Persécution, un roman d'Alessandro Piperno, chez Liana Levi

Publié le par dan29000

 

 

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Il n'est jamais aisé de publier un deuxième roman quand le précédent fut un succès immense auprès du public et des critiques, et pourtant Alessandro Piperno vient de réussir brillamment ce passage obligé dans la carrière de tout écrivain. Né à Rome où il vit et enseigne la littérature française à l'université Tor Vegata, Piperno est devenu un des auteurs incontournables de la littérature italienne avec un essai sur Proust, et son fameux premier roman iconoclaste qui déclencha une polémique "Avec les pires intentions".

 

 


 

Persécution nous offre d'abord un magistral portrait d'un homme, Leo Pontecorvo. Professeur de médecin célèbre et aussi père de famille de la bourgeoise romaine. Un homme fait d'un délicieux savoir-vivre, et d'une discrétion de bon aloi. Cela étant renforcé par une longue tradition familiale juive et romaine. Tradition et mesure semblent être les fondamentaux de sa vie, avec en prime une confiance innée en son prochain, sans oublier une forte tendance à se décharger des contingences matérielles sur sa mère d'abord, et sur sa femme par la suite.

 

Et un jour, le monde bascule, et rien ne sera plus jamais comme avant...

 

En regardant la télévision, il apprend qu'une gamine d'une douzaine d'années, petite amie d'un de ses fils, l'accuse de tentative de séduction !

 

Deux solutions possibles alors. Se battre et résister, ou bien faire le gros dos. Son passé et son caractère ne l'ont pas vraiment préparé au combat et à la résistance. Il va donc se replier lentement sur lui-même, en essayant de comprendre comment ce piège terrible s'est refermé sur sa vie. C'est l'occasion pour l'auteur de nous brosser le tableau de plusieurs personnages, d'abord l'épouse, mais aussi la fillette mythomane et ses parents assez...voyants, mais aussi un magistrat, ou encore son avocat.

 

Mais ce nouveau roman de Piperno va bien au-delà d'un portrait brillant d'un homme peu préparé au combat, il est aussi une formidable étude psychologique des tours et détours des êtres humains, avec leur complexité et surtout leur ambiguïté. Tout cela saupoudré d'une mordante ironie qui n'est pas sans nous rappeler les magnifiques premiers romans de Philip Roth de l'époque "Portnoy et son complexe". Autre point commun entre ces deux auteurs, de longues phrases qui s'insinuent lentement en vous et ne vous lâchent plus.

 

Disons-le, il y a un ton Piperno, celui de l'observateur ironique des déterminismes sociaux, des microcosmes de nos sociétés qui nous enferment et nous prédisposent alors à réagir, ou pas. Un roman salutaire qui au passage nous rappelle que l'innocence enfantine n'existe pas, et surtout que la vie de chacun est un assemblage souvent fragile, et qu'il faut parfois assez peu de choses pour que le pire devienne une réalité...

 

Par son sujet, par la manière de le traiter, et surtout par son style, élégant et prenant, subtil et parfois ensorcelant, "Persécution" est déjà un des romans les plus importants de cette année.

 

Magistral et envoûtant.

 

 

Dan29000

 

 

Pour découvrir le site de l'éditeur, c'est ICI

 

Persécution

Le feu ami des souvenirs

Alessandro Piperno

Editions Liana Levi

Collection "Littérature étrangère"

Traduit de l'italien par Fanchita Gonzalez Batlle

2011 / 432 p / 22 euros

 

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EXTRAIT  DES PREMIERES LIGNES /

 

C’est le 13 juillet 1986 qu’un désir inconfortable de n’être
jamais venu au monde s’empara de Leo Pontecorvo.
Un instant plus tôt, Filippo, son fils aîné, s’autorisait la plus
mesquine des lamentations puériles: contester la toute petite
portion de frites que sa mère avait fait glisser dans son assiette,
en regard de la générosité inouïe qu’elle avait témoignée à
l’égard de son petit frère. Et voilà que quelques secondes plus
tard le présentateur du journal télévisé de vingt heures insinuait,
devant une considérable tranche de la population, que
Leo Pontecorvo ici présent avait entretenu une correspondance
dépravée avec la petite amie de son fils cadet, âgé de treize ans.
Autrement dit, de ce même Samuel, avec son assiette pleine
du trésor doré et croustillant qu’il ne mangerait jamais. Hésitant
probablement quant à savoir si la célébrité soudaine que lui
apportait la télé serait archivée par ses amis dans la case à ragots
rigolos ou dans celle, encore vide, destinée à recevoir l’image
la plus irrémédiablement merdique qui puisse être accolée au
jeune garçon d’une tribu gâtée et indolente.

 

 

 

PRESSE /

 

«Impertinent, facétieux, provocateur, Piperno est surtout un observateur passionné de la réalité, de ses paradoxes et de ses ambiguïtés.» Le Monde


«Le fils spirituel de Moravia se nomme Alessandro Piperno.» L’Express


«Son écriture inventive, son sens de la digression, ses points de vue polyphoniques font de Persécution un roman très contemporain sur la chute d’un homme et la fin d’un monde.» Télérama


«Styliste et architecte accompli, Alessandro Piperno joue sur tous les tableaux avec une identique maestria.» Livres Hebdo


«Il décrit avec une acidité salvatrice une société de la rumeur et de l’image.» Transfuge
«Il brosse une peinture acide de la bourgeoisie juive romaine, de ses paradoxes sociaux ou moraux.» Lire


«Alessandro Piperno s’impose comme l’une des voix majeures de la littérature italienne contemporaine avec ce roman qui analyse la logique perverse de la folie, intime comme sociale.» Mediapart

 

 

Publié dans lectures

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Mitsuko 03/10/2011 16:30



Rien que de lire l'article que tu as écrit, me donne déjà envie de le lire ...


Ce que j'ai lu est bien écrit ... Bravo à toi et merci de le mettre en ligne ...


J'avoue être contente que tu l'ai mis en ligne ...



dan29000 03/10/2011 17:57



Merci pour les compliments, c'est un roman très fort, espérons qu'il soit bien accueilli par le public après un succès critique...