Parures, de Franz Bartelt aux éditions de l'atelier in8

Publié le par dan29000

 

 

 

 

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Un très beau texte à deux personnages, un jeune garçon et sa mère.

Un jeune garçon et sa mère, un peu perdus dans une cité assez pourrie comme il en existe dans diverses banlieues.

Le narrateur est le garçon.

 

 

Il se demande s'il était né ailleurs, sa vie aurait-elle été la même ?

Au début du livre, le garçon songe à tout cela, face à un carreau cassé, remplacé par un morceau de carton. Partout la crasse, dans les couloirs et dans les habitations.

Le garçon vit dans la crainte de sa mère, qui sans arrêt l'inspecte.

Rien n'est toléré, pas un faux-pli, pas un ongle mal taillé. A quinze ans, elle le lave toujours, dans une cuvette d'eau chaude, à la pierre ponce...

La mère du narrateur ne s'est jamais rendue compte que le garçon c'était transformé en adolescent. Une vie parfois en marge de la vie, personne ne franchissant jamais le seuil de l'habitation.

Juste eux deux...

Le plus grand plaisir de cette femme est de voir son fils habillé de neuf.

Au-delà, l'adolescent était transformé en véritable gravure de mode ambulante.

Pas difficile d'imaginer les réactions dans la cité pourrie ! Et la mère lui apprit à évoluer en fonction des habits portés, donc une démarche de mannequin...

 

On s'en doute la vie n'est pas facile pour l'adolescent, pas facile dans la cité qui le rejette, pas facile en classe, ou élèves et professeurs le rejettent aussi...

Et quand les services sociaux entrent dans la danse...

Dans nos sociétés capitalistes, mais n'était-ce pas identique, dans les sociétés "socialistes" de l'est, la différence n'est jamais la bienvenue, elle est montrée du doigt, elle est dénoncée, combattue, abattue, parquée.

Peu importe la différence. La société la combat comme un maléfice, comme une injure à l'ordre moral ambiant. 

Pour tout le monde, un pauvre doit ressembler à un pauvre./ 

 

Franz Bartelt écrit beaucoup, des romans, dont plusieurs Série noire, des nouvelles, des poésies, des pièces de théâtre pour France culture, des articles dans la presse ardennaise, là où il vit. Il obtint en 2006 le Goncourt de la nouvelle pour "Le bar des habitudes", sans oublier le Grand prix de l'humour noir en 2000.

 

 

Dan29000 

 

Parures

Franz Bartelt

Collection Polaroid

Les éditions de l'atelier in8

2010 / 70 p / 12 euros 

 

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L'interview de Franz Bartelt

Interview réalisé en juillet 2007 par Jérôme Jukal.


Jérôme Jukal : Comment aborde-t-on l’écriture ?

Franz Bartelt : Sans doute qu’il faut apprendre à ne pas se presser. Dhôtel disait : « Écrire, c’est s’approcher lentement ». En lisant, beaucoup. En regardant autour de soi. À un moment donné, on sait un peu mieux ce qui est bien, ce qui nous plaît, ce qui nous convient. Mais aussi, plus objectivement, ce qui nous rapproche de la bonne qualité et ce qui nous en éloigne. Je crois qu’il faut tout faire assez posément. Prendre le temps. Le premier de mes romans publiés, Les Fiancés du Paradis, était le trente-quatrième ou le trente-cinquième que j’avais écrit. À ce moment-là, devant la pile de manuscrits, j’ai commencé à me dire, qu‘il y avait quelque chose de pas trop mal. J’avais un stock, des réserves. Je suis d’une génération qui a été élevée sur le livret de caisse d’épargne.

Jérôme Jukal : De toute façon, l’écriture, c’est intéressant, non ?

Franz Bartelt : Je ne sais pas si c’est intéressant. C’est moins fatigant que le travail. Enfin, je veux dire que c’est une fatigue plus amusante que celle du travail d’usine.

Jérôme Jukal : Ce n’est pas un travail ?

Franz Bartelt : C’est une sorte de travail, mais ce n’est pas un métier. La menuiserie, par exemple, est un métier. Il arrive un moment où le menuisier sait faire des tables et des chaises. À partir du moment où il sait faire des tables et des chaises, il saura en faire jusqu’à sa mort. Le type qui écrit un livre ne sait pas s‘il saura en écrire un autre. À chaque nouvelle tentative, il repart à zéro. Je dirai même qu’il repart à zéro à chaque page.

Jérôme Jukal : Combien de fois êtes-vous reparti à zéro ?

Franz Bartelt : Autant de fois qu’il y a de jours dans une vie. Je ne tiens pas une comptabilité précise de ces choses, mais il me semble qu’avec les pièces de théâtre jouées, les feuilletons diffusés par la radio et les romans publiés, j’ai aventuré une centaine de titres dans la nature. Mais cela ne constitue par une garantie pour la suite. Aujourd’hui, quand je me mets au travail, j’ai à peu près autant de difficultés qu‘il y a quarante ans. Sauf que maintenant je suis moins indulgent avec moi-même. Quand une phrase est bancale ou quand elle sonne le creux, je n‘essaie plus de la sauver en m‘inventant des justifications, je la supprime tout de suite, sans états d‘âme. Quand on a vingt ans, on hésite, on n’a pas encore détecté ses faiblesses, on manque probablement d’humilité. Au fond, c’est une chance. Aujourd’hui, quand je tombe sur un de mes vieux manuscrits, je le trouve exécrable et je me dis que, dans vingt ans, il n’est pas impossible que ce que j’écris aujourd’hui, et qui me semble bien, me paraisse alors parfaitement calamiteux.

