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Le polar made in France a toujours été une place forte du politique et du social depuis bien des années et ce n'est pas nous qui allons nous en plaindre. Ramdane Issaad dont nous lisons souvent plaisir les papiers sur RUE 89, nous propose un superbe roman noir bien ancré dans notre réalité actuelle. Celle du baby-boom qui se transforme actuellement en papy-boum, une belle kyrielle de quinquas et sexagénaires prennent le chemin de la retraite. D'une retraite amputée par les réformes de Sarkozy, et souvent cela ne fait pas lourd. Conséquence directe une recrudescence récente d'histoires bien réelles de passage à l'acte délinquant...

 Normal.

 Ici, il se nomme Leonard Bornstein, il approche de soixante ans, licencié en fin de droits, mais pas encore éligible à la retraite. Comme on le sait, l'hexagone possède les minima sociaux les plus faibles d'Europe. Direct à la rue pour de plus en plus de gens dans son cas.

 Que faire, comme disait machin...

 C'est par un acte de rébellion qu'il va être amené à réaliser qu'il n'a plus rien à perdre, et donc tout à gagner. Inspiration aussi soudaine que libératoire. Dès lors sa vie va changer radicalement et basculer. Nous allons pouvoir le suivre, sur un rythme d'enfer, dans sa quête de révolte contre notre société pourrie et destructrice, de Milan à Gstaad. Peu à peu, notre licencié va se transformer en activiste faisant le constat que bien des prédateurs de la haute bourgeoisie hexagonale vivent bien à l'aise en toute impunité.

 Le roman avance particulièrement vite pour notre plus grand plaisir. Difficile assez souvent de reporter sa lecture au lendemain. Un signe qui ne trompe pas. Il est vrai que l'auteur est déjà plus que confirmé, avec huit romans et un essai très remarqué chez Denoël "La dictature d'Hippocrate". D'abord médecin, puis documentariste pour la télévision, il ne vint à la littérature qu'il y a une vingtaine d'années avec "Vertige des abbesses".

 Disons-le, ce roman va au-delà du polar et de ses poncifs souvent répétitifs, il est vraiment subversif, et peut donner parfois envie de stopper cette mode qui depuis quelques années, offre à de plus en plus de gens une révolte par procuration.

 Et si certains arrêtaient de vivre ou de se révolter juste par procuration ?

 Malgré un silence assez pesant sur ce roman déjà sorti depuis quelques mois, de la part de nos célèbres critiques plus portés à l'encensement des philosophes médiatiques à chemises blanches, ce roman va faire son chemin dans le temps, avec le bouche à oreille, avec les blogs, avec la passion de quelques lecteurs, car il sonne juste, sonne vrai, et cela est souvent très jubilatoire.

 

 Que demander de plus ?

 N'hésitez pas à le lire et ensuite à l'offrir, un roman noir qui dynamite notre société mortifère, un roman noir réjouissant.

 

 

 

Dan29000

 

Papy  Boum

Ramdane Issaad

Editions du net

2011 / 264 p / 12 euros

 

Voir le site de l'éditeur

 

Lire un entretien avec l'auteur sur MEDIAPART

 

extrait /

 

On a tous un peu envie d'être ce personnage. Comment est-il né ?


R.I. : J'ai eu l'idée du roman en 2009 alors que du fait du nouveau statut des intermittents du spectacle et privé de toutes ressources, je me suis brutalement retrouvé dans la plus grande précarité et véritablement au bord d'un regrettable passage à l'acte. La faim, je dis bien, la faim, F.A.I.M, à tendance à justifier les moyens ! (rire). A la même période, on était aussi en pleine réforme des retraites. A l'âge que j'avais, je n'étais ni reclassable, ni indemnisable. Alors plutôt que passer chez un armurier et faire une grosse bêtise en braquant l'épicier du coin, j'ai préféré raconter l'histoire d'un quinquagénaire au bout du rouleau, et qui prend le mors aux dents. Le synopsis s'est mis en place en dix minutes durant un trajet avec mon fils collégien de 14 ans. Il a adoré l'idée et m'a demandé d'aller au bout, ce que j'ai fait. Comme j'avais aussi quelques petits comptes à régler avec des notables français compromis dans des affaires de séquestrations, tortures et viols, commis à Toulouse et Auxerre, j'ai profité du récit pour leur infliger une punition bien méritée, quoique parfaitement immorale et répréhensible, je le reconnais bien volontiers, mais c'est là tout le plaisir de la fiction.

 

Tag(s) : #lectures

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