 360 et Wii



Interview d'Oxmo Puccino réalisée le mardi 5 octobre par Boris Manenti



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