Paris : Crazy Horse, les danseuses en grève, témoignage

Publié le par dan29000

Je suis danseuse au Crazy Horse, en grève : danser nue mérite un meilleur salaire

Par "Liv"
Danseuse au Crazy Horse

LE PLUS. Fini les corps ondulants sur la scène du Crazy Horse. Les danseuses du prestigieux cabaret parisien ont déposé un préavis de grève. Salaire insuffisant, manque de considération... Liv, danseuse et déléguée syndicale, nous explique ses revendications.

 


Il n’y a pas eu de représentation au Crazy Horse hier soir et il n’y en aura pas non plus aujourd'hui. Nous avons déposé un préavis de grève pour 24 heures mardi soir vers 19h30. Suite à cela, la direction a choisi de fermer le cabaret.

 

C’est une décision qui a été prise à l’unanimité, moins une. Sur les 18 danseuses du Crazy Horse, nous sommes 17 à avoir voté pour cette grève. Nos revendications sont simples : nous souhaitons une augmentation des salaires pour l’ensemble de la troupe. C’est quelque chose que nous négocions depuis déjà 5 mois.

 

Plus de respect et de considération


Certes, l’établissement a déjà fait quelques efforts. La direction du Crazy Horse a notamment décidé d’augmenter de 15% le salaire à l’embauche. Mais cette nouvelle convention collective est insuffisante. Cela signifie qu’une danseuse qui vient d’arriver a le même salaire qu’une danseuse de 6 ans d’expérience ! C’est anormal. Il faut que tous les salaires soient équilibrés. D’autant plus que la carrière d’une danseuse est relativement courte.

 

Au Crazy Horse, une danseuse gagne 2000 euros net pour 5 à 6 jours de travail par semaine. Chaque soir, il y a 2 représentations et ça peut même monter jusqu’à 3 le samedi et les jours de fêtes. Si on y ajoute les heures d’entraînements, les échauffements, le maquillage intégral... Le rythme est très soutenu. On commence souvent vers 13h et on rentre chez soi vers 2h du matin.

 

Plus de respect et de considération. Voici les autres revendications sous-jacentes à notre démarche. Car sans les danseuses du Crazy Horse, il n’y a pas de Crazy Horse.

 


Un show qui demande beaucoup


Notre particularité ? Tous nos spectacles se font entièrement nus. Moralement et physiquement, c’est très différent de ce que propose le Moulin Rouge ou le Lido. Et pourtant, cette particularité n’est pas prise en compte dans nos salaires.

 

Au recrutement, les critères sont stricts : mesurer entre 1 mètre 66 et 1 mètre 72, avoir une petite poitrine haute et ferme, un ventre plat, une belle cambrure… Pour avoir cette morphologie si particulière, il faut beaucoup d’entraînement physique. Dès notre arrivée, nous sommes pesées et nous avons pour obligation de rester dans une certaine fourchette de poids. C’est un contrat de travail qui pourrait faire l’objet d’une discrimination à l’embauche !

 

Ces exigences, nous les acceptons.  Dans un métier précaire, nous sommes conscientes que des danseuses il y en a à la pelle. Il fallait donc que notre démarche soit commune. Nous ne voulions pas en arriver là. J’avais espoir que le discours soit plus pacifique, mais notre contrat se termine dans deux semaines avec la fin de la revue en cours. Il fallait donc que les choses s’accélèrent.

 

Ce soir, j’ai été convoquée par la direction pour rétablir le dialogue. Je suis lucide, je sais que ça ne va pas être évident. Ce qui me rassure surtout, c’est de savoir que le public est derrière nous. Hier, nous avons présenté nos excuses aux spectateurs venus voir la revue, qui a été finalement annulée. Et même s’ils étaient déçus, ils ont eu une réaction très appréciable. Ce soutien nous a donné plus de légitimité et nous a motivées pour obtenir gain de cause.

 

 

Propos recueillis par Louise Auvitu

 

Source : Nouvel Obs

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