"Par rues et par vies", paroles de SDF, images de résistance

Publié le par dan29000

Sept sans-abri racontent des années de galère en quarante petites minutes

jeudi 24.11.2011- La Voix du Nord

 Michel a passé plus de cinq ans dans la rue. Il fait partie de ceux qui ont accepté de témoigner face à la caméra d'Anne Jeannin.
Michel a passé plus de cinq ans dans la rue. Il fait partie de ceux qui ont accepté de témoigner face à la caméra d'Anne Jeannin.

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Cela fait partie de ces « petits » événements qui passent inaperçus. Inaperçus comme ces sans-abri que l'on ne voit même plus dans la rue, les yeux baissés vers le trottoir. Le temps d'un film, tourné à Lille et diffusé mardi soir parvis Saint-Maurice (notre édition d'hier), ces hommes et ces femmes ont eu la parole. Quarante minutes pour décrire une galère qui dure depuis des années.


 

PAR JÉRÉMY LEMAIRE

lille@lavoixdunord.fr

 

 


Les lumières de la salle paroissiale Saint-Maurice s'éteignent et le film Par rues et par vies commence par une présentation des protagonistes. Sept SDF, dont une femme, qui ont accepté l'invitation de la réalisatrice Anne Jeannin. Pour les présentations, le nom importe peu : Justine, Jean-Pierre, Alexandre... De toute façon, dans la rue, les surnoms sont légion. Du plus simple, Nico, 23 ans et « déjà depuis dix ans dans la rue », au plus original, Jésus, SDF à la barbiche poivre et sel.

Sans fard, ils racontent leur vie d'errance. « J'ai beaucoup travaillé avant, confie Alexandre. Circassien, colporteur, dans le bâtiment... Après, j'ai voyagé beaucoup et je me suis perdu un petit peu. » La Côte d'Ivoire, la Guyane pour Jésus. L'Italie ou l'Espagne pour Nico. Avant de se retrouver sur un trottoir de Lille, en pleine « jungle » ou en « enfer », c'est selon.

« Confiance en personne »

Ce film, que la réalisatrice ne souhaite pas appeler un documentaire, « un document » à la rigueur, a été tourné à hauteur d'homme. Caméra au poing, assis, au niveau du sol. « Faire la manche, c'est vraiment avilissant », lâche Jean-Pierre. Pas le choix. Sinon il reste toujours la solution du vol dans les supermarchés. Ils l'avouent face caméra : oui, on vole. Oui, on boit. Nico reconnaît même être toxicomane. Ils le disent comme une évidence. Cela fait partie de leur vie, voilà tout. Comme la violence qu'ils subissent au quotidien. « La nuit, il vaut mieux toujours garder un oeil ouvert, conseille l'un d'eux. Parfois, il y a des gens qui viennent et qui te tapent...

 » Gratuitement. Et Michel de dresser ce constat plutôt sombre : « Dans la rue, t'as pas d'ami. J'ai confiance en personne, qu'en moi-même. » Quand la lumière se rallume dans une salle paroissiale comble et qu'une spectatrice se lève pour dire son émotion face à « la dureté du film », Michel est là. Avec Cédric, un autre SDF, ils ont tenu à témoigner de leurs parcours. La rue, ils connaissent bien, puisqu'à eux deux, ils cumulent une vingtaine d'années dehors. Aujourd'hui, ils ont eu la chance de trouver une place en foyer. « Au moins maintenant, je peux dormir tranquille », glisse Cédric. Avant la projection, Michel nous confiait les raisons pour lesquelles il avait accepté la participation au tournage : « Il fallait expliquer à ceux qui viennent tout juste d'arriver dans la rue ce que c'est que la rue. » Les galères, les combines. Des exemples, il en a à foison. « L'important, c'est de trouver un endroit à l'abri. Alors, quand tu peux te glisser dans le sas d'une banque derrière quelqu'un qui passe sa carte bancaire, après, tu es assuré de passer la nuit au chaud. »

« La relation pour la relation »

Ce système D, Christine Simon le connaît bien. Elle fait partie de la quinzaine de bénévoles qui compose la Fraternité des parvis. Ses membres font des tournées, matin et soir, dans les rues lilloises à la rencontre des sans-abri. Ici, pas de distribution de nourriture ou de couverture. Juste des « liens d'amitié que l'on tisse avec eux », souligne Christine Simon. « On essaye de leur être fidèle, d'écouter leurs désirs. Parfois, on organise des sorties à la plage ou des projections de film. » Des choses simples, un quotidien qu'a partagé la réalisatrice Anne Jeannin. « J'ai toujours eu envie de raconter les gens de la rue, avance-t-elle. La Fraternité des parvis noue une relation pour la relation. J'ai intégré leur équipe. Avec les gens dans la rue, on a parlé du film. Et puis, au bout d'un moment, j'ai sorti ma caméra.

 » Elle l'a simplement laissée tourner, le film « s'est écrit au fur et à mesure ». Un document brut. Un coup de poing. Dur comme « la rue ». •


Fraternité des parvis, Tél : 06 62 89 36 07 ou christine18simon@yahoo.fr

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