Jérôme Jukal : Quand vous avez publié, vous écriviez depuis combien de temps ?

Franz Bartelt : Depuis toujours, pour le dire vite. Les premiers textes qui, si on peut dire, ont été publiés, c’était en 67, j’avais seize ans. Il y a de cela une quarantaine d’années. De se voir imprimé pour la première fois, c‘est une émotion assez disproportionnée quand on mesure le plaisir qu’on éprouve aux quelques lignes qui ont mérité de la typographie. Par la suite, j’ai publié à peu près régulièrement, plutôt de la poésie, dans des revues, dans des feuilles confidentielles. Je triais déjà. Sans fausse modestie, j’avais le choix entre le pas très bon, le quelconque, l‘insignifiant et le maladroit. En gros, ça n’avait pas d’intérêt. C’était gentil, pleine de bonne volonté, un peu laborieux. Il m’a fallu une quinzaine d’années pour vraiment trouver une forme qui corresponde à ce que j’avais envie de faire. J’ai commencé à me sentir plus à l’aise en 84, quand j’ai commencé à écrire pour la radio et pour les journaux.

Jérôme Jukal : Vous raturez beaucoup quand vous écrivez ?

Franz Bartelt : Non. J’essaie, autant que possible, d’écrire sans ratures. De peser chaque mot avant de l’écrire. C’est une rêverie, un peu comme de rechercher les paroles d’une chanson qu’on a connue par cœur et qu’on a oubliée, mais qui subsiste quelque part dans la mémoire, et qu’on retrouve par fragments, par bribes qu’il faut ajuster pour reconstituer le couplet.

Jérôme Jukal : Et, il y a des jours où c’est plus dur que d’autres ?

Franz Bartelt : C’est difficile tous les jours, plus ou moins. Mais, il y a des jours où ça fonctionne plus allégrement, on est en forme, les choses sont simples, les mots semblent se mettre à notre disposition. Il n’empêche qu’il faut tout de même y consacrer des heures et des heures. Parfois, c’est plus embarrassant. On a l’impression qu’on n’écrira plus une ligne. Mais, pour bien faire, il faut quand même consacrer autant d’heures à ne pas écrire qu’on en consacre à écrire, quand ça va. Attendre, se morfondre, craindre le pire, fait aussi partie de l’écriture.

Jérôme Jukal : Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous aviez commencé à écrire ?

Franz Bartelt : Je crois que c’est un accident de la nature, une bizarrerie, comme de naître bossu dans une famille de gens bien droits. Et, peut-être, une conséquence de la lecture. Quand j’étais enfant, je lisais beaucoup. Nous habitions à la campagne. À part l’école communale, le catéchisme et le football, il n’y avait rien à faire. C’est ça, à mon avis, quand on n’a rien de mieux à faire, on lit et on écrit. Ce sont des voyages qui sont à la portée de tout le monde. Je ne suis pas d’une famille où on écrivait. Mon père était menuisier, mes grands-parents maternels étaient ouvriers dans les filatures, mes grands-parents du côté de mon père étaient paysans, petits paysans. L’écriture m’a attiré, très jeune, sans raisons. Il n’y a pas d’explication, du moins je n‘en ai jamais trouvée. D’ailleurs, pendant des années, j’ai pensé que c’était une erreur de ma part, une tare, quasiment une maladie honteuse. Je ne me vantais pas d‘écrire. Je pensais que ce n’était pas légitime. Et c’est pour ça peut-être que j’ai autant tardé à publier. Il fallait vraiment que je me prouve à moi-même que ce que je faisais était fondé. D’un autre côté, c’est bien aussi, de ne pas être impatient, parce que, souvent, ce qui peut arriver de pire à un auteur, c’est d’être publié trop tôt. Et d’en être réduit à chercher perpétuellement à reproduire ce premier coup de chance.

Jérôme Jukal : Gallimard édite la plupart de vos romans. Mais vous publiez aussi d’autres ouvrages chez de petits éditeurs…

Franz Bartelt : À vrai dire, je ne fais pas la différence entre les grands éditeurs et les petits. Tous les cas de figures sont possibles. En général, les petits éditeurs permettent à un auteur de se voir ouvrir les portes des grandes maisons d’édition. En ce qui me concerne, ça a été le contraire. La grande maison Gallimard m’a ouvert les portes de petites maisons qui n’auraient pas parié un kopeck sur mes manuscrits.

Jérôme Jukal : J’ai lu quelque part, qu’il y a une partie de ce que vous écrivez dans la journée qui n’est pas destiné à la publication.

Franz Bartelt : C’est vrai. C’est une espèce de gros manuscrit, qui fait maintenant, je ne sais pas, au moins cent cinquante volumes. Ce n’est effectivement pas destiné à la publication, mais de temps en temps, j’en extrais une partie, quand on me le demande. C’est le cas pour Plutôt le Dimanche, Nulle part mais en Irlande, Les Biscuits Roses et quelques autres.

Jérôme Jukal : Vous passez beaucoup de temps à écrire, mais cela vous laisse-t-il le temps de lire ?

Franz Bartelt : Je lis tous les jours. Lire, c’est une façon d’écrire.

Lire la suite, sur le site : polarnoir.fr

Publié dans lectures

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SuperNana 30/12/2010 08:44



Bonjour Dan,


Encore un beau livre à lire ... Il me fait penser à un film que j'ai vu récemment ...


Merci de ce doux partage ... Je n'ai pas trop le temps de lire en ce moment mais je vais y regarder de plus près ...


Bon jeudi à toi. A bientôt. Bizzzzzzzzzzz ...


SuperNana