Palestine : Gaza 1956, une bande dessinée de JOE SACCO

Publié le par dan29000

gaza sacco

Entretien avec Joe Sacco : dans la bande dessinée de Gaza / LES INROCKS

Joe Sacco a inventé un genre graphique à la croisée du journalisme, du documentaire et de la bande dessinée. Pour Gaza 1956, son nouvel ouvrage, il est allé en Palestine pour retrouver les témoins d’un massacre oublié.
Le 22 février 2010 - par Clarisse Bouillet
De la Bosnie à Gaza, armé de son seul crayon, Joe Sacco construit depuis environ vingt ans une œuvre puissante, originale et profondément humaniste.
Attaché à montrer la vie et la pensée des gens des pays en guerre, il donne la parole aux victimes des conflits, souvent oubliés des médias traditionnels. Se mettant en scène en sorte de Candide, il raconte des histoires terribles tout en gardant un sens de l’humour salvateur. 
Ses romans graphiques Palestine, Gorazde : la guerre en Bosnie orientale 1993-1995, The Fixer – Une histoire de Sarajevo, ou Gaza 1956 sont autant de moyens de démontrer l’universalité de la détresse mais aussi de l’espoir.


Entretien >

Pourquoi faire une bande dessinée qui revient sur des événements datant de plus de cinquante ans ?

Joe Sacco – Il y a quelques années, je suis tombé sur un rapport de l’ONU qui parlait de centaines de civils palestiniens tués dans la bande de Gaza en 1956. En effectuant des recherches, je me suis rendu compte que ces événements avaient été totalement oubliés et que personne ne savait vraiment ce qu’il s’était passé. Quatre cents morts, ce n’est pourtant pas anodin ! Ça a été le point de départ de ma bande dessinée.

Comment avez-vous travaillé ?

Je me suis rendu dans deux camps de réfugiés, Khan Younis et Rafah, pour retrouver des gens qui avaient vécu ces événements et collecter leurs souvenirs. J’ai interviewé des dizaines de personnes, dessiné leurs portraits, noté leurs noms. Sur de nombreux points, les témoignages concordent.

Que racontent ces témoins ?

Qu’il y a eu deux événements majeurs. Dans le camp de Khan Younis, des soldats israéliens ont aligné plus de deux cents hommes devant un mur et les ont abattus. Dans celui de Rafah, les hommes âgés de 15 à 60 ans ont été regroupés dans une école, certains emprisonnés, d’autres tués. Tous étaient des civils. Il faut tenir compte du contexte, même si cela n’excuse rien : les militaires israéliens cherchaient des soldats égyptiens susceptibles de se cacher parmi les réfugiés.

Avez-vous essayé de recueillir des témoignages israéliens ?

Je reconnais que ces voix manquent un peu dans mon livre. J’ai eu des échanges avec des historiens et des militaires israéliens, on en voit quelques-uns dans le livre ; des chercheurs se sont plongés pour moi dans les archives de l’armée et de la Knesset, mais je n’ai pas réussi à obtenir de témoignages. Les Palestiniens parlaient plus volontiers : ce sont les victimes.

Dans Gaza 1956, vous n’évoquez pas seulement la Palestine des années 50 ; vous faites aussi un portrait terrible du présent des Palestiniens.

Le quotidien là-bas est terrible : leurs maisons sont détruites, ils essuient des tirs israéliens, s’approvisionnent à l’aide de tunnels clandestins… Les gens ont l’impression de ne pas avoir d’avenir et n’ont aucun moyen de sortir de Gaza. La situation est à un niveau de violence inouï : attentats suicides, bombardements, attaques aériennes ou avec des tanks… Dans mon livre, les Palestiniens se réjouissent des attaques suicides en Israël : c’est choquant, mais avec de telles conditions de vie, on ne peut pas demander à un homme d’être à son meilleur. Ce présent violent n’est pas sans lien avec le passé de 1956 : les injustices d’hier sont le ferment de ce qui se passe aujourd’hui.

 

 

En 1991, vous vous étiez déjà rendu dans la bande de Gaza pour écrire Palestine : d’où vous vient cet intérêt pour la région ?


J’ai grandi aux Etats-Unis où le mot “Palestinien” a longtemps été synonyme de terroriste. Il m’a fallu des années pour comprendre qu’il y avait un contexte que les médias américains ne restituaient pas. Comme j’étudiais le journalisme, j’ai décidé d’aller voir par moi-même ce qui se passait et j’ai écrit Palestine pour faire entendre la voix des Palestiniens.

Est-ce aussi pour faire entendre une voix que personne n’écoutait que vous êtes allé en Bosnie, à la fin des conflits entre les Serbes et les Bosniaques, pour écrire Gorazde et The Fixer ?

Pour la Bosnie, le point de départ était un peu différent. C’était difficile d’imaginer que de telles choses se déroulaient en Europe et j’avais noté que le gouvernement américain traitait le conflit en Bosnie comme une crise humanitaire plutôt que comme une crise politique. Alors je me suis rendu à Sarajevo mais les gens en avaient marre des médias. Il y avait une autre enclave bosniaque encerclée par des Serbes : Gorazde. C’est vrai, j’ai eu l’impression que personne d’autre n’allait en parler si je ne le faisais pas. C’était un moment très particulier, extraordinaire : les gens ignoraient si la guerre était terminée ou pas. Il y avait de l’espoir, ils étaient heureux de voir un visage étranger, me posaient des questions sur le sport, le cinéma… toutes ces choses dont ils n’entendaient plus parler depuis longtemps. C’était incroyable de voir qu’ils prêtaient encore attention à tout ça. Ils en avaient besoin pour se sentir encore humains.

 

SUITE ET FIN DE L'INTERVIEW ICI /

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1266818401/article/entretien-avec-joe-sacco-dans-la-bande-dessinee-de-gaza/

Publié dans Monde arabe - Israël

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