Pôle Emploi : sauvez un arbre, radiez un chômeur

Publié le par dan29000

Sauvez un arbre, radiez un chômeur

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Pôle emploi a décidé d’être écolo. Des tonnes de lettres sont envoyées chaque jour aux millions de demandeurs d’emploi. Dévastateur pour la forêt ! Alors, à défaut de pouvoir dématérialiser le chômage, Pôle emploi a démarré au mois de juin un processus de dématérialisation des courriers. Désormais, pour réclamer des pièces justificatives ou convoquer un usager à un rendez-vous, Pôle emploi envoie des e-mails. Les courriers électroniques, c’est gratuit, et c’est bon pour la planète.

Le souci, c’est que les chômeurs sont les premières victimes de la fracture numérique. Les plus précaires ne sont pas branchés en permanence sur leur iphone et n’ont bien souvent pas les moyens de se payer le luxe d’une connexion internet. Une aubaine, dans un contexte où faute de travail, le gouvernement déploie depuis plusieurs années une énergie considérable à transformer Pôle emploi en machine à radier les chômeurs des listes de demandeurs d’emploi, pour diminuer les chiffres officiels du chômage.

Pôle emploi dispose déjà d’une bonne palette de motifs de radiation : absence à un rendez-vous, refus d’une « offre raisonnable d’emploi », retard dans l’actualisation mensuelle, etc. Selon un rapport de la DARES sorti en septembre 2011, un quart des chômeurs radiés le sont par erreur (retard, accident, etc.).

Sous couvert de développement durable, l’envoi d’e-mail est ainsi une nouvelle technique pour conduire le chômeur à l’erreur. « Vous êtes radié parce que vous ne vous êtes pas présenté à votre rendez-vous. Vous n’étiez pas au courant ? Pourtant, on vous a envoyé un e-mail. Il est parti dans vos spams ? C’est tant pis pour vous. »

Au mois de juillet 2011, soit juste après le démarrage de la « dématérialisation des courriers », le nombre de radiations a brusquement augmenté de 25,1 %. Les associations de chômeurs et les syndicats de salariés de Pôle emploi ont envoyé début septembre une lettre ouverte à leur directeur général, Christian Charpy, pour exiger l’arrêt de ce dispositif et le retour aux courriers papier. Le 8 octobre, salariés et usagers étaient de nouveau réunis dans la rue à l’occasion de la manifestation annuelle contre le chômage et la précarité. Les uns réclamaient un revenu décent et des conditions de traitement dignes, tandis que les autres dénonçaient la dégradation de leurs conditions de travail. Tous faisaient front contre la casse du service public de l’emploi.

Le 17 octobre, soit dix jours plus tard, un informaticien au chômage prenait en otage – trois heures – deux employés de Pôle emploi, avec une arme qui s’est révélée factice. La plupart des médias ont conclu qu’il s’agissait d’un allumé. Un cas isolé. Et si ce fait divers était au contraire un symptôme de la névrose du système d’accompagnement des chômeurs vers l’emploi ?

 

 

Source : SAISON DES LUTTES / LE BLOG de LEILA CHAIBI

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