Paul des épinettes et moi, un livre de Jann-Marc Rouillan

Publié le par dan29000

couv_2169-9641d.jpgRouillan est toujours en prison, c'est la mauvaise nouvelle. La bonne, c'est qu'il continue d'écrire des livres. La trés bonne nouvelle, c'est qu'il est devenu un vrai écrivain, car des gens qui écrivent des bouquins, cela ne manque pas. Mais des vrais écrivains, cela est plus rare. Déjà l'on pressentait cela avec l'excellent "Je hais les matins" en 2001 ou encore "La part des loups" en 2005.

Si vous suivez l'actualité, vous savez que Rouillan était enfin sorti de l'enfer carcéral, mais les valets du capitalisme, pour une simple interview, l'ont ramené à la case prison fin 2008. Ce qui lui permet de continuer à écrire, chaque malheur à toujours un aspect positif. L'acharnement de l'appareil d'Etat nous permet donc de lire ce fort volume dans lequel Rouillan nous parle de la maladie, la sienne qui se nomme Chester Erdheim, un joli  nom pour une saloperie pas facile à soigner, surtout en prison.

 

EXTRAIT :

 

"L'ordre pénitentiaire ne serait pas ce qu'il est s'il ne remplissait aussi sa fonction à destination de ceux de l' Extérieur : le sacrifice carcéral rend supportable la servitude salariale. La voilà la place centrale de la prison dans la gestion postmoderne de l'ordre-social !"


 

Divisé en six chapitres écrits  entre fin août et début novembre 2009, ce texte fut écrit à la main, car l'administration l'avait privé d'ordinateur. Témoin engagé et lucide, il brosse avec réalisme un tableau terrible des souffrances en prison, et particulièrement des malades en prison. Avec des mots simples mais évocateurs, l'auteur parle des blattes dans sa cellule, d'une cour de promenade, d'une scintigraphie, d'une manif, de l'extérieur...

 

La seconde partie du livre est constitué par "Paul des épinettes" paru sept ans auparavant alors qu'il était détenu à la centrale d'Arles : le récit à moitié fictif d'un prisonnier, un récit de maladie et de mort.

 

Autrefois militant révolutionnaire, Jann-Marc Rouillan est aujourd'hui toujours révolutionnaire, mais aussi écrivain et témoin des vies misérables et honteuses que l'administration pénitentiaire fait subir à des milliers de condamnés. La barbarie de notre civilisation capitaliste n'a pas de limites. En réalité ce que l'Etat ne pardonne pas à Rouillan, c'est l'absence de repentir.  L'acharnement de leur justice est mesurable à l'aune de la fidélité de Rouillan à ses idées. Et cela a un prix, élevé.

 

Il faut donc lire ce livre, et le faire lire, pour savoir, pour comprendre comment fonctionne la vengeance de l'appareil d'Etat en 2010, une vengeance sans fin. C'est la parole précieuse d'un vrai révolutionnaire toujours debout, et c'est dans le même temps un témoignage fort sur les conditions de vie dans les prisons de la République, une honte nationale consternante.

 

 

Dan29000 

 

On pourra aussi lire :

 

De mémoire, en deux volumes  chez Agone.

   

PAUL DES EPINETTES ET MOI

sur la maladie et la mort en prison

Jann-Marc Rouillan

Editions AGONE

2010 / 230 p / 10 euros

 

Découvrir le site de l'éditeur :

 

http://blog.agone.org/ 




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jmrouillancdr-ce26f.jpgAprès plusieurs mois de semi-liberté, un retour express en prison, un séjour en hôpital-prison, Jean-Marc Rouillan est à nouveau incarcéré à plein temps aux Baumettes, à Marseille. Atteint d’une grave maladie évolutive, il demande une suspension de peine pour raisons médicales. L’ex-militant d’Action directe répond à quelques questions.

