Plastic planet, un film de Werner Boote, en DVD

Publié le par dan29000

 

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Depuis maintenant un siècle, le plastique a envahi nos vies de manière exponentielle. Il faut avouer que cela est bien pratique, pas vraiment cher. Donc tout pour plaire. Surtout aux industriels qui durant les dernières années, en usent et en abusent sans compter.

Le problème avec le plastique, c'est après. Car il y a un après.

 


 Ce fut un Belge qui l'inventa en 1907, Baekeland, qui proposa alors un premier produit entièrement synthétique.


 Avec le succès considérable que l'on connaît. Pourtant cela fait déjà quelques années que les écologistes pointent les problèmes engendrés par les 260 millions de tonnes de plastique produites chaque année dans le monde. Il est donc intéressant de savoir qu'un seul malheureux centième des 14 millions de tonnes annuelles de matières de polystyrènes est recyclé. C'est peu, surtout quand on sait que  la durée de conservation moyenne des matières synthétiques dans le sol et les eaux sont environ de 500 ans !


 Cela fait un peu froid dans le dos.


Un sujet qui inspira le réalisateur autrichien Werner Boote (lire son interview ci-dessous). Il faut dire que cet homme était bien placé pour faire ce documentaire, car il était déjà l'auteur avec Gerhard Pretting, d'un livre intitulé "Plastic Planet, la face cachée des matières synthétiques", chez l'excellent éditeur Actes Sud.


 Le tournage lui prit quatre ans en parcourant presque tout le globe afin de rencontrer quelques spécialistes de ce sujet délicat. Un juge italien, la vice-présidente de la WWF, le président de PlasticsEurope ou encore la première vice-présidente de la Commission européenne. Sans doute l'entretien le plus savoureux quand elle avoue la forte influence du lobbying sur la politique de l'UE. L'aveu d'impuissance n'est pas vraiment loin. Bien entendu on le savait déjà, mais ce genre d'aveux est toujours bon à entendre, et à ré-entendre pour les électeurs qui se pensent encore tous puissants lors des élections européennes...

 

Boote n'a pas non plus oublié les scientifiques (pharmacologue ou généticien), mais aussi, plus inattendu, des chiffonniers en Inde, des artistes ou un chirurgien esthétique...


Une enquête donc tout à fait sérieuse, diversifiée et très vivante, mais  hélas tout de même frappée du "syndrome Michael Moore". Comme son illustre prédécesseur, Werner Boote se croit obliger de valider sa présence effective aux quatre coins de la planète, en se plantant devant sa caméra. A vrai dire, on lui faisait confiance, s'il allait rencontrer un spécialiste dans un endroit donné, on se doutait bien qu'il était là...A sa première apparition, cela va, à la deuxième aussi, mais à la longue cela plombe un peu son propos. Hélas il ne semble pas le seul parmi les documentaristes actuels à prendre le mauvais exemple du néanmoins indispensable Michael Moore.

 

 Ce détail énervant mit à part, son film reste tout à fait utile à une meilleure prise de conscience d'une des pollutions majeures actuelles. La situation est tellement dégradée que de véritables bancs de plastique se sont constitués en une petite île dans l'océan Pacifique. De plus l'épisode de la prise de sang sur lui-même nous révèle que certains plastiques peuvent passer dans le sang, sans parler bien entendu du cas célèbre récemment des biberons au Bisphénol A. Voir encore cette semaine, l'affaire des tickets de caisse dangereux de Carrefour.

 

 On sent au fil des images et de ses rencontres que le réalisateur a bien étudié son sujet et surtout qu'il y croit particulièrement, sans oublier un salutaire zeste d'humour.


 A voir donc, et  à faire voir sur un des actuels symboles de notre société de surconsommation de masse.

De tels films sont très utiles pour changer les mentalités et que, nous, consommateurs devenions un peu plus des consom'acteurs.

Un film qui prend d'ailleurs bien sa place dans la collection "Docs citoyens" des éditions Montparnasse, aux côtés de "We feed the world", "La stratégie du choc", de Naomi Klein, ou encore le  magnifique documentaire de Coline Serreau "Solutions locales pour un désordre global" qu'il serait sans doute souhaitable de faire parvenir à Werner Boote.

 


 

Dan29000

 


 

Plastic planet

Werner Boote

Collection Docs citoyens

2011 / 1 h 35 / 18 euros

Disponible dès le 23/08/11

 

 

 

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« Un documentaire instructif et ludique qui fait froid dans le dos. »
excessif.com

 

 

Le réalisateur, Werner Boote

Entretien

Comment est née l’idée du film ?


