Paris, le Marais : AcLeFeu, l'occupation et l'interpellation des candidats

Publié le par dan29000

«Puisque les candidats ne passent pas le périf, c'est la banlieue qui vient à eux»


Par ALICE GÉRAUD

 

Une immense banderole barre le fronton du très bel et très décati hôtel de Chalon-Luxembourg dans le Marais, à Paris: «Ministère de la Crise des banlieues».

Le collectif AcLeFeu a investi les lieux mardi matin. Une occupation symbolique dans les beaux quartiers parisiens pour rappeler aux candidats à la présidentielle que les problèmes des quartiers populaires n’étaient pas périphériques. «Cette question est ignorée, voire exclue des programmes des candidats à la présidentielle. Alors qu’elle devrait être une priorité», explique Mohamed Mechmache, président de ce collectif, créé à Clichy-sous-Bois après les émeutes de 2005.

«Il y a huit millions d’habitants dans ces quartiers. Il y a des gens qui y vivent dans des conditions insalubres. Pourquoi faut-il attendre que les banlieues brûlent pour qu’on s’intéresse à tous ces gens?», interroge Mohamed Mechmache. Le collectif a une vingtaine de propositions concrètes à soumettre aux candidats. Sur l’emploi, le logement, l’éducation, la santé, la sécurité publique et la citoyenneté.

Le propos d’AcLeFeu rejoint celui d’autres acteurs et observateurs qui, depuis, plusieurs mois, font part de leurs inquiétudes sur la relégation aux marges des programmes politiques de ces questions. C’est le point de vue de l’association «Ville et Banlieue» qui réunit des maires de banlieues de tous bords politiques confondus. C’est aussi celui du chercheur Gilles Kepel, auteur du rapport «Banlieue de la République», pointant le risque de nouveaux embrasements.

Pour l’instant, leurs cris d’alertes n’auront eu guère d’échos dans la campagne. Au sein du PS, quelques élus de terrain montent un «grenelle des banlieues» dans le cadre de la campagne, mais sans appui réel de leur appareil.

AcLeFeu espère que l’occupation de l’hôtel de Chalon-Luxembourg fera réagir. «Puisque les candidats ne passent pas le périphérique pour venir nous voir, c’est la banlieue qui vient à eux. On est ici dans leurs quartiers, si la question les intéresse, qu’ils viennent, on les attend, on a des propositions», annonce Mohamed Mechmache.

L’historien François Durpaire, spécialiste des questions de diversité, et fidèle soutien d’AcLeFeu dénonce «ces 10 kilomètres carrés à Paris où l’on décide pour le reste de la France, où se trouvent les ministères, les sièges des candidats, les éditeurs et les médias». Selon lui, la gauche, la plus attendue sur la question de la banlieue, fait une «grave erreur». «C’est une gauche NouvelObs, une gauche de plus de cinquante ans qui s’adresse aux centres-ville. Cette gauche pense pouvoir gagner la présidentielle comme elle a gagné la primaire: sans les jeunes, sans les quartiers. Elle ne va d’ailleurs pas les chercher. Pourtant, c’est là que se joue l’avenir du pays».

L’occupation de l’hôtel de Chalon doit durer 48 heures. Le collectif espère la visite des artistes qui, régulièrement, vient les soutenir: de Jamel Debbouze à Grand Corps Malade. Il invite toutes les associations concernées à venir les rejoindre.

 

Source : libération

 

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