Paris : la Cinémathèque française n'aime pas les syndicalistes de lutte

Publié le par dan29000

 

 

 

 

CNT

La Cinémathèque française fondue au noir dans un très mauvais scénario



Riche de son patrimoine exceptionnel, sauvée du naufrage par la mobilisation des amoureux du cinéma, glorieuse installée à Bercy dans l’extraordinaire bâtiment de Franck Gehry, la Cinémathèque se trouve aujourd’hui fourvoyée par sa direction dans un combat douteux contre ses propres syndicalistes. Dernier épisode d’une machination crapouilleuse, c’est le licenciement de Valérie, déléguée syndicale Confédération Nationale du Travail (CNT).

 

Aux élections professionnelles de 2009, le syndicat CNT a obtenu la majorité des sièges (10 élus sur 22 sièges). Dans ces instances, Valérie s’y montre pugnace et très active. Elle participe dès 2007 à la négociation d’une nouvelle convention collective pour les salariés de la Cinémathèque française et de la Bibliothèque du film, définitivement réunis dans la fusion absorption des 2 institutions. Elle dénonce alors les faux semblants et les demi vérités qui émaillent les réponses de la direction aux questions des représentants du personnel. Elle s’oppose aux entraves faites à l’information des élus. Elle pousse le débat au tribunal (TGI) quand il s’agit d’obliger la direction à respecter des accords signés ou à négocier l’harmonisation d’une mutuelle commune.

 

Son activité de déléguée syndicale taraude une direction empêtrée par la fusion des organisations qu’elle peine à faire aboutir. Au fil des mois, Valérie se voit dépossédée de ses contacts professionnels en particulier à l’international, peu à peu on lui « pique » tous les dossiers intéressants de son travail. Placardisée dans son propre service, écartée de toute responsabilité, on l’infantilise et on lui refuse le droit à poursuivre son projet professionnel de technicienne. Quand elle ose en plus, réclamer, le respect de ses propos dans la retranscription de son entretien annuel, c’en est trop, elle offense le mépris de sa hiérarchie, toujours muette aux questions qu’elle pose.

 

Mal lui en a pris, la direction flaire le bon coup pour faire de la placardisée qui réclame le respect du Droit, une "harceleuse" de la petite chef et de son adjointe. Le scénario piteux suit son cours, la direction pilote une enquête policière où des collègues raides de peur, dénoncent secrètement "sa contestation de l’autorité" ! On nage dans l’adaptation minable du "Procès" d’un autre âge : ce qui caractérise le vrai saboteur, c’est qu’il n’a commis aucun sabotage ! Les dénégations de l’accusée sont une preuve supplémentaire de sa duplicité ! Naturellement, dans ce genre de mauvais film, les compte rendus d’enquête ne sont jamais transmis à la défense (secret confidentiel), mais au contraire on mobilise l’administration du Travail pour donner le coup de pied final. Un tout jeune inspecteur par intérim fera l’affaire pour clore la plainte de la direction sur le harcèlement moral de la syndicaliste ! Inexpérimenté, aveugle aux enjeux, il se laissera abuser par quelques arrêts maladie de complaisance, pour conclure brillamment que le harcèlement moral est avéré et que le licenciement n’a rien à voir avec les mandats syndicaux de Valérie ! Même temps, mais autres mœurs : Fin juin dernier, la direction se voit condamnée par la Justice devant la cour d’Appel de Paris, et obligée de souscrire à la demande du CHSCT à une expertise des risques psychosociaux par cabinet extérieur, agréé par le ministère du travail. Cette décision mémorable risquerait de modifier le tournage en cours, alors la direction s’emploie avec ardeur à empêcher la venue du cabinet d’expertise tant que le petit inspecteur n’a pas rendu son rapport. Mystifié, l’inspecteur valide le licenciement.

 

A la rentrée des classes, début septembre l’expertise commence enfin avec l’analyse des événements survenus dans le service et les intervenants du cabinet mandaté annoncent le mois suivant qu’il n’y a aucun événement relaté par la syndicaliste, ses proches ou la direction, qui autorise à parler de harcèlement moral au travail. Pour les experts -praticiens psychosociologues-, les accusations portées ne sont que la récitation laborieuse de catégories apprises au cours d’une formation ad hoc !

