Paris, Centre de rétention du TGI : paroles de femmes retenues

Publié le par dan29000

badges.sarko.jpgTémoignages de femmes enfermées dans le centre de rétention situé à l'intérieur du tribunal de grande instance de Paris métro Cité. Certains passages sont entre parenthèses et il y a des points d'interrogation car nous ne sommes pas sûrs d'avoir bien compris les termes utilisés, le vocabulaire juridique et administratif étant souvent obscur pour les prisonniers et prisonnières comme pour nous."


11 septembre 2010, Centre de rétention pour femmes de Cité (Paris),

 

 


-Première femme retenue:

« Ici ça va, les sœurs ne nous traitent pas mal. Mais le problème c'est que quand tu dis que tu es malade, que tu as besoin de quelque chose, on ne te donne pas du tout les médicaments.
On est vingt et quelque. On est dans des chambres de deux. Les femmes qui sont ici ont la vingtaine, trentaine.
Il y a des salles de jeux, mais pas assez de jeux. On ne nous laisse pas regarder les chaines africaines, on est obligé de regarder les chaines d'ici. »

-Seconde femme retenue:
« Depuis que je suis arrivée ici, je suis malade. J'ai très mal au ventre parce que la bouffe, cela ne me convient pas. Je suis allée expliquer ça à l'infirmerie ce matin, et ils m'ont donné que du spasfon. Rien! ça ne va pas! Je suis obligée d'aller expliquer à la dame que j'ai encore mal au ventre, elle m'a encore donné du spasfon, ça ne me va pas. Je pleure le matin, j'ai de la fièvre,c'est le comprimé qu'elle m'a donné, ça ne me va pas. Il fait chaud! Toute la nuit j'ai des troubles, je ne dors pas, je ne fais que rester là, assise. Si elle ne change pas les médicaments... Je ne peux même pas me redresser à cause de mon ventre. Moi je suis arrivée dimanche dernier. C'est ici que je suis tombée malade. J'ai même vu le médecin, lui aussi, il m'a donné que du spasfon! Ils ont mis 3h pour m'emmener de Roissy à ici, mes mains sont restées dans mon dos pendant 3h. Les menottes m'ont tellement fatigué que j'ai encore mal au dos jusqu'à maintenant. J'ai dis à l'infirmière de me donner un médicament pour ça, elle ne m'a rien donné. Je suis obligée de dire à ma voisine de chambre de me masser le dos parce que je ne peux plus rien faire avec le dos, je ne peux même pas me coucher. Je suis malade, à midi je n'ai même pas pu manger le plat.
Ici il y a l'assfam mais ça c'est les problèmes juridiques, des histoires de papier.
Aujourd'hui j'ai eu mon deuxième jugement. L'avocate que j'ai eu n'avait pas beaucoup discuté avec moi. Elle m'a dit qu'elle ne sait pas lire en espagnol. J'ai eu une nouvelle convocation parce que j'avais des preuves que je réside en Espagne, que je n'étais pas venue pour rester ici, en France. J'ai donné mon adresse bancaire, mon carnet de vie d'état(?), mon carnet de visa, mon autorisation de travail... Je suis allée aujourd'hui avec ça voir l'avocate. Elle a regardé. Mon copain qui est là-bas a envoyé un certificat de résidence qui dit que je vis avec lui, et son titre de séjour. Elle n'a même pas pris le temps de le lire, elle m'a dit qu'elle ne comprenait pas l'espagnol, elle l'a juste posé sur la table du juge. Là, je n'ai rien compris! Alors je voulais voir l'assfam, mais le samedi ils ne travaillent pas. Quand tu arrives, on te fait voir l'assfam pour que tu lui expliques ton problème.
Depuis que je suis arrivée, il n'y a pas encore eu d'expulsion vers l'Afrique, en tout cas pas dans le centre où je suis moi. Y'en a pour la Roumanie. Hier il y a eu deux personnes pour la Roumanie et avant hier aussi. Il y avait une autre fille qui était chilienne mais qui vivait en Italie, ils lui ont dit de rentrer par ses propres moyens.
Avant l'expulsion, ils affichent ton nom, ils mettent l'heure et ils viennent te chercher. J'en ai vu deux qui sont parties devant moi elles ont pleuré.
Si tu arrives aujourd'hui tu vois l'assfam le lendemain. Quand tu arrives dans leur bureau ils te disent que c'est une association qui aide les femmes selon les problèmes qu'elles ont. Toi tu expliques ton problème en long et en large. Et l'assfam voit avec ses conseillers ce qu'elles peuvent faire pour t'aider, c'est comme ça.
Moi je suis musulmane, mais j'ai dû arrêter le ramadan. Je suis restée deux jours de l'autre coté, en prison. Là-bas, en garde-à-vue ils te demandent si tu fais le ramadan. En fonction de ça les policiers te donnent la bouffe. Mais ici là non, ils te demandent pas si tu fais le ramadan et ton rapport à la nourriture. Avant hier soir ils ont donné des saucisses. Ma voisine de chambre et moi on a pas mangé parce qu'on savait pas si c'était du porc ou du bœuf. On a été obligé de laisser ça comme ça. Et le pain qu'on nous donne il est trop sec, trop sec. On peut pas manger. »


