Paris : l'indignité aux urgences de l'hôpital Européen Georges Pompidou

Publié le par dan29000

A l'hôpital Pompidou, l'indignité aux urgences

Tim Greacen n'est pas un personnage anodin. Avec Claire Compagnon, ils sont tous les deux les représentants des usagers à l'hôpital Pompidou. Tous les deux ont longuement milité sur le sida, le cancer, ou la psychiatrie. Ce sont deux personnes essentielles pour connaître la vraie vie dans les hôpitaux.


Là, Tim Greacen n'en peut plus. Lui qui sait être diplomate, il hurle sa colère devant la maltraitance manifeste au service des urgences de l'hôpital le plus moderne de France.

 

 

 


"Le jeudi 24 novembre, c’était la journée des associations à l’Hôpital Européen Georges Pompidou. J’arrive vers 14h. Comme d’habitude, je monte au SAU1 pour voir si tout va bien.

J’ai voulu prendre l’ascenseur public pour aller du niveau accueil au niveau SAU. La lumière dans l’ascenseur ne marche pas (on s’enferme dans une boîte noire), j’ai pris l’escalier.

En arrivant à l’étage du SAU, la première chose qu’on trouve, c’est la PASS2. Sept personnes attendaient dont un enfant de trois ans. Il y avait une seule chaise pour les sept personnes. Elles l’avaient donnée à l’enfant. Les usagers de la PASS sont des gens qui ne peuvent se plaindre ; ils sont en général des gens en situation d’exclusion sociale, sans droits ; c’est pour ça qu’ils vont à la PASS. En plus, ils sont malades ; c’est pour ça qu’ils vont à l’hôpital. Et on les fait attendre debout dans un lieu de passage public. Un d’entre eux était arrivé à 8h du matin. Bonjour, l’accueil. Bonjour, le respect pour les gens en situation de faiblesse. Bonjour, la dignité humaine à l’HEGP.

Je continue mon chemin vers le SAU. Couloir public. Machine à café. Machine à sandwich. Sur les côtés de ce couloir public, 4 brancards. Quatre vieux et une jeune allongés là. Dans un couloir public. Là depuis des heures. En attente qu’on leur trouve un lit. Une des vielles, visage gris, à moitié consciente. Elle dormait ? Elle mourrait ? Son mari (?) qui respire l’inquiétude. Il ne parle pas français. La jeune a mal. Elle ne parle pas le français non plus. They’re going to do an MRI. Elle a mal. Couloir public. J’interpelle un membre du personnel qui passe. Qui me répond : Qu’est-ce que vous voulez, Monsieur Greacen, ici c’est n’est pas un hôpital public, c’est trente cliniques privées. Ils vont attendre qu’on leur trouve un lit…

J’arrive dans la salle d’attente du SAU. Vingt-cinq personnes qui attendent dans ce tout petit espace. Quatre sur des brancards, dont un avec un pansement ensanglanté. Personne à l’accueil. Trois personnes qui attendent debout. Une dame qui n’en peut plus et qui s’assoit par terre.

Je retourne à la Direction. Je prends des chaises d’une salle de réunion vide. Je les apporte à la salle d’attente du SAU. Je donne la chaise à la dame assise par terre. Elle se lève. Elle s’assoit. Elle me dit : "Merci, Monsieur, c’est très gentil".

Je trouve un salarié de l’hôpital qui veut bien m’aider. Je prends des bancs d’un autre couloir. Je les mets devant la PASS. Le Monsieur qui est là depuis 8h du matin me dit : "Merci, Monsieur, c’est très gentil". Il n’ose à peine s’asseoir.

Je n’en peux plus. Représentant des usagers depuis 10 ans dans cet hôpital. Depuis 10 ans, on dénonce les conditions d’accueil et la politique d’accueil en urgence. Depuis 10 ans, les gens sont étalés, dans leur malheur, dans leur douleur, sous le regard du public, pendant des heures. Depuis 10 ans, « trouver un lit  en aval », c’est la croix et la bannière. Depuis 10 ans, être témoin de cette machine à fabriquer l’indignité.

Ca suffit maintenant".

 Tim Greacen et Claire Compagnon

1 Service d’accueil des urgences

2 Permanence d’accès aux soins : dispositif mis en place suite à la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions pour aider les personnes en situation d’exclusion sociale à accéder à leurs droits en matière de santé

 

 

Source : La plume et le bistouri, blog Libération

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