Poitiers : inquiétude des historiens de l'université

Publié le par dan29000

Les historiens de l’Université de Poitiers sonnent l’alarme


Les historiens de l’Université de Poitiers expriment leurs très vives inquiétudes face à la nouvelle réforme de la formation des enseignants, dont les conséquences prévisibles sont catastrophiques pour l’école. Ils tiennent à sortir de leurs amphis pour s’adresser à la population de Poitiers et exposer leurs positions sur des questions qui concernent l’ensemble du système éducatif, c’est-à-dire tous les citoyens attachés à l’école républicaine.

Pour alerter sur la mise à bas de la formation pédagogique des enseignants de vos enfants

En effet, dès la rentrée 2010, quelque 10 000 nouveaux enseignants seront affectés en responsabilité devant leur classe, quelques semaines après avoir passé un concours portant essentiellement sur des connaissances disciplinaires, sans réelle formation professionnelle, en particulier pédagogique. Pire, lors des stages, ce sont des étudiants qui auront directement la responsabilité d’une classe. Ils vont prendre en charge des élèves entre 12 et 26 heures par semaine sans maîtriser le travail considérable de préparation et de suivi qui est nécessaire.


Ils devront d’emblée assurer le même service, les mêmes tâches, que leurs collègues expérimentés, et tout cela sans avoir appris sérieusement, c’est-à-dire de façon très progressive et sereine, à préparer des séances de cours, des évaluations, à gérer un groupe d’enfants ou d’adolescents, à réagir face aux problèmes de concentration, de motivation, aux difficultés scolaires de tant d’élèves, à travailler en équipe avec leurs collègues et à gérer les relations avec les familles alors que, jusqu’à cette année scolaire, les nouveaux enseignants recevaient une formation basée sur le principe de l’alternance entre des heures de classe et des temps de formation à l’IUFM.

Pour dénoncer les coups portés à la qualité de la formation disciplinaire des enseignants de vos enfants

Le gouvernement affiche sa volonté d’augmenter le niveau de formation des enseignants. Ceux-ci seraient désormais recrutés à « Bac+5 ». C’est l’habillage d’une insupportable régression. En réalité, tous les enseignants avaient jusqu’alors suivi cinq années d’études supérieures, au moins. Désormais ils suivront cinq années d’études au plus.


Et quelles études ? Les directives ministérielles, relayées localement, tentent d’imposer un niveau de formation dans leur spécialité bloqué au niveau licence (Bac + 3). Le reste ? Les deux autres années seront consacrées à des petits travaux d’approfondissement, à des stages tronqués de quelques heures ou de quelques jours pour faire face à la baisse du nombre d’enseignants et, enfin, à la préparation acrobatique d’un concours de recrutement. Deux années où l’on se prépare à tout, c’est-à-dire à rien. Les étudiants n’en seront pas moins utiles puisqu’ils serviront, par des stages ponctuels et fragmentés, à boucher les trous du système éducatif, touché de plein fouet par la baisse continue du nombre d’adultes face aux élèves.

Pour mettre en garde contre la brutale désorganisation à venir du système éducatif

L’usine à gaz proposée désorganise très concrètement la vie des écoles, collèges, lycées, c’est-à-dire la scolarité des élèves. Alors que tout prouve que les classes ont besoin de stabilité, le système de formation des enseignants tel qu’il est envisagé conduira à additionner les stages très courts, c’est-à-dire à multiplier les enseignants (non formés) au cours d’une même année face à une même classe. Or, une équipe pédagogique n’est pas une équipe de basket. Que diront les parents d’élèves lorsque leur enfant fera la connaissance de leur 3e professeur de math en janvier et du 4e professeur d’anglais à la rentrée des vacances de Pâques ?


Nous, universitaires, parce que nous avons une idée exigeante de la formation intellectuelle et professionnelle que doit délivrer une Université, nous nous opposons à cette régression qui consiste à proposer des diplômes et des formations dévalués et à ainsi mettre en péril l’ensemble de l’Ecole républicaine.


 

Source : Sauvons l'université 

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