PNIJ : une plate-forme d'écoutes opaque, et chère (42 millions)

Publié le par dan29000

 

Grandes oreilles 11/09/2012

Opaque, fragile et chère : la nouvelle plate-forme d’écoutes française

Camille Polloni | Journaliste Rue89
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Big Brother serait jaloux

 

 


La plate-forme nationale des interceptions judiciaires (Pnij), en chantier depuis 2006, doit centraliser dans un seul système les 40000 écoutes effectuées chaque année en France à partir de 2013.


« Le Canard enchaîné » de ce mercredi dresse un bilan de ses imperfections et de ses impasses.

  • Un dossier confidentiel-défense

Tout, dans ce grand chantier de la Justice, est classifié : l’activité des salariés qui travaillent sur le projet, les conditions techniques de sa réalisation, l’organisation de la plate-forme et même l’endroit où elle se trouvera.

  • Des données très privées

D’après le Canard enchaîné, la Pnij centralise « l’identité d’un abonné, la liste de ses appels (reçus et passés), le contenu de ses conversations, le détail de ses SMS ou de ses courriels, la copie des pages internet qu’il a consultées, l’inventaire de ses achats en ligne, voire ses données de géolocalisation ».

Ainsi que les procès-verbaux d’enquête. Tout au même endroit (secret), alors que pour l’instant,ces données sont éclatées sur 350 centres d’écoutes locaux.

  • Installées chez Thalès

Toujours selon l’hebdomadaire, « la plate-forme n’a pas été installée dans une enceinte judiciaire, mais directement dans les locaux de la société Thalès, qui a remporté le marché en 2010 ».

  • Un Eagle en France ?

« Les logiciels qui permettront d’intercepter et de trier les communications internet sont les mêmes que ceux qui ont été vendus, voilà quelques années, par la société Amesys à Khadafi pour surveiller sa population. »

Il s’agirait donc du logiciel Eagle, qui a permis au défunt régime lybien d’espionner, traquer et emprisonner ou tuer ses opposants. Développé par la société Amesys, le logiciel est devenu célèbre dans le documentaire de Paul Moreira, « Traqués », diffusé sur Canal Plus en mars.

Extrait de « Traqués », de Paul Moreira

Une petite phrase dans Le Figaro, au mois de septembre 2011, laisse entendre que cet équipement à la réputation sulfureuse n’a pas été fourgé qu’à la Libye khadafiste : « Une version du logiciel Eagle, conforme à la loi, est utilisée en France depuis 2009. »

A plusieurs reprises, le site d’information Reflets, qui a le premier parlé de la société Amesys, s’est inquiété de l’utilisation d’un tel logiciel en France et a réclamé des éclaircissements de la part des pouvoirs publics, sans effets.

  • Par dessus la tête de la Cnil

Depuis six ans que la Pnij est lancée, la Commission nationale de l’informatique et des libertés n’aurait jamais été consultée. Aucun organe de contrôle n’a été créé, même si le ministère de la Justice, répondant au Canard, promet de « resserrer quelques boulons ».

  • Pour trois fois le prix prévu

De 17,6 millions d’euros, le budget de la Pnij serait passé à 42 millions.

« La nécessité de créer un dispositif de secours capable, 24 heures sur 24, de prendre le relais de l’installation principale en cas de panne a, semble-t-il, contribué à faire gonfler la facture ».

Il n’y a pas que la facture qui est gonflée.

 

 

SOURCE / RUE 89

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