-Troisième femme retenue:
« Ici, on nous donne la nourriture en réalité sans grand problème. Mais ils ne respectent pas le goût des gens, parce qu'ici nous sommes de différentes nationalités. Mais ce qui me préoccupe vraiment vraiment c'est l'état de santé! Parce que quand on considère que quelqu'un est ici, il doit être pris en charge. Quand toi tu dis que tu as mal à la tête, le médecin te dis que non, tu n'as pas mal à la tête. Tu expliques ce que tu as en réalité pendant que lui il pense à... .
Nous sommes des femmes. Le jour où je suis arrivée, j'ai fui le pays pour chercher à me réfugier ici. Je me suis fait violer par des militaires. Je leur ai montré les réactions que j'ai eu, j'ai du subir des opérations parce que j'ai eu des infections. J'arrive là, je leur ai dit que j'ai des problèmes de santé. Ils m'ont donné des ovules et du spasfon. Ça fait deux jours que je ne dors pas, j'ai des pertes blanches tout le temps. Je suis une femme, je n'ai pas encore d'enfant. J'ai essayé d'exposer ces problèmes, mais aujourd'hui le juge m'a dit que je devais rentrer dans mon pays. Je dois rentrer dans le pays que j'ai fui parce que j'ai été violée et poursuivie, ils voulaient me tuer. Je ne comprends rien... Le juge m'a demandé si j'avais un passeport. Je lui ai dit que je n'avais pas de passeport, parce que celui avec lequel je suis rentrée n'était pas le mien. Je suis rentrée avec le passeport de quelqu'un d'autre pour fuir, parce que sinon je serai déjà morte. Alors je lui ai dit que je n'avais pas de passeport, et il a dit que comme j'étais africaine, qu'ils allaient trouver (la nationalité?). Ma demande d'asile a été rejetée. Ils m'ont dit que je devais rester 15 jours et qu'après je rentrerai au pays. Mais au pays ma vie est en danger... »

