Plogoff, la résistance antinucléaire, déjà trente ans...

Publié le par dan29000

Affiche_Plogoff_etat_de_siege.red-2-4b1ea.jpgBretagne 
Plogoff. 30 ans de vie sans la centrale

30 ans ont passé depuis les événements de Plogoff. Dans la mémoire collective, cette lutte contre le nucléaire et l'État a laissé des traces indélébiles. Aujourd'hui, la commune s'apprête à accueillir, sur ses terres, une vaste centrale solaire.
Plus de slogan antinucléaire ou insurrectionnel à l'entrée du bourg qui vient d'être réaménagée. Une municipalité qui n'a jamais commémoré la fin de la lutte et qui n'entend pas le faire pour le 30eanniversaire. Amélie Kerloc'h, l'ancienne maire, qui refuse de s'exprimer sur le sujet. Plogoff aurait-elle mis un mouchoir sur son combat contre la centrale? «Non. Les gens n'ont pas oublié. Ils considèrent simplement qu'ils ont fait ce qu'il fallait faire et ils ont tourné la page», commente Maurice Lemaître, le maire divers gauche de la commune, élu aux dernières municipales. «Le comité de vigilance existe toujours. Il veille, l'arme au pied».

Les affrontements: les anciens en parlent le plus

«Les jeunes ne sont pas franchement intéressés par ça. Ce sont les anciens qui en parlent le plus», témoigne Carlos, le tenancier du bar la Flambée, récemment arrivé de la région parisienne. C'est ici, sur le bord de la route qui mène à la Pointe du Raz, qu'on se retrouvait en 1980 après les charges épiques contre les gardes mobiles. Souvent, ceux qui y étaient, racontent aux plus jeunes comment ça se passait. Certains sont assez nostalgiques. «Ils m'ont demandé de ne pas jeter les tables où ils avaient gravé leurs initiales lors des affrontements». Ce que Carlos a fait. Ses faits d'arme, Jean aime bien les raconter. Cet alerte retraité montait au front avec sa femme et ses enfants. «Parfois on partait au boulot sans avoir fermé l'oeil de la nuit. C'était dur mais on était persuadé qu'on allait gagner».

Des familles toujours écartelées

Selon ce couple, les partisans de la centrale étaient vraiment minoritaires. «Les pros et les anti se sont bouffé le nez dans certaines familles qui portent encore le poids de cette division», poursuit Jean. Des voisins aussi évitent de se parler sachant que les avis divergent de l'autre côté de la haie. Pour certains, ce projet de centrale faisait miroiter un avenir prometteur. «Effectivement, en termes d'emplois c'était énorme. Rien que pour la construction, on prévoyait 3.000 personnes», détaille le maire. À l'époque, Plogoff comptait 2.000 âmes. «La population aurait été complètement broyée par cet apport extérieur». Elle en avait conscience et cet élément, comme l'hostilité au nucléaire, a été déterminant dans la lutte. Les années ont passé et la commune a poursuivi son déclin démographique pour atteindre les 1.500 habitants. «Il manque une industrie, une locomotive économique avance le tenancier de La Flambée.

«60% de la population a plus de 60 ans»

Ce constat, Maurice Lemaître le fait aussi. «Pendant longtemps, la commune était habitée en majorité par des marins d'État ou de commerce. Cette population a vieilli, sans avoir été renouvelée. «Résultat, maintenant 60% des habitants ont plus de 60 ans. La commune fait office de laboratoire pour la France de demain», plaisante à moitié le maire qui fait tout pour contenir une nouvelle hémorragie démographique. «On vient de lancer un programme de trente pavillons. L'ancienne école publique va être transformée en logements sociaux. On fait tout pour que les gens restent ou s'installent au pays». Parallèlement le commerce local prospère. La pharmacie va être reprise, comme le bar-PMU et la boucherie-charcuterie. Pour financer ses chantiers, la commune bénéficie des retombées de la fréquentation de la Pointe du Raz, classée grand site de France. Chaque année, les parkings lui rapportent la coquette somme de 115.000euros sur un budget global de 2M€. «Pas anodin, mais pas scandaleux», atténue le maire.
Didier Déniel
44. 000 panneaux solaires pour gommer le nucléaire

Contrairement à la pêche qui fait toujours vivre quelques familles ici, l'agriculture n'a jamais tiré la commune vers le haut. Pourtant, des paysans vivaient du produit de cette terre battue par les vents et ridée par le soleil. Le dernier vient de faire part de sa volonté de prendre sa retraite prochainement. Ces terres, comme les nombreux hectares désormais disponibles, ne tomberont pas dans l'escarcelle du conservatoire du littoral. On devrait y aménager, l'an prochain, le premier grand champ solaire de Bretagne. Ce projet, piloté par le groupe NGI3E d'Amiens, couvrira de 10 à 15 hectares au lieu-dit Landrer, sur les hauteurs de la commune. 44.000 panneaux photovoltaïques y seront déployés à une hauteur de 80cm à 2m et profiteront des 1.180heures de soleil annuelles dont bénéficie Plogoff. Ils produiront l'équivalent électricité d'une agglomération de 1.300 foyers, soit deux fois les besoins de la commune. L'électricité sera revendue à EDF.

«Un beau pied de nez à l'histoire»

Pour le maire qui pousse ardemment à la roue pour que ce projet voit le jour, c'est un beau pied de nez à l'histoire. «Pascal Billot, un des dirigeants de NGI3E, possède une maison sur la commune. Il nous en a parlé et on l'a suivi». Les parcelles seront louées plus de 1.500euros l'hectare à l'année aux propriétaires. Elles seront entretenues par une centaine de moutons. De nombreux baux courant sur une vingtaine d'années ont déjà été signés. La commune et la communauté de communes tireront, elles aussi, un bénéfice de cette opération. Elles empocheront le produit d'une contribution économique territoriale. Plogoff n'est pas la seule commune du secteur à regarder de face le soleil. Goulien, elle aussi, est sur les rangs avec un projet plus grand. Dans quelques mois, le Cap Sizun pourra se targuer d'être autonome énergétiquement. Tout un symbole.
«Non. Les gens n'ont pas oublié. Ils considèrent simplement qu'ils ont fait ce qu'il fallait faire et ils ont tourné la page».
Maurice Lemaître, maire de Plogoff »



Source : Le télégramme 

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