En 1999, j’ai lu dans un journal hollandais que des poissons mouraient dans une rivière anglaise à cause d’une substance présente dans les matières plastiques. Peu de temps après, je suis tombé sur un article de « Time Magazine » qui déclarait que les mers du Groenland étaient polluées par des matières synthétiques. J’ai lu de plus en plus d’articles de presse relatant les dangers du plastique. Un petit article paru dans un quotidien autrichien avait révélé l’existence de véritables bancs de matières plastiques flottant dans l’Océan Pacifique, et ce fut un choc lorsque j’ai réalisé que personne ne le savait auparavant ! C’est à ce moment-là que je me suis dit : « Je vais faire un film sur ce sujet ! »


Comment avez-vous sélectionné les lieux de tournage et les personnes interviewées ?


J’ai choisi personnellement les lieux et les gens que je voulais filmer. J’ai mené des recherches approfondies et je me suis demandé à quels savants on pouvait faire confiance. J’en ai sélectionné certains, j’ai suivi leur travail durant plusieurs mois, voire plusieurs années, et j’ai agi de la même manière concernant les lieux à filmer. J’ai voyagé dans des lieux considérés a priori comme des « zones protégées », des « zones naturelles vierges », si on s’en tenait à leur désignation et à leurs noms. Et j’ai découvert que ces zones étaient souillées de manière irréversible par les ordures.


Vous jouez un rôle déterminant dans Plastic Planet. Pourquoi un tel choix ?


Mes films sont mes efforts personnels pour trouver les réponses à certaines questions. Ainsi, le personnage Werner Boote joue un certain rôle dans le film. Lorsque je dis que je fais du cinéma d’investigation, on me pose très souvent la question de savoir si je fais des films identiques à ceux de Michael Moore. Et je réponds que je ne fais pas de films de propagande pour dire aux gens : « Salut, je vais vous montrer comment les choses se passent vraiment ici-bas… ». Je cherche juste à savoir ce qui se passe, ici et maintenant, concernant l’impact des matières plastiques sur notre planète… Et rien d’autre.

 

Vous êtes même allé jusqu’à faire une analyse de sang pour le film…


J’ai découvert que j’avais du Bisphénol A dans le sang, et j’ai été choqué. C’est une substance jugée hautement dangereuse. Les membres de mon équipe ont passé les mêmes tests, et on a également constaté, chez chacun d’entre eux, un taux important de Bisphénol A. Ces résultats contredisent ce que les industriels du plastique et leurs experts ne cessent de clamer. Nous possédons tous plusieurs substances issues du plastique dans le sang. Cela dit, un an et demi après cette analyse, en limitant mes contacts avec le plastique, mon taux de Bisphénol A a baissé.


Quels problèmes avez-vous rencontrés durant le tournage ?


Le plus grand problème a été de pouvoir rencontrer les acteurs majeurs de la filière plastique car ils fuient toute publicité. La preuve : même le fameux show télévisé américain « 60 minutes » a été incapable de faire venir devant sa caméra les patrons de l’industrie du plastique. De notre côté, nous avons tenté durant 18 mois d’avoir un entretien filmé avec le Président de la firme PlasticsEurope. Aucune chaîne de télévision normale n’aurait eu cette patience. Avec les personnes que j’ai filmées, le degré de confiance était élevé dès le départ dans la mesure où mon grand-père avait travaillé dans l’industrie du plastique. De ce fait, j’étais davantage perçu comme un ami ou un membre de la « famille » et j’ai pu travailler avec eux de manière assez détendue.

Existe-t-il des solutions de remplacement ?


Les bioplastiques, qui ne représentent aujourd’hui que 0,5% des plastiques existants, et des produits de substitution tels que le verre. C’est aux consommateurs et aux politiques d’agir, de pousser les industriels du plastique à modifier leurs comportements.


Justement, le film a-t-il eu un impact concret après sa sortie ?


En Autriche, des tétines pour bébés ont été retirées du marché, de même que certains biberons. Les partis politiques de toute obédience ont décidé de prendre à bras le corps la question de ces substances dangereuses utilisées dans la fabrication du plastique. Et à Abu Dhabi, où le film est passé lors d’un festival, un des secrétaires du Ministère de l’Environnement est venu me voir pour me demander comment résoudre ce problème dans son pays. Un peu pris au dépourvu, je lui ai dit spontanément : « En bannissant les sacs plastiques ! ». Je ne pensais jamais avoir de nouvelles, mais dix jours plus tard, Abu Dhabi annonçait officiellement qu’il bannirait les sacs plastiques à partir de 2013.

Biographie

Né en 1965 à Vienne, il étudie l’art dramatique et la sociologie de la communication, tout en poursuivant des études de cinéma. Assistant réalisateur de Robert Dornjelm et Ulrich Seidl, il passe à la réalisation de documentaires musicaux à partir de 1993. Citons notamment Kurt Rydl – Le Gladiateur. Ses recherches sur les problèmes environnementaux, et plus particulièrement la problématique du plastique, ont débuté il y a environ dix ans. Werner Boote a remporté de nombreuses récompenses à travers le monde, dont le « Silver Screen Award » du New York Film Festival.

 

 

Source : Editions Montparnasse

 

 

 

 

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