 

PACO : On peut dire que tu reviens de loin. Sans ton séjour à l’UHSI, tu ne serais sans doute plus des nôtres…

Jean-Marc Rouillan : Oui je reviens de loin. Comme quoi les citadelles de l’immobile demeurent des territoires agités ! En janvier dernier, je suis tombé malade. Certains docteurs me croyaient malade d’une vulgaire grippe. La direction, quant à elle, me pensait (ou me souhaitait) dépressif et m’enjoignait de consulter les psychiatres ! L’affaire a duré et ma santé a dégringolé jusqu’au 6 mars quand les marins pompiers m’ont embarqué aux urgences. Les médecins me l’ont confirmé, j’aurais pu y laisser ma peau, question d’heures, question de jours… Cependant, il ne s’agissait pas d’un complot de l’antiterrorisme, ni le résultat de l’incompétence du service de santé des Baumettes, mais le banal témoignage de l’état des usines de l’enfermement ordinaire. On peut noter toutefois : bien que, très arbitrairement (car je ne suis plus DPS) étiqueté d’une mesure de surveillance spéciale, personne ne s’est rendu compte de mon état réel.

PACO : Tu es un taulard pas banal. Et voilà que tu choppes une maladie vraiment pas banale…

Jean-Marc Rouillan : Me voici atteint d’une de ces myxomatoses décimant les longues peines. Les cancers et les maladies dégénératives font des ravages. Un maton m’expliquait qu’il avait comptabilisé une trentaine de décès à l’Unité sécurisé de l’hôpital (UHSI), et cela en quelques années et sans compter les suspensions de peine de dernière heure… Quoiqu’il en soit, je ne pouvais pas faire dans l’ordinaire et, en tant que partisan acharné de l’action minoritaire, j’ai choppé une maladie plus rare que les maladies orphelines elles-mêmes. Je suis devenu le 186ème cas connu du syndrome de mister Chester et doctor Erdheim.

PACO : Où en sont tes démarches pour tenter de rejoindre le pays du dehors ?

Jean-Marc Rouillan : En accord avec l’équipe médicale, j’ai fait une demande de suspension de peine, je réclame le bénéfice de la loi Kouchner. Il faut reconnaître que ça me fait un peu mal au ventre de réclamer aux juges ce paravent humanitaire masquant les réalités cruelles des éliminatoriums de la République. Je n’ai plus le choix et cette loi appartient à l’arsenal des aménagements de peine. La dernière décision collective des prisonniers AD a été d’utiliser sans remords cet arsenal. Joëlle est sortie en suspension de peine. Nathalie se l’était vu refuser, mais a bénéficié d’une semi-liberté, puis d’une conditionnelle.

PACO : Où en est la recherche médicale dans la lutte contre le syndrome de Chester-Erdheim et jusqu’où les juges peuvent-ils suivre l’avis des médecins ?

Jean-Marc Rouillan : Le syndrome de Chester-Erdheim est si rare qu’il faut bien se douter qu’aucun laboratoire n’a investi un kopek dans la recherche d’un traitement. Pas de miracle, c’est la dure loi du marché ! Du coup, les médecins bidouillent des posologies à base de corticoïdes et de chimiothérapie. Aucun traitement homologué, tout n’est qu’expérience. Ainsi, le tribunal se trouve face à un dilemme. Si les juges me refusent le bénéfice de la loi, ils condamnent les docteurs à ne pas la respecter. Car toute expérimentation médicale sur une personne détenue est strictement interdite par la loi. Elle a été finalement votée pour mettre fin aux abus subis par les prisonniers durant les décennies précédentes. Il est clair que la décision du JAP va directement peser sur le traitement dont je vais bénéficier ou ne pas bénéficier. S’ils ne me sortent pas, je n’aurai qu’un traitement à minima car les médecins resteront très prudents dans les posologies pour éviter un accident et, vu la lourdeur des effets secondaires, j’espère que le tribunal ne jouera pas la montre car, depuis un mois, je reste sans aucun traitement.

PACO : Que devient Jann-Marc, l’écrivain ? As-tu les moyens de poursuivre ton travail littéraire ?

Jean-Marc Rouillan : Depuis ma réincarcération, début octobre de l’an passé, au mépris des lois et des règlements, je suis interdit d’ordinateur. Et rien n’indique qu’ils changeront d’idée. Malgré tout, j’avance dans mon travail. Plusieurs manuscrits sont prêts et j’ai d’autres projets en route.

PACO : Ta maladie te permettrait-elle de reprendre ta place au sein de l’équipe des éditions Agone ?

Jean-Marc Rouillan : Si je sors, je ne sais pas si je pourrais bosser à Agone… Du moins durant les phases de traitement.

Source : Le Post, 09/2009


 

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