Paris, Samu social : 20 000 personnes vivant en famille hébergées d'hôtel en hôtel

Publié le par dan29000

Ces familles sans domicile qui vont d’hôtel en hôtel

Près de 20 000 personnes vivant en famille sont mises à l’abri au coup par coup par le Samu social de Paris dans 400 structures hôtelières d’Île-de-France.

 

Ce mode d’hébergement improvisé est à la fois coûteux et peu efficace en termes d’insertion.

 

 


Jusqu’en octobre 2011, la famille Latifi vivait encore avec un toit au-dessus de la tête, à Strasbourg. Jusqu’à ce qu’elle se sente menacée par de violentes querelles de voisinage. Hédi ne se sent plus en mesure de protéger sa femme, ses trois filles et ses deux fils. L’idée lui vient de partir, loin. Ce sera Paris. Après un court hébergement provisoire chez des amis, les rêves de vie meilleure tournent au cauchemar.

 « Nous avons commencé à dormir dans notre voiture en nous relayant : ceux qui étaient réveillés restaient à côté du véhicule, sur le trottoir »,  raconte le père de famille, ancien entrepreneur dans le bâtiment. Le couple et ses cinq adolescents découvrent les dispositifs d’urgence. Depuis leur arrivée, ils ont connu une dizaine d’hébergements à l’hôtel, jamais deux fois de suite dans le même département – actuellement, c’est dans l’Essonne – et toujours très loin de la capitale, où les enfants sont scolarisés.


« Ces familles sont très difficiles à accompagner  »


 « Parfois, il suffirait d’intervertir l’hébergement de deux familles pour leur faciliter un peu la vie, mais le système est dans l’improvisation permanente »,  regrette Anissa, militante à l’association Droit au logement (DAL), qui suit le dossier des Latifi. Depuis 2010, les familles représentent plus de la moitié des appelants du 115 de Paris, devant les adultes seuls. Le Samu social de la capitale héberge à l’hôtel près de 20 000 personnes en famille, réparties dans toute l’Île-de-France. Il y a un an, elles n’étaient « que » 16 000.

En moyenne, la nuitée revient à 17 € par personne, moins cher qu’en centre d’hébergement (45 €). Mais comme le nombre de personnes concernées augmente, au final, l’hôtel, proposé dans 98 % des cas aux parents avec enfants, revient bien plus cher. Le 115 de Paris, par exemple, y consacre plus de 90 % de son budget. En 2011, cela a représenté 116 millions d’euros. Par ailleurs, « du fait qu’elles changent très fréquemment d’hôtel, ces familles sont très difficiles à accompagner. Du coup, elles peuvent rester des années dans cette situation sans en sortir »,  explique Éric Molinié, président du Samu Social de la capitale.


Chacun a sa stratégie de survie lorsque le Samu social ne répond pas


L’an dernier, jusqu’à la veille de Noël, entre 300 et 400 personnes sont restées chaque jour à la rue. Depuis, ce n’est plus le cas, assure Éric Molinié. D’une part, parce qu’il y a eu moins de chambres louées par les touristes. D’autre part grâce à la création de centres d’hébergement pour les familles, qui ne devraient toutefois pas être maintenues au-delà du 31 mars, date de fin du plan hivernal.

En régions, 6 400 familles ont composé le 115 en décembre, selon la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars). Elles ont représenté 46 % du total des appelants (1). Seules 36 % d’entre elles ont obtenu une mise à l’abri, soit à l’hôtel (54 %), soit dans un lieu disposant de places ouvertes pour l’hiver (29 %), soit dans un centre d’hébergement à l’année (14 %).

Chacun a sa stratégie de survie lorsque le Samu social ne répond pas. Ladji protège parfois son garçon de 21 mois en dormant dans les bus de nuit. Ce quadragénaire d’origine malienne touche 1 200 € par mois en tant que cuisinier. Sa demande de protection auprès de l’aide sociale à l’enfance a été refusée. Son dossier HLM est en attente. Il peut parfois obtenir une chambre pour quelques jours via le Samu social, comme actuellement, où il est hébergé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise) jusqu’au 12 janvier. Sinon, il loge à l’hôtel à ses frais, puisqu’il dispose de revenus. Il lui en coûte 1 085 € par mois.


 « Nous fabriquons des bombes sociales à retardement » 

 

Autre problème de l’hôtel : le niveau de salubrité, qui peut varier fortement d’un endroit à l’autre. Maman de deux filles de 6 et 10 ans, Rosalie peut en témoigner. Arrivée en France en 1995, elle fait partie de ces étrangers qui ne sont ni expulsables, en raison de leur situation familiale, ni éligibles au logement, du fait qu’ils n’ont pas de papiers en règle. 

Depuis 2004, elle a fréquenté avec son époux plus de 50 de ces établissements partout en Île-de-France. Une fois, après un séjour de quelques semaines dans une chambre verte de moisissure, près du Fort d’Aubervilliers, toute la famille s’est mise à faire de l’asthme. Une autre fois, après un séjour dans un hôtel du 10e  arrondissement, l’aînée de ses filles a dû être hospitalisée d’urgence à cause de présence de plomb dans le sang.

 « Il faut absolument élargir l’accès à des logements gérés par des associations et ne pas laisser des enfants dans des situations catastrophiques,  s’alarme Patrick Rouyer, président du Système intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) de Paris, qui régule les places d’hébergement dans la capitale. « À ralentir leur intégration, nous fabriquons de véritables bombes sociales à retardement. »

 

(1) Étude réalisée auprès des 115 de 37 départements, hors Paris.

JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS


 

 

 

SOURCE / LA CROIX

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