Poupardin : Un médecin pas comme les autres : Interview

Publié le par dan29000

Didier Poupardin, médecin à Vitry, est menacé par la Sécu de sanctions financières pour avoir rédigé des ordonnances remboursées à 100 % pour des patients atteints d’affections longue durée (ALD). Déjà poursuivi pour les mêmes raisons il y a dix ans, il revendique le remboursement total des traitements pour ses patients souvent défavorisés.

Pourquoi as-tu été convoqué par la Caisse d’assurance maladie du Val-de-Marne ?

Depuis une vingtaine d’années les médecins ont à leur disposition des ordonnances « bizones » pour soigner les gens dont la (ou les) maladie grave est reconnue. Les soins inscrits dans la partie haute de l’ordonnance sont remboursés intégralement. Ceux qui figurent dans la partie basse sont remboursés comme pour tout le monde. C’est-à-dire de moins en moins bien. La Caisse du Val-de-Marne me reproche de mettre systématiquement tous les médicaments dans la zone supérieure des ordonnances bizones.

Pour moi, c’est une démarche volontaire. D’une part, il est impossible de découper les gens en tranches d’organes ou de fonctions qui seraient indépendantes. Les médicaments prescrits pour une maladie en ALD ont forcément des répercussions sur les autres parties du corps. D’autre part, une autre maladie que l’on ne soignerait pas aurait inévitablement des répercussions sur la maladie en ALD. Ce découpage est médicalement absurde. Avant il existait des ordonnances « unizone » car il s’agissait d’aider une personne humaine, en tant que telle, atteinte de maladie grave et non un morceau de corps « marchandisé » nécessitant des soins à remboursement modulable. Enfin, une ordonnance qui est à moitié laissée chez le pharmacien parce que les médicaments prescrits dans la partie basse de l’ordonnance sont inaccessibles est bien sûr inefficace. C’est souvent le cas pour tous ceux qui n’ont pas de mutuelle. Or nous, professionnels de santé, nous veillons à ce que nos prescriptions soient suivies. C’est aussi pour cela que je prescris tous les médicaments dans la partie haute de l’ordonnance « bizone ». Depuis plus de dix ans.

J’ai déjà été poursuivi en 1999 pour la même raison. La mobilisation des médecins du département et des syndicats, associations et partis avait permis que je continue et j’ai continué.

Au lendemain de l’entretien avec les médecins-conseil, qu’en ressort-il ? D’autres médecins sont-ils soumis à ce type de contrôle ?

Avec cet ordonnancier bizone, la direction nationale de la CPAM s’est forgé un instrument inoxydable pour intimider les médecins libéraux isolés. Les caisses peuvent à tout moment contester la répartition des prescriptions et faire ainsi pression sur les médecins et leur rappeler sans cesse les autres « objectifs » de la Cnam1. Aujourd’hui, ils ont commencé à le faire sur la question des arrêts de travail. Ils procèdent doucement car ils ont peur que les salariés et leurs organisations ne montent au créneau si ce droit à l’arrêt maladie est trop fortement mis en cause. Il en est de même pour imposer des modèles de soins les moins remboursées possibles, souvent contestables, appelés « recommandations ». D’autres médecins sont la proie de tels contrôles. Je les découvre petit à petit.

La rencontre avec les médecins-conseil s’est bien passée. Elle a duré près de cinq heures. J’étais assisté de trois médecins vigoureux, dont le président du syndicat départemental MG-France, qui n’ont pas laissé leur langue dans leur poche, et nous avons pu démontrer l’impossibilité pratique de découper les gens en morceaux. Les médecins conseil nous ont écoutés attentivement. Ils doivent maintenant rendre compte aux services administratifs de la Caisse, donner leur avis sur le caractère réglementaire ou non de mes prescriptions. C’est au directeur de la Caisse, ensuite, de décider s’il me poursuit ou non devant une « commission des pénalités » qui est habilitée pour me faire passer au guichet de la trésorerie ! Je serai mis au courant par une lettre recommandée avant trois mois.

Tu as décidé de rendre cette affaire publique et tu t’es adressé aux partis, associations et syndicats du Val-de- Marne. Quel soutien as-tu rencontré auprès des malades, de la population de Vitry, de ses élus ?

Pour l’instant nous n’en sommes qu’au début. J’ai déjà reçu le soutien des élus PS de Vitry et de leur section, de la fédération du PCF du 94, du NPA de Vitry et du 94, des maires d’Ivry et de Vitry, celui, particulièrement élogieux à mon égard, d’un conseiller général du PCF, de l’UL CGT des retraités de Créteil, de la FSU du Val-de-Marne, d’Attac et du MRAP de Vitry et du 94. Des médecins commencent à signer une pétition.

Je vais maintenant m’adresser aux personnes qui viennent se faire soigner chez moi, d’autant plus que si je reçois une sanction, je me mettrai en grève administrative. Mais je compte aussi, avec tous ceux qui voudront bien m’aider, m’adresser à la population de façon plus large. En effet, sont posées les questions de l’accessibilité aux soins qui devient de plus en plus dure aujourd’hui et la question du « médecin-traitant », dont le rôle se réduirait à prescrire les soins les moins remboursés possible. Des malades plus fortunés pourraient s’offrir des médecins qui font des dépassements et qui peuvent prescrire les meilleurs soins, quel que soit leur prix. « Dessine-moi une médecine à deux vitesses », pourrait demander le Petit Prince. On y est déjà, mais cela peut être encore pire !

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