Pérou : Humala élu président, la gauche se renforce encore sur le continent

Publié le par dan29000

 

 

Humala, des Andes au sommet

Le chantre des populations indigènes a été élu dimanche président du Pérou.


Par GÉRARD THOMAS

Ollanta Humala s'adresse à ses sympathisants le 5 juin 2011 à Lima.

Ollanta Humala s'adresse à ses sympathisants le 5 juin 2011 à Lima. (© AFP Geraldo Caso)

 

 

«La tâche sera difficile, mais je travaillerai à unir le peuple péruvien sans aucun type de discrimination.» La formule pourrait paraître bien anodine dans la bouche d’un président nouvellement élu, pressé de se faire reconnaître par tout un peuple et pas seulement par la cohorte de ses électeurs. Mais dans son premier discours «officiel», prononcé à chaud devant quelques milliers de supporteurs réunis dimanche soir sur la plaza Dos de Mayo à Lima, Ollanta Humala, qui a remporté la présidentielle avec au moins 51,4% des suffrages contre son adversaire, Keiko Fujimori (droite), a fait mouche. Plébiscité dans le centre, le sud et les zones les plus reculées du pays, le «guerrier qui voit tout» - traduction de son nom d’origine aymara - s’est fait le chantre des populations indigènes, principales laissées pour compte de la croissance péruvienne des dix dernières années (une moyenne de 5% l’an).


Quechuas. Ollanta Moisès Humala Tasso, 48 ans, candidat nationaliste de gauche sous la bannière du mouvement Gana Perú (le Pérou gagne), a été propulsé au Palacio del Gobierno, l’Elysée local, par un petit peuple d’origine indienne, majoritaire au Pérou (45% de la population) mais traditionnellement écarté des rouages du pouvoir au profit des métis et des Blancs. Le Pérou est en effet divisé entre la côte et les Andes, les espaces économiquement développés autour de la capitale, Lima, et les hauts plateaux et l’Amazonie peuplés d’Indiens quechuas et aymaras qui vénèrent encore le dieu Soleil de leurs ancêtres incas. Cette fracture ethnique a permis à l’ancien militaire, qui s’était brièvement rebellé à la tête de son unité d’artillerie contre l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) à la fin de son mandat, de triompher de sa rivale - fille aînée de ce dernier - censée représenter les intérêts de l’oligarchie locale. Souvent raciste et méprisante à l’égard des populations indigènes, cette élite n’hésite pas à parler ouvertement de la «mancha india» (la tache indienne) pour désigner les zones andines.

Dans les régions d’Arequipa, de Cuzco, de Huancavelica ou d’Ayacucho par exemple, toutes situées dans les montagnes, Humala réalise des scores souvent supérieurs à 75% au deuxième tour. A Puno (sud-est), il totalise même plus de 77%. C’est là, selon la tradition, que Manco Capac, le premier Inca, serait sorti du lac Titicaca sur les ordres du dieu Soleil pour fonder l’empire inca. Mais au-delà des populations andines, Ollanta Humala a également su capitaliser les voix d’une intelligentsia du centre et de gauche, lassée des extrêmes disparités sociales et économiques du pays, fatiguée de deux législatures du très décevant Alan García (centre droit), et rétive à voir Keiko Fujimori prendre ses quartiers à la présidence. A 36 ans, elle était accusée de n’être qu’un clone de son père, qui purge actuellement une peine de vingt-cinq ans de prison pour violation des droits de l’homme et corruption durant ses deux mandats.


Ollanta Humala, plus à l’aise en jeans et chemisette débraillée qu’en costume sombre d’apparat, se présente aujourd’hui comme un disciple de l’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, devenu la référence d’une gauche moderne et modérée en Amérique latine. Candidat malheureux à la présidence en 2006 contre Alan García, il s’est tour à tour déclaré «ni de droite ni de gauche mais d’en bas»,a ensuite fait allégeance à un nationalisme de gauche aux accents autoritaires et populistes, et s’était enfin rapproché de la gauche radicale du président vénézuélien Hugo Chávez. Une proximité qui lui a probablement coûté la présidence à l’époque. Le nouvel élu a en tout cas réussi à faire oublier ses convictions politiques de jeunesse fortement marquées à l’extrême droite. Il s’est également éloigné de celles de sa famille (il a six frères et sœurs), elle aussi profondément ancrée dans la droite dure. Son père, Isaac, un avocat de formation marxiste-léniniste, est devenu le théoricien d’un ultranationalisme («l’ethnocacérisme») qui prône une sorte d’apartheid entre les«vrais Péruviens»issus de l’Altiplano des Incas et les immigrants descendants des envahisseurs espagnols. L’un de ses frères, Antauro, militaire putschiste, est partisan de «tuer les corrompus»,et sa mère, Helena, déclarait sans vergogne qu’il faut«fusiller les homosexuels».

 

Retraite. Francophile et père de trois enfants, Humala a étudié les sciences politiques à la Sorbonne en compagnie de son épouse, Nadine Heredia. Cette dernière dirige la branche jeunesse du Parti nationaliste péruvien (PNP), que le couple a fondé en 2005. Dans son programme, le nouveau président affirme vouloir mieux répartir la richesse, taxer les profits miniers (or, argent, cuivre, zinc), lutter contre la corruption, augmenter les salaires et instaurer la retraite à 65 ans pour tous. Avant sa prise de fonction, en juillet, il devra forger des alliances au Parlement, où son parti ne dispose que de 47 sièges sur 130. Il lui restera ensuite à gérer l’immense attente sociale née de ses promesses de campagne et à vaincre l’extrême méfiance des marchés et du patronat local, inquiets du virage à gauche pris par le Pérou.

 

Source  / LIBERATION

 

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Mitsuko 11/06/2011 17:46



Je pense que c'est une bonne nouvelle pour le Pérou que d'avoir un Président de Gauche ... Il est temps, tout n'est pas perdu mais il était largement temps
de faire quelque chose ... en espérant que d'autres pays grossiront un jour le mouvement ...



dan29000 11/06/2011 18:32



Cela prend tournure depuis dix ans sur ce continent, meme si tout n'est parfait là où la gauche à pris le pouvoir...