Paris : la Miroiterie, un squat artistique à préserver

Publié le par dan29000

A Paris, le quotidien en sursis du « squat » de La Miroiterie
Par Céline Vigouroux



« Ne nous enterrez pas tout de suite, nous sommes encore bien en vie », plaide Frédéric Atlan, peintre et plasticien, résident de La Miroiterie, squat en sursis du 88, rue de Ménilmontant, à Paris. Cet été, le « squart » -contraction de « squat » et « art » - est presque désert : ses artistes sont partis sur les routes, en tournée, sans savoir s'ils pourront revenir.

En 2007, les lots du bâtiment ont été rachetés par un marchand de biens. Et le 16 février de cette année, le tribunal de grande instance du XXe arrondissement de Paris a condamné les occupants à l'évacuation « sans délai » du « squart », vieux de onze ans, et au règlement de 2 800 euros d'indemnité par mois d'occupation supplémentaire après mars 2009 -en sus d'une précédente condamnation au paiement de 1 500 euros par mois avant mars 2009.

La Miroiterie s'est faite connaître au-delà de la capitale et des frontières françaises grâce à sa scène historique sur laquelle sont passés plus de 4 800 artistes dont Manu Chao, le saxophoniste américain David Murray ou le groupe punk Total Chaos.
Andy Bolus : « Je resterai jusqu'au bout »

Dans l'angoisse d'être évacués par les CRS, la plupart des artistes ont entreposé leur matériel de valeur en lieu sûr. Ceux qui ont fait le choix de partir sont peu nombreux. Les autres espèrent tenir jusqu'au 1er novembre, début de la trêve hivernale.

« Je resterai jusqu'au bout », assure l'artiste britannique Andy Bolus. Dans son atelier, jonché d'objets de récupération, il s'adonne à la musique expérimentale. Il dit « ne pas comprendre la législation français » à l'égard des squatteurs, selon lui plus sévère qu'en Grande-Bretagne.


Les résidents défendent leur style de vie comme Gédéon, 36 ans, musicien punk originaire de Bretagne, qui a ouvert un magasin gratuit, dont la devise est : « Le directeur du magasin c'est vous ! »

Dans la salle de danse, Serge Fubuia, coursier brésilien, tempête : « En France, le gratuit n'a aucune valeur. » Lui, qui a appris la capoeira au Brésil, offre ses leçons aux enfants du quartier trois fois par semaine, après sa journée de travail.
Le soutien du maire de Paris Bertrand Delanoë

En septembre, le conseil d'arrondissement a plaidé pour la sauvegarde du « squat artistique, l'un des plus anciens de la capitale, important pour l'expérimentation artistique et sociale ». Mais le site n'appartenant pas à la municipalité, cette dernière ne peut ni intervenir sur les décisions du propriétaire privé, ni sur celles du tribunal.

Dans un courrier, envoyé à un riverain inquiet du sort de La Miroiterie, le maire de Paris Bertrand Delanoë assure :

« Etant conscient de la qualité des événements artistiques proposés en ce lieu, je peux vous assurer que la mairie du XXe arrondissement et mes collaborateurs à l'hôtel de ville suivent ce dossier très attentivement.

Ils se sont à plusieurs reprises rendus sur place et cherchent à favoriser une issue qui permettrait à ce lieu de conserver une dimension culturelle. »


La mairie suivrait la piste d'« un rapprochement avec la Bellevilloise [un établissement culturel du XXe arrondissement, ndlr] et d'autres acteurs économiques du secteur culturel ».
Yabon : « Nous sommes des incontrôlables »

Après la campagne des élections municipales de 2001, Christophe Girard, nouvel adjoint à la Culture du maire de Paris, s'était engagé à empêcher l'expulsion des artistes. Des ateliers-logements avaient été livrés et le squat artistique du 59, rue de Rivoli -pour lequel la ville avait investi- a été lancé.

Mais le plasticien Yabon, connu pour ses éclats, dénonce l'institutionnalisation de la culture :

« Nous sommes des incontrôlables, c'est ce qui dérange la mairie. Ils veulent nous imposer une programmation et des horaires d'ouverture. »


L'endroit, vétéran de la culture underground et punk des années 80, pourrait se restructurer, avec le projet d'une Miroiterie 2. Mais la tribu, composée d'artistes, de SDF ou de jeunes en errance, se déchire encore. Frédéric Atlan presse :

« Quand La Miroiterie disparaîtra, qu'y mettra-t-on à la place ? »

Source : RUE89

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