Pierre Rabhi : Cultiver la terre pour se nourrir, un acte de résistance

Publié le par dan29000

1260289695.jpegPierre Rabhi : "Cultiver la terre pour se nourrir, un acte de résistance"

Nous défaire de la culture productiviste de l'agriculture, reconnaître la valeur sacrée de la terre qui nous nourrit, repenser nos priorités... Il nous est aujourd'hui primordial de changer notre rapport à notre alimentation, pour préserver les générations à venir et sauvegarder la planète. Le point avec Pierre Rabhi, philosophe, écrivain et paysan. 


Aliments suremballés, hors saison, importés... Comment expliquez-vous qu'au cours de ces dernières décennies notre alimentation ait perdu son identité, voire son âme ?

Pierre Rabhi : Notre alimentation est une gabegie. Aujourd'hui, elle voyage beaucoup alors qu'elle ne devrait pas être amenée à le faire. Seule la rareté - les choses que l'on ne peut pas produire chez soi - devrait être importée. Il est tout à fait normal que les peuples échangent des biens pour répondre aux besoins de chaque communauté. Mais quand il s'agit de denrées de première nécessité, fondamentales, du quotidien, la production doit être réalisée là où vivent ces communautés.

Cette irrationalité, comme bon nombre de désastres, est due aux rapports marchands que nous avons instaurés. Nous évoluons dans une lucropathie : l'argent est devenu le fondement du paradigme du monde d'aujourd'hui. Il détermine tout : les lois du marché, de l'offre, de la demande. On essaye désormais de gagner de l'argent au détriment de la vie, des gens, de la terre. Tant que cette question du pouvoir absolu de l'argent n'est pas résolue, nous sommes dans l'impasse.
Les crises alimentaires auxquelles nous avons été confrontés (vache folle, OGM, etc.) n'ont-elles pas été des sonnettes d'alarme ? Comment expliquer notre apparente passivité ?

Evidemment, les signaux d'alarme n'ont pas manqué. Je suis moi-même engagé depuis 47 ans dans la protection de cette terre qui nous nourrit et je suis loin d'être le seul. Il me serait presque impossible de faire la liste de toutes les consciences qui nous préviennent de cette dérive alimentaire grave. Déjà en 1949, dans son ouvrage La planète au pillage, Osbourne nous mettait en garde... Depuis longtemps, nous essayons de faire comprendre que si la terre n'est pas bien traitée, il nous est impossible de produire des aliments de qualité et il ne peut y avoir de santé publique.
Aujourd'hui, nous sommes dans la chimie et l'aliment auquel elle donne naissance est cause de nuisances et de pathologies parfaitement identifiables.

Pourtant, nous sommes confrontés à une sorte d'aveuglement, d'apathie. Comment l'expliquer ? Peut-être par notre course aux produits les moins chers. Il faut se rendre à l'évidence : si on achète moins cher, ce n'est pas forcément de la qualité. Certes, il y a eu, après guerre, des pénuries alimentaires qu'il a fallu corriger. On a donc encouragé les agriculteurs à produire massivement grâce à une politique agricole commune et des subventions. On a alors triomphé en termes de prix des denrées alimentaires et d'abondance, en faisant notamment venir de la nourriture de toute la planète. Mais aujourd'hui on constate que tout cela a des répercussions désastreuses sur l'environnement. D'ailleurs, il faudra un jour déclarer l'agriculture moderne comme une grande catastrophe écologique.
Quelles sont les conséquences de ces dérives pour nous, en tant que consommateur mais également en tant que citoyen du monde ?

Dans tout biotope, la vie est déterminée par des cycles saisonniers. Tous les végétaux, même spontanés, sauvages, se cadencent sur cette réalité. Depuis toujours, nous cultivons des végétaux pour notre alimentation. Pendant des siècles, nous les avons domestiqués, rendus accessibles pour notre survie tout en conservant les rythmes de la nature

Avec l'éruption de nos modes de vie productiviste, nous avons tout falsifié en transposant l'esprit industriel à la nature. Nous n’avons pas cherché comment on pouvait mieux nourrir les populations, mais comment on pouvait mieux gagner de l'argent. Cette mise en culture s'est avérée stupide et destructrice : elle ne respecte plus les sols, n'entrient plus la biodiversité ou les ressources en eau potable.
Finalement, cette chimie détruit peu à peu toutes nos nourritures à commencer par l'air et l'eau - qui nous constitue à 75 % - qui sont pourtant totalement indispensables à notre survie, tout comme notre nourriture tangible. Or cette dernière doit être produite selon les lois de la nature, car une bonne nourriture véhicule à la fois des substances et de l'énergie.

En effet, dès lors que l’on traite la terre avec respect, la plante sécrète des substances de qualité, s’imprègne de toutes les énergies cosmiques (le soleil, etc.). Et c’est donc naturellement que lors de la consommation, elle apporte à notre corps une nourriture vitalisante. Il faut garder à l’esprit que cette même plante nous relie aux énergies du ciel et de la terre. Par notre nourriture, nous sommes ainsi intégrés aux forces constructives et pérennes de la vie. En artificialisant notre alimentation, en mangeant des produits qui ne sont pas de saison et qui ont poussé en serre, nous sommes forcément amenés à avoir des carences fortes, notamment dues à l’utilisation des engrais… L’alimentation est quelque chose d’extrêmement sérieux et en la détournant ainsi nous compromettons notre survie. 

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Ruscito 10/06/2010 19:16



Donnez moi donc un terrain; j'en ai pas les moyens pour faire pousse toutes sortes de cultures;c'est un reve que je ne peux pas realiser helas!