Paroles d'enseignants, en souffrance, en résistance...

Publié le par dan29000

«L'enseignement était un vrai choix, un désir profond»

Par LIBÉRATION.FR

Suppressions de postes en pagaille, manque de reconnaissance dans l'exercice de leur métier, quasi-disparition d'une formation digne de ce nom... Le métier de prof va mal. Ce mardi, les syndicats du public et du privé appellent à la grève qui s'annonce massivement suivie.

Signe d'un profond malaise, la rédaction de Libération reçoit un grand nombre de témoignages de profs, découragés et désabusés. En voici une sélection.


«Un immense gâchis pour tout le monde»

Chloé, 29 ans, prof de français. Elle enseignait depuis deux ans et demi quand, en janvier dernier, à bout de force et de nerfs, elle a demandé une mise en disponibilité.

«L'enseignement était un vrai choix, un désir profond. J'avais d'ailleurs un pied dans l'éducation depuis quelques années, en tant qu'assistante d'éducation et assistante maternelle, un moyen de ne pas cultiver trop d'illusions.

Après le concours, j'ai passé deux ans sans vagues, une année à Paris et une année au fin fond du 93. J'y trouvais ma place, ma légitimité et une forme d'épanouissement. L'an dernier cependant, parvenue au bout de mes «privilèges», à savoir ni stagiaire, ni nouvelle titulaire, les choses ont beaucoup bougé. J'ai ensuite été envoyée dans une zone d'éducation prioritaire (ZEP) d'Aubervilliers pour un remplacement de deux mois.

J'y suis allée avec appréhension mais aussi avec l'envie de mener ma mission à bien. Or, ma position de remplaçante m'a rendu la tâche pratiquement impossible puisque d'emblée le dialogue était difficile. Elèves bien sûr mais aussi équipe pédagogique et administrative considérant le caractère éphémère de mon intervention comme un frein à toute communication. Et moi-même, me sentant bien inutile et jetable à tout moment, j'ai perdu entrain et motivation, sans lesquels l'enseignement devient périlleux.

J'ai eu très vite le sentiment d'être mise dans une position d'échec puisque face à un public méconnu, j'étais non seulement désarmée mais seule. La formation à l'IUFM (avant la réforme de la masterisation, ndlr) ne nous permet en aucune façon d'anticiper des situations de crise, puisqu'il est toujours question d'une classe modèle, à peine perturbée par quelques bavardages ou démotivations. Mais on ne nous dit jamais comme réagir face à des «micro-incidents» ou des drames quand ceux-ci interviennent de façon presque continue, sans parler de la difficulté d'être une jeune femme: cela va du retard ou du travail non fait, aux interpellations directes du type «t'es une pute» ou indirecte du type «elle est bonne la prof, mate son cul!», jusqu'aux menaces de mort. Face à ces situations quotidiennes, rien ne se passe, l'administration minimise et contribue à l'éclatement de notre autorité.

Pris individuellement, on peut toujours trouver une explication, la source de tel ou tel comportement, l'absence des parents, la solitude, le mal-être ou la maladie. Mais en tant que professeur, arrive un moment où le voile posé entre élève et adulte se déchire. Nous devenons simplement des êtres humains face à d'autres être humains, nous devenons vulnérables et la guerre est déclarée. Et c'est un immense gâchis pour tout le monde. On finit par avoir peur et cette peur entame l'envie, le sommeil... C'est le début de la dépression.»

On n'enseigne plus, on manage!

Jean-Michel, professeur de lettres modernes en Normandie depuis dix ans.

«Je surprendrais peut-être les personnes les plus éclairées, et bienveillantes (ce qui n'est pas commun face au métier que j'exerce) en disant que je n'ai presque jamais enseigné. Aujourd'hui, plus que jamais, et cela fait déjà longtemps, un professeur doit communiquer, gérer, relativiser, négocier, obéir, transiger et se justifier – il n'enseigne pas. Quoi d'étonnant dans un monde où quiconque prétend «qu'enseigner c'est transmettre», se voit taxé de conservatisme insupportable?

Personnellement, je n'ai dû enseigner que trois, quatre heures dans ma vie ; le reste était de la médiation.