-Quatrième femme retenue:
« Ici ça ne va vraiment pas! Moi je suis malade, je n'arrive pas à manger leur nourriture. J'ai des maux de ventre à cause de l'eau. Je suis allée voir l'infirmière à plusieurs reprises. J'ai mal partout dans la bouche. Ils m'ont dit qu'ils allaient me donner des bains de bouche mais ils ne m'en ont pas donné. J'ai demandé à l'infirmière ce que je devais faire puisque l'eau me donne des maux de ventre. Elle m'a dit que ce n'est pas possible parce que c'est l'eau du robinet. Mais leur eau du robinet, elle me donne des maux de ventre! Si tu as quelque chose et que tu vas chez elle, elle ne te donne qu'un seul médicament ou une moitié de médicament. Moi je suis dans la vingtaine alors une moitié de médicament ça ne fait rien sur moi. Vraiment ça ne va pas! Je ne connais pas le nom des médicaments qu'elle me donne. Je les prend mais je ne connais pas les noms. Je n'arrive pas à manger, j'ai la nausée, j'ai mal au ventre. On me donne des petits morceaux parce qu'ils cassent le comprimé en quatre, ils ne m'ont pas dit ce que c'était.
Je suis allée voir l'assfam mais elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas m'aider parce que je viens de rentrer ici et que je n'ai pas de papiers. Je suis rentrée avec les papiers de quelqu'un d'autre. Alors elle ne peut pas m'aider. Elle dit qu'elle peut seulement aider les gens qui habitent à Paris, qui ont des parents ici comme un mari. Je lui ai dit que j'ai des oncles et des tantes qui habitent ici et qui peuvent m'héberger. Mais elle refuse, elle dit qu'elle ne peut pas m'aider. Donc je ne suis plus retournée la voir puisqu'elle a dit qu'elle ne peut rien pour moi.
Nous sommes dans des chambres de deux et il y a une chambre de quatre. Mais dans les chambres, il fait trop frais la nuit. Vraiment trop frais! Il y a des chauffages mais ils ne sont pas allumés. On a rien pour se promener, seulement aller dans nos chambres. Quand tu sors de ta chambre il y a des petites places, c'est là que l'on peut marcher. On a pas d'accès à un extérieur, à l'air.
On vous réveille le matin vers 8h-8h30 et puis on vous met dans le salon. On nous laisse dans le salon à regarder la télé. On peut regarder que des chaines françaises.
Ils nous donnent du pain, c'est même pas du pain, il est trop dur! Je n'ai même pas pu le manger! Alors il y a deux machines. Tu mets de l'argent et tu peux manger des biscuits. Moi je mange ça. On peut pas manger leur nourriture, leur riz est dur. C'est dans des barquettes blanche. Sur la barquette d'aujourd'hui il y a écrit que c'est valable jusqu'au 11/09/2010, jusqu'à aujourd'hui c'est tout ce qu' il y a écrit sur celle là. Sur une autre, il y a écrit 91200 Athis-Mons _ remis en 35mn _ fabriqué le 08/09/2010 à consommer jusqu'au 12/09/2010.
Je crois qu'ils nettoient les douches mais pas les chambres. J'ai les mêmes draps depuis que je suis arrivée.
Je suis là depuis dimanche. Je me suis faite arrêter à l'aéroport avec le passeport français d'une autre personne. C'est la première fois que je viens ici. On a mangé mon argent et on m'a rien dit. Le gars m'a dit de venir, qu'il n'y avait pas de problèmes, qu'il pouvait me faire passer. Il m'a mis dans le pétrin et il s'est enfui. Le juge m'a donné 24h d'ordonnance(?). C'est aujourd'hui que j'ai su que j'avais 24h sur l'ordonnance. Je ne savais rien, on ne nous explique rien. Je ne sais rien de la justice, c'est la première fois que je me trouve dans cette situation. Je ne savais rien et c'est ce matin que j'ai su que si on te donne ce papier tu peux faire un recours dans les 24h. Je ne sais même pas ce que c'est un recours. Je suis allée voir l'assfam deux ou trois fois, ils ne m'ont rien expliqué. Ils ont dit qu'ils ne peuvent rien pour moi parce que je me suis faite arrêter à l'aéroport. L'avocat ne m'a rien dit non plus et les 24h sont passées, je ne sais pas ce qu'il peut faire maintenant. Quand il est venu, il m'a dit que pendant ces 24h il fallait faire un recours. Mais je ne savais pas, il ne m'avait rien dit sur ça. L'avocat, il ne m'écoute même pas. Quand je suis passée en justice, j'ai essayé de lui parler, mais il ne m'a même pas écoutée! J'ai essayé de lui dire que je ne comprenais pas ce que je faisais ici mais il n'a rien voulu entendre.
Quand j'ai quitté l'aéroport pour venir ici, les policiers m'ont menotté. Je leur ai dit que j'étais malade qu'il ne fallait pas me menotter, ils ont dit qu'ils s'en foutaient. Même dans la voiture je leur ai demandé de mettre les menottes devant et non pas derrière parce que ça me donne la nausée et j'avais très mal au bras. Le policier a répété qu'il s'en foutait. J'ai fait 3h45 de route pour aller de l'aéroport à ici. Ça va pas! Il faisait froid dans les cellules de police. Pendant la nuit que j'ai passé là-bas, on arrivait pas à dormir. Ça va pas du tout, ça va pas du tout... J'ai fait 24h de garde-à-vue à l'aéroport de Roissy puis ils m'ont amené ici. J'ai vu un avocat mais avant un policier a pris ma déposition. Il n'arrêtait pas de me crier dessus. Il me disait d' arrêter de mentir, de dire la vérité. Parce que le gars qui m'a amené ici lui a dit autre chose que ce que je lui ai dit moi. Le policier l'a cru lui et il m'a dit que je mentais. Alors je lui ai demandé ce que le gars avait dit, puis je lui ai dit d'écrire ça. Parce qu'il disait que je mentais, il a cru le gars et moi il ne m'a pas cru. Il ne m'écoutait pas, alors je lui ai dit ce qu'il voulait entendre. Il savait que je ne connaissais rien à comment ça se passe ici, c'est pour cela qu'ils ont crié sur moi, pour que je cède! Arrivé ici (au commissariat), je leur ai expliqué mon histoire et ils ont crié sur moi, ils m'ont même maltraité. Ils disaient que j'étais venue avec un homme, qu'il ne fallait pas la croire elle. En venant ici, j'ai voulu parler de tout ça à l'avocat. Il ne m'a même pas donné le temps de parler. On nous assoit devant le juge, mais on nous laisse pas parler... »

fermeturetention@yahoo.fr


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ZPAJOL liste sur les mouvements de sans papiers


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