Pôle Emploi en grève reconductible, explications d'un salarié

Publié le par dan29000

police.pngGrève à Pôle Emploi : «On a tué toute relation directe et spontanée»

INTERVIEW Les agents du Pôle Emploi sont appelés à une grève reconductible ce lundi. Pascal Poupy, vingt ans de métier, explique les raisons du mouvement.


Recueilli par Marie Piquemal

 

Que vous recherchiez un emploi ou un salarié à recruter, bref si vous avez eu affaire au Pôle Emploi, vous savez. Ce service public, né de la fusion ANPE-Assédic, ne fonctionne pas bien. Plateforme téléphonique embouteillée, radiations pour un oui ou un non... Ce lundi, le premier syndicat représentatif des salariés du Pôle Emploi, le SNU-FSU, a appelé à une grève reconductible. Il est encore trop tôt pour savoir si le mouvement est suivi ou pas. Entretien avec Pascal Poupy, vingt ans d'expérience, ex-ANPE et délégué Ile-de-France du syndicat national unitaire (SNU), affilié à la FSU.

La fusion ANPE-Assédic remonte maintenant à trois ans. Elle était censée améliorer les choses pour les demandeurs d'emploi...

La fusion n'a rien amélioré du tout, bien au contraire. Les conditions d'accueil se sont vraiment dégradées pour les usagers. On vante le suivi personnalisé avec un conseiller unique. En pratique, nous sommes devenus injoignables, les plateformes téléphoniques nous éloignent des usagers. On se retrouve dans l'incapacité d'exercer notre métier, les demandeurs d'emploi sont excédés, nous aussi. C'est très décourageant, certains collègues en arrivent à des gestes désespérés. Le nombre d'arrêts maladie est en forte hausse : plus de 2 000 chaque mois pour la seule région Ile-de-France. Et c'est pareil dans de nombreuses régions.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de dysfonctionnements ?

Prenez le fameux entretien unique, présenté comme une avancée. Il a été mis réellement en place en avril dernier et c'est une catastrophe. En principe, quand vous appelez pour le premier rendez-vous, le Pôle Emploi est censé vous recevoir dans les cinq jours. En pratique, le délai d'attente est plutôt de l'ordre d'un mois, voire plus par endroits.

Là où on recevait le demandeur d'emploi deux fois 45 minutes pour calculer ses droits, puis l'aider dans ses recherches, on le voit désormais une seule fois (50 minutes maximum) où on est censé faire les deux métiers : répondre aux questions pratiques et conseiller. Ingérable. Les agents ne sont même pas formés pour, la direction considère que pour apprendre le métier, six jours de formation suffisent. Avant, c'était six mois de stage et un encadrement par un tuteur. Pour nous, anciens de l'ANPE, cette régression est très dévalorisante.

Combien de dossiers gérez-vous ?

Le ministère du Travail a fixé comme règle 60 dossiers par conseiller. Mais avec une hypocrisie évidente puisqu'il compte tout le personnel du Pôle Emploi, équipe dirigeante comprise ! En pratique, on se retrouve à gérer 200 à 300 dossiers chacun. Quand ce n'est pas plus. Avec la crise économique, le nombre d'inscriptions augmente. Et nos effectifs ne suivent pas. De nombreux contrats précaires et départs à la retraite ne sont pas remplacés. Du coup, pour absorber la demande, la direction fait passer des agents qui s'occupaient jusqu'ici des relations avec les entreprises dans l'accueil du public. La situation se dégrade maintenant de ce côté-là aussi. Les entreprises avec qui on avait noué des relations privilégiées sont en train de s'éloigner.... Et les offres d'emploi avec.

Beaucoup de demandeurs d'emploi se plaignent de se voir couper les indemnités chômage de manière abusive. Avez-vous des consignes ?

Non, pas en tant que telles. Mais à partir du moment où vous tenez l'usager à distance avec la plateforme téléphonique et ses «Tapez 1 - tapez 2...», la dématérialisation des courriers, forcément vous multipliez les ratés et donc les radiations. On a tué toute relation directe et spontanée : tout se fait par téléphone, même les entretiens. Cela ne sert à rien, on est seulement dans «la gestion de stock» comme disent nos supérieurs.

Que réclamez-vous ?

Nous n'en sommes pas à notre premier mouvement de grève. Nos revendications sont toujours les mêmes : davantage de recrutement, des formations de qualité, la non-fusion des deux métiers [ANPE et Assédic, ndlr] et la fin de la fermeture des sites. Dans la région parisienne, un tiers des agences vont être fermées. La grève est reconductible, elle devrait se poursuivre dans les jours qui viennent.

 

 

Source : libération

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