Ports et docks : bras de fer dans la durée entre la CGT et Sarkozy

Publié le par dan29000

 

 

 

Dockers. La CGT promet de tenir sur la durée

mercredi 2 février 2011.
 

La fédération CGT des ports et docks appelle à reconduire la grève pour que le gouvernement respecte l’accord d’octobre 2010 prenant en compte la pénibilité de leurs métiers.

Réunis à Montreuil mardi, 80 représentants CGT de l’ensemble des ports français ont décidé de reconduire le mouvement de grève entamé il y a deux semaines. Ils revendiquent toujours l’application de l’accord trouvé entre travailleurs des ports et patronat le 27 octobre 2010 qui prend en compte la pénibilité de leurs métiers. Validé par le gouvernement d’avant remaniement, dans le cadre de la réforme portuaire, cet accord qui prévoit des départs possibles de 4 à 5 ans avant l’âge légal est, « de manière inexplicable », renié par Thierry Mariani, secrétaire d’État aux Transports. L’activité des dockers, grutiers, portiqueurs et agents de maintenance sera donc cette semaine encore ponctuée de débrayages, avec arrêt complet du travail de vendredi à lundi. Une stratégie destinée à tenir sur la durée.

Mercredi, à l’occasion d’une conférence de presse comme il ne s’en est pas tenu depuis 1994, la Fédération des ports et docks CGT a réaffirmé la détermination et la colère des travailleurs portuaires face à la « démagogie » des arguments de Thierry Mariani, qui impose de renégocier. « Un homme qui revient sur une parole donnée ne vaut rien », a déclaré Tony Hautbois, secrétaire général du syndicat, entouré de Johann Fortier (dockers du Havre), Yves Thual (Port autonome de Nantes-Saint-Nazaire) et Anthony Tetard, secrétaire général adjoint. Des hommes indignés face à cette « ingérence de l’État » dans le processus d’élaboration d’une convention collective.

« Jamais vu cela, nulle part ailleurs  ! » a tempêté Tony Hautbois, relevant que les employeurs eux-mêmes ont « intérêt », pour la compétitivité, à ce que le travail soit effectué plutôt par « des jeunes plus productifs et aux salaires moins élevés » que des travailleurs en fin de carrière, lourdement impactés par des horaires fluctuants, les intempéries, l’exposition aux produits dangereux... « Il n’y a pas plus attaché à son port qu’un travailleur du port », a noté le secrétaire général répondant ainsi à un courrier de Thierry Mariani reçu lundi, qui en appelle « à la responsabilité de chacun », indiquant qu’« il en va de l’avenir des ports français ». Peine perdue s’il s’agit de brandir le spectre de la concurrence des ports étrangers  : « La solidarité se manifeste et commence à s’organiser avec les travailleurs des ports européens, notamment d’Espagne et du Nord de l’Europe », a pu affirmer Tony Hautbois. La prochaine réunion du bureau fédéral des ports et docks, prévue lundi 31 janvier, pourrait décider de nouvelles formes d’action, dont une manifestation à Paris.

Laurence Mauriaucourt

http://www.humanite.fr/26_01_2011-d...

Une forfaiture contre les dockers

En rejetant un accord sur la retraite anticipée pour pénibilité, le gouvernement a renié sa parole et bafoué cinq ans de négociations dans les ports. Un dirigeant patronal témoigne.

« Quand on négocie depuis 2005 et qu’on a un tant soit peu le respect du principe d’autonomie de la négociation collective, le respect de la parole donnée, on n’évacue pas tout un travail conventionnel en trois coups de cuillère à pot comme cela. » Le ton est posé, mais Xavier Galbrun, délégué général de l’Union nationale de l’industrie manutentionnaire (Unim) des ports, principale organisation patronale du secteur, fédérant une centaine d’entreprises, ne cache pas son amertume. Objet de son ressentiment  : le mauvais coup que vient de faire le gouvernement en mettant à bas, d’un trait de plume, le résultat de cinq années de négociations sociales dans les ports, rallumant du même coup la mèche d’un conflit dur.

