Pays basque : soutenir Daniel Derguy face à la menace d'extradition

Publié le par dan29000

 

Sursis à l'extradition pour le Basque etarra Daniel Derguy


Derguy COUR D'APPEL. «J’irai, mais dans un cercueil»: Daniel Derguy, ce français réclamé par Madrid dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen (MAE) pour des faits de terrorisme en lien avec l’ETA a répété ce mercredi 27 juillet devant la Cour d’appel  d’Agen qu’il était prêt à risquer sa vie dans une grève de la faim si la procédure d’extradition vers l'Espagne lui était appliquée.

En liberté conditionnelle à Cahors (Lot) depuis mars 2008 après 12 ans de prison pour son activité au sein de l’ETA, Daniel Derguy a été arrêté le 6 juillet sur la base d’une empreinte vieille de dix-sept ans exhumée par la justice espagnole, puis remis en liberté sous contrôle judiciaire en attendant son jugement.

Et voilà qu'il n'est plus sûr d'être extradé: selon le parquet général d’Agen requérant à l'audience, il pourrait en effet ne pas être remis aux autorités espagnoles si la cour d’appel estime que les faits pour lesquels il est poursuivi peuvent être jugés en France ou bien s'ils sont prescrits en France. Laquelle cour a mis sa décision en délibéré jusqu’au  17 août. Récit:

Daniel Derguy à Cahors. Photo: DR

Dans la nuit, les aboiements du chien du voisin ne l’ont pas inquiété. «Avant», il aurait fait le lien avec la coupure de sa ligne téléphonique et il aurait fui immédiatement. Ce 6 juillet au matin en sortant de chez lui pour ouvrir son magasin de meubles dans la zone industrielle de Cahors, Daniel Derguy, 51 ans, s’est d’abord cru «enlevé par des barbouzes paramilitaires espagnols». Les policiers qui venaient de l’embarquer dans une voiture banalisée le rassurent en mettant leurs brassards officiels.

Placé en garde à vue, il se voit notifier un mandat d’arrêt européen (MAE) émis par Madrid. La justice espagnole a ressorti un scellé vieux de dix-sept ans, une empreinte lui appartenant retrouvée sur une lettre piégée finalement désamorcée, postée depuis Paris en mars 1994 à une entreprise basque espagnole.

Sur le coup, il se pense perdu: «Je me suis vu en Espagne interrogé par la Guardia Civil. Je me suis dit: c’est fini pour moi, je n’y vais pas. J’ai entamé une grève de la faim». Sept jours de jeûne au total, entre son arrestation le 6 juillet et sa remise en liberté le 13. 

Natif d’Hasparren (Pyrénées-Atlantiques), Daniel Derguy est entré dans la clandestinité en 1992. Arrêté à Paris en 1996, il est alors présenté comme le responsable français de l’ETA chargé de la logistique -explosif, caches d’armes, faux papiers- de l’organisation armée.
A sa décharge, il dit suivre aujourd'hui la trêve générale décrétée par l’ETA en septembre 2010: «le mouvement indépendantiste abandonne définitivement l’option armée pour la voie démocratique et non violente à laquelle, insiste-t-il, j’adhère complètement».

Une motion de soutien à sa personne signée par 124 élus est rendue publique ce vendredi 22 juillet à Bayonne. «L'évolution politique du Pays basque nécessite des signes d'apaisement, le mandat d'arrêt européen émis envers Daniel Derguy est une provocation grave et va totalement à l'encontre du processus amorcé», estiment les signataires parmi lesquels se trouvent les députés européens écologistes José Bové et François Alfonsi ainsi que le député Jean Lassalle (Modem).

Après Aurore Martin qui risque 12 ans d’emprisonnement pour participation à une entreprise terroriste pour ses interventions dans des meetings en Espagne, Daniel Derguy est le second ressortissant français menacé par l’application du MAE.

A l’issue de l’audience, le marchand de meubles de Cahors se veut prudent: «trois semaines, d'ici au 17 août, c’est long, dit il à LibéToulouse. La décision me concernant se prendra d’abord à Paris».

J-M.E

 

Source : LIBERATION.FR

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