Pays basque : la coalition "Bildu" n'est enfin plus illégale

Publié le par dan29000

 

 

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Ni filtre, ni peigne fin, cette fois, le Tribunal constitutionnel espagnol n'a pas eu à déployer de mécanisme de dépistage de listes «contaminées». Il a autorisé en bloc la participation de la coalition Bildu aux élections municipales de la Communauté autonome basque (Cab) et de la Navarre et aux élections forales. Hier, aux aurores, la sentence tant attendue a accompagné le lancement officiel de la campagne électorale.

 

Les discussions au sein du Tribunal constitutionnel ont été longues. La première instance de ce tribunal n'ayant pas pu départager les six magistrats, en début de soirée, la décision a été confiée à une instance supérieure. Sur les onze juges de cette cour, six ont validé les listes de Bildu.

 

La sentence complète sera connue dans quelques jours. A travers elle, cependant, le Tribunal constitutionnel considère que par la décision prise dimanche dernier, le Tribunal suprême avait ébranlé le droit de participation politique de la coalition formée par Eusko Alkartasuna (EA) Alternatiba et des indépendants, inscrit dans l'article 23 de la Constitution espagnole. La haute juridiction espagnole devait déterminer si la preuve utilisée par le Tribunal suprême pour interdire les 254 listes de la coalition était suffisamment fondée. La décision du Tribunal constitutionnel prouve que l'hypothèse ne s'appuyait pas sur des faits vérifiés et ne concordait pas avec la nouvelle phase ouverte par la gauche abertzale.

A court terme, la phase qui s'ouvre pour la coalition Bildu est celle des élections, puisque le tribunal espagnol devait se prononcer avant le lancement officiel des élections. Réunis à Bilbo en attendant la décision (voir encadré), les représentants de Bildu ont déclaré hier qu'ils attaquaient la campagne électorale «avec un enthousiasme intact parce que nous avons lutté contre ceux qui voulaient nous faire fléchir et nous rendre muets, ils n'ont pas réussi». Ils ont ensuite déclaré : «La victoire de la société basque face à la déraison et les intérêts mesquins de certains est déjà un triomphe collectif que, à l'instar de notre dignité, personne ne pourra nous enlever». Une réaction prévisible de la part des premiers concernés.

 

Controverse


Aussi prévisible que la controverse qu'a provoqué une telle décision dans la société espagnole, en témoignent les unes des quotidiens espagnols. «Le Tribunal constitutionnel autorise les pro-etarra» était le titre d'ABC, «ETA gagne, l'Espagne perd» celui de La Razon, alors que El Pais annonçait : «Voie libre pour Bildu aux élections». Quant à Publico : «Oui, Bildu sera dans les urnes».

 

Malgré des prises de positions belliqueuses envers la coalition incriminée, le gouvernement socialiste a affirmé qu'il respecte la sentence, de même que le Parti populaire (droite). Mais ce dernier n'a pas pu s'empêcher d'exprimer ses regrets. Selon lui, il s'agit d'une «mauvaise nouvelle», mais «pas définitive». Le parti de Mariano Rajoy exige du gouvernement qu'il présente un recours au Tribunal suprême si jamais au cours de la campagne des indices permettaient l'annulation des listes de Bildu. Le PP a demandé au gouvernement espagnol qu'il donne des instructions aux forces de police pour qu'ils continuent à recueillir «les pièces à conviction» qui prouveraient, selon ses propos, qu'en réalité tous les membres des listes de Bildu «le sont au nom de la démocratie et non au nom et au service de la stratégie d'ETA».


Parmi les prévenants, également, le président du PNV, Iñigo Urkullu, qui a averti que si la coalition ne se prononçait pas contre un attentat hypothétique d'ETA, cela signifierait qu'il «a trompé» la société. Le président nationaliste a déclaré qu'il était nécessaire de discuter avec M. Rodriguez Zapatero, chef du gouvernement espagnol, sur l'incrimination de la candidature de Bildu et, concernant les relations entre son parti et le PSOE, qu'il y a «tout un monde à construire».

 

A l'encontre de la loi des partis


Sans quitter le pupitre de la campagne électorale, le parti abertzale Aralar a déclaré que «le temps du victimisme est révolu» et «l'heure de la vérité est arrivée», se référant à Bildu. Le parti de Patxi Zabaleta considère que la sentence va à l'encontre de la loi des partis. Loi qui a permis l'illégalisation de plusieurs partis de la gauche abertzale. Cette dernière est devenue «une toile d'araignée dans laquelle s'est empêtré l'Etat lui-même». En outre, Aralar a demandé la mise en liberté des personnes accusées d'appartenir à ETA, alors qu'elles étaient en train de «refonder la nouvelle gauche abertzale de Sortu». Malgré des hésitations «regrettables» des tribunaux espagnols, cette décision marque une nouvelle phase dans laquelle «le projet politique de Bildu s'est renforcé», d'après le représentant de Batasuna Xabi Larralde. Il pense que la présence de la coalition dans les institutions pourrait engendrer de la part du PNV «une position en faveur de la souveraineté du Pays Basque». Dans un contexte de crise, et de processus de résolution du conflit, l'Etat espagnol pourrait «réagir sur la défensive» au rassemblement des forces indépendantistes, selon le porte-parole de Batasuna, mais ce mouvement pourrait aussi l'amener à participer à ce processus dans termes politiques.

 

Quant à Manex Pagola d'Eusko Alkartasuna, il est satisfait par la décision du tribunal espagnol qui «renforce le processus de résolution» et «apporte de l'espoir».

 

Goizeder TABERNA pour le JPB

Par FPL - Publié dans : Euskal Herria

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