DEUX ANS D’intenses discussions

Depuis trois semaines, les dockers ont engagé un mouvement de grèves tournantes, à l’appel de la CGT. L’enjeu  ? La prise en compte de la pénibilité du travail pour la retraite. Un sujet dont employeurs et syndicats se sont emparés dès 2005, obéissant en cela, souligne Xavier Galbrun, à la loi Fillon de 2003 sur les retraites, qui demandait explicitement aux « partenaires sociaux » de chercher un accord sur la pénibilité. « On a beaucoup travaillé, mis en place des réflexions sur les critères pertinents de pénibilité. » En 2008, le chantier prend une nouvelle dimension, après l’adoption d’une réforme qui modifie en profondeur l’organisation des ports et prévoit le transfert d’une grande partie des personnels des ports, établissements publics, vers les entreprises privées de la manutention. Après l’avoir combattue, la CGT l’accepte moyennant d’importantes « garanties sociales », parmi lesquelles la prise en compte de la pénibilité, appelées à s’inscrire dans une nouvelle convention collective unifiée des ports. Tout cela figure dans un « accord-cadre » qui sera « transformé en décret », recevant donc « l’aval de l’État », observe le dirigeant de l’Unim. « L’État a parfaitement suivi tous nos travaux », insiste-t-il. Et lorsque, en 2010, après deux ans d’intenses discussions pour décliner la nouvelle convention collective, syndicats et patronat des ports s’approchent d’une entente, « on a été voir, du côté des pouvoirs publics, si ces travaux pouvaient être validés ». L’affaire, en effet, n’est pas anodine  : l’accord en vue prévoit un droit nouveau au départ en retraite, quatre ans avant l’âge légal, pour quelque 5 000 salariés portuaires astreints à des travaux pénibles. Au ministère des Transports, alors piloté par Jean-Louis Borloo, on tente, dans un premier temps, de faire modifier le projet en arguant de la future réforme des retraites. « On nous a demandé d’étudier un congé pénibilité », en lieu et place d’une cessation anticipée d’activité, raconte Xavier Galbrun. « On a étudié cette piste et on l’a écartée. » À la fois parce qu’elle s’avérait plus coûteuse pour les entreprises, explique-t-il, et parce que les salariés en congé restant dans les effectifs de l’entreprise, cela ne permettait pas de faire « les embauches de compensation », l’Unim s’étant engagée à « faire des embauches un pour un ». « Donc, l’effet bénéfique sur l’emploi tombait. »

En septembre-octobre, avec l’autre organisation patronale, l’Union des ports de France (UPF), qui gère les établissements portuaires sous la tutelle des pouvoirs publics, l’Unim, retourne donc au cabinet de Jean-Louis Borloo qui, alors, « donne son aval » sur l’approche initiale, témoigne Xavier Galbrun. C’est ainsi que fin 2010, syndicats et patronat des ports parviennent à « un consensus sur un projet d’accord, que j’avais écrit, en 12 pages », précise le patron de l’Unim, et qui couvrait toutes les modalités, y inclus le financement, d’une retraite anticipée pour pénibilité. Ainsi, fin 2010, « les choses étaient à peu près cadrées », restait juste à s’assurer que l’aval donné par le cabinet Borloo « demeurait valide » après le remaniement gouvernemental du 15 novembre et la nomination de Thierry Mariani aux Transports. Et là, donc, patatras, ce dernier décide que les négociations sur la pénibilité dans les ports doivent s’inscrire « dans le cadre de la loi (du 9 novembre 2010) portant réforme des retraites, notamment en termes de durée d’anticipation ». Loi qui, rappelons-le, ne prévoit qu’un départ anticipé de deux ans, sous des conditions hypersélectives (en particulier, un taux d’incapacité de 10% à 20%). Le fruit d’années de pourparlers était ainsi, d’un coup, remis en question. Pour les besoins de la cause de ce revirement à 360 degrés, Thierry Mariani affirme aujourd’hui que les négociations syndicats-patronat conduites ces dernières années « n’avaient pas abouti » et qu’« aucun accord du gouvernement n’avait été donné ». Deux assertions contredites, on le voit, par le récit des événements fait par l’Unim, recoupé par celui de la CGT des ports et docks.

Et maintenant  ? « Comme pour tout accord dans le domaine social, chacun doit faire un pas vers l’autre », fait valoir Xavier Galbrun, avant de reconnaître que l’exercice est, cette fois, « un peu compliqué ». « Si on nous dit que nous devons nous aligner, on y sera peut-être obligé. Mais qu’on ne nous demande pas de renier la parole qu’on a donnée, de renoncer aux engagements qu’on a pris », demande le dirigeant patronal, en relevant que, faute d’accord sur la pénibilité, c’est l’ensemble de la nouvelle convention collective des salariés portuaires qui se retrouve en suspens, et, avec elle, la finalisation de la réforme de 2008.

Yves Housson, L’Humanité

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