Comme je suis têtu et que je crois plus à mes idées qu'aux nouveautés à la mode, je résiste. Je n'ignore pas que c'est peine perdue. Une nouvelle attitude professorale se fait actuellement jour dans mon lycée et, même si l'on en trouve des traces depuis fort longtemps dans le monde éducatif, cette attitude a, ces temps derniers acquis, une importance considérable. Il s'agit ni plus ni moins de «manager», pour reprendre un terrible mot anglais, les enseignants, mais aussi les élèves. Toute une somme de maximes et d'axiomes non écrits sont aujourd'hui indiscutables.

En voici quelques-uns, justement, enfin écrits:

- Un élève qui obtient de brillants résultats ne le doit qu'à sa propre excellence.
- Un élève qui échoue ne le doit qu'à l'incompétence de son/ses professeurs(s) qui l'ont mal préparé.
- Pour préparer efficacement un élève à un examen, il faut et il suffit de lui donner des devoirs nombreux et répétitifs, et des tartines d'exercices corrigés rapidement par l'enseignant.

Un bon professeur est celui qui effectue du travail supplémentaire pour ses élèves, c'est-à-dire du «soutien», de «l'accompagnement», des «oraux», ou ne serait-ce que des photocopies très précises et détaillées avec le contenu in extenso des données à restituer.

Nous en arrivons donc, ce qui me semble nouveau, au point où l'enseignant qui effectue ses charges de travail ordinaires, c'est-à-dire 18 heures de cours hebdomadaires, plus les corrections, préparations, lectures, gestions de classes, d'élèves, coups de fils aux parents, médiations, convocations aux formations obligatoires, réunions, conseils divers, cet enseignant est considéré comme un fainéant indigne et un tire-au-flanc.

Ce qui est surprenant, ce n'est pas que l'on considère un enseignant de la sorte, mais plutôt que bien des professeurs, désormais, sont persuadés du bien-fondé de cette idée. Et pour avoir observé, autour de moi, ces enseignants (souvent en matières dites «scientifiques») qui passent leurs journées, même libres, au lycée, à manager des élèves et à combler leur emploi du temps d'heures supplémentaires, j'en ai déduit que ces gens avaient honte de leur «corporation» et qu'ils ne cherchent qu'à montrer au monde, dans un combat perdu d'avance, qu'ils ne sont pas les fonctionnaires paresseux que l'on décrit. Ces «forçats honteux», comme je les désignerais, sont alors les premiers à critiquer, parfois directement, souvent avec perfidie, leurs propres collègues qui eux croient encore à la disponibilité de leur temps.

Dans de telles conditions, l'enseignement est entré de plein fouet dans une dynamique managériale et capitaliste, où le facteur de concurrence joue à plein. Là encore, ce n'est pas tout à fait nouveau car il a toujours été bon, chez les professeurs, de critiquer le voisin, ou de dénoncer les méthodes du collègue. La nouveauté, c'est que tout cela est désormais entouré d'un discours très sérieux, institutionnel, où l'on parle sans fard de «gérer des flux» d'élèves, de «remplir des classes» en «tenant ses chiffres» et donc «d'attirer du public», c'est-à-dire de «développer des performances» pour ne pas «fermer des postes». Le discours est désormais celui du monde de l'entreprise, même si bien entendu les risques ne sont pas les mêmes... pour l'instant!»

«Je me retrouve routier de l'éducation»

Augustin, professeur agrégé d'éducation physique et sportive (EPS) depuis sept ans.

«J'ai enseigné pendant cinq ans en collège dans le 93, en Seine-Saint-Denis. Quand on donne des cours dans des zones d'éducation prioritaire, on engrange plus de points qui permettent ensuite d'être muté où l'on souhaite. Au bout de cinq ans de remplacement, j'espérais obtenir ma mutation dans la Marne pour vivre avec ma femme. J'avais suffisamment de points... Sauf qu'au final, je n'ai pas eu le poste, un collègue avec moins de points que moi m'a pris la place. Sans qu'aucune explication ne me soit donnée.

Bref, je suis toujours remplaçant, j'ai été affecté d'office  dans l'Aube, à Troyes. Je me retrouve routier de l'éducation à faire 240 kilomètres aller/retour par jour pour enseigner! Vive l'Education nationale, vive les syndicats et leur notion d'égalité de traitement. J'ai déposé, seul, un recours devant le tribunal administratif.»


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éditeur de livres 28/09/2011 18:59



Tant que Sarko est là, l'enseignement sera bafoué



dan29000 28/09/2011 20:00



Tout à fait, mais cela va s'arranger dans qq mois où il va dégager avec ses corrompus...