 

Mais de nouveaux pâles figurants sont convoqués pour contredire la défense de la syndicaliste devant la direction de l’inspection du travail (recours hiérarchique contre la décision inique de l’inspecteur par intérim) : 15 attestations sont jointes au dossier qui disent que c’est bien la chef qui souffrait. L’imagination du scénariste de bazar prise de court, les témoins sont bien en peine de dire quand, comment, où, ou à quelle occasion, ils auraient vu "souffrir" la pauvre chef harcelée. Si nous attendons sans illusion la décision du ministre au recours hiérarchique, nous espérons que Justice sera enfin rendue au tribunal administratif qui saura distinguer les faux témoignages des vrais et obligera les instigateurs de cette psychose collective à sortir du délire ! Ce licenciement montre que Valérie est le bouc émissaire de la direction entravée dans ses agissements par la vigilance de la CNT. En effet, en 20 mois la direction a sanctionné de façon répétée d’autres représentants du personnel (Délégués du personnel, élus au Comité d’entreprise, CHSCT), la plupart également militants syndicaux CNT (8 avertissements répartis sur 6 personnes).

 

Mais quel visage veulent-ils donner à la Cinémathèque française ? La Cinémathèque française, opérateur de l’État est subventionnée pour ses missions de service public. Jusqu’à l’année dernière, elle émargeait au budget de la Culture, rattachée au programme 175 "Patrimoines". Sur le budget de cette année, elle dépend du "Contrat de performance 180" (sic) « Presse, livre et industries culturelles ».

 

Cette institution qui a toujours eu pour vocation régalienne la conservation d’un patrimoine unique, et la diffusion de ses œuvres, se voit maintenant associée de fait aux industries culturelles. On comprend mieux alors, pourquoi le ministère de la Culture vient tout juste de nommer "Personnalités Qualifiées" au conseil d’administration de la Cinémathèque, d’une part le directeur général de France Télécom, Stéphane Richard, et d’autre part Bertrand Méheut, le PDG « PSE » de Canal +.

 

Au même moment, ces deux personnalités (très) qualifiées ont signé un accord entre leur sociétés respectives (Canal + /Orange), et l’un des axes de cet accord concerne précisément les "Chaînes cinéma". En dehors du conflit d’intérêt évident, ces deux nominations interviennent dans un contexte de restrictions budgétaires sévères, dont le maître mot est la réduction des effectifs, conséquence directe de l’application de la RGPP. Vu la cohérence tacite de ces éléments, on ne s’étonnera pas du licenciement de Valérie qui questionne le développement de la Cinémathèque et ses nouveaux mécènes. Comment ne pas faire le lien entre ce licenciement inique et l’activité syndicale de la CNT qui dénonce la marchandisation de la culture par le gouvernement, et qui obtient des victoires sociales et électorales dans les professions de la Culture ? Bizarre, bizarre, également la position du ministère de la Culture à ne pas vouloir se mêler de cette affaire, prétendant que la Cinémathèque française n’est pas une institution sous sa tutelle (lettre de Frédéric Mitterrand à la CNT en date du 24 septembre 2010). Doux agneaux, ces réalisateurs « militants » ou « progressistes », membres du conseil d’administration de la Cinémathèque qui gardent le silence... ?

 

Témoignage de la volonté pusillanime d’éliminer toute forme de débat politique sur l’avenir des institutions culturelles, ce licenciement couvert du secret d’État, laisse à la direction de la Cinémathèque française les mains sales pour continuer sa police culturelle dont on peut imaginer par avance les conséquences néfastes pour le personnel mais propices pour le commerce des biens culturels.

 

Le 16 janvier prochain, le ministère du Travail doit confirmer ou infirmer le licenciement de Valérie. Pour sa part la CNT considère que le respect du droit et la liberté syndicale seront toujours le sujet d’un combat politique, et aspire à l’expression libérée des cultures des peuples, contre les marchés et leurs marchands de soupe

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