Pour en finir avec la chasse, un livre tonique de Gérard Charollois

Publié le par dan29000

 

 

 

 

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   Gérard Charollois, qui est juriste, est un homme engagé depuis ses premières années dans la défense de la nature et de sa faune sauvage. Sa formation juridique lui a permis de mener de nombreux combats, toujours victorieux, devant les tribunaux administratifs, le Conseil d'Etat ou la Cour de justice européenne contre les dates de chasse, le classement arbitraire des animaux nuisibles ou encore la fameuse loi Verdeille.

 

 

 

 

 

 

Ce qui fait qu'il est devenu depuis des années LA bête noire des chasseurs, insulté, traîné devant les tribunaux et parfois, la délicate faune à deux pattes l'a pendu en effigie !

En disciple de Théodore Monod, il a fondé la Convention Vie et nature, pour une écologie radicale, dont le but est de défendre une conception éthique de l'écologie.

Son livre est un réquisitoire contre la chasse. Bien entendu avant de le lire, chacun peut penser que les réquisitoires ont leurs limites, c'est une évidence, mais dans ce cas, le réquisitoire, très argumenté, est doublé d'un plaidoyer pour la réconciliation de l'homme et de la nature.

En peu de pages, car l'homme sait aller droit au coeur du sujet, il démonte avec une précision réjouissante le scandale de la chasse à la française, et de son dispositif structuré par Pétain en 1941. Le puissant lobby des chasseurs a verrouillé l'appareil d'Etat, des institutions territoriales au vieillissant Sénat, en passant par les organismes de gestion.

 

Au début de son livre, l'auteur nous brosse le tableau de la spécificité de la chasse française, rappelant qu'elle n'est pas une "conquête de 89", ni un droit de l'homme. Il est vrai que la "grande communauté" des chasseurs ne représente que 2% de la population, mais réussit à imposer son intérêt particulier contre l'intérêt général des 98% ! En 2008, les chasseurs étaient 1 200 000, avec une forte concentration dans trois régions, l'Aquitaine, le Centre et Rhône-Alpes, presqu'en totalité des hommes, souvent de plus de cinquante ans et fils de chasseur à 73%.

Mais bonne nouvelle, depuis trente ans, leur nombre est en constante régression (2 400 000  en 1975, 1 600 000 en 1992 et 1 300 000 en 2006). Soit une chute d'effectifs de 2 à 3 % par an, depuis vingt ans.

Au fil des pages, Gérard Charollois passe en revue, la guerre des oiseaux migrateurs, le piégeage des petits oiseaux, les nuisibles, le droit de ne pas chasser, le rituel désuet et sanglant de la chasse à courre, honteuse survivance médievale...

Il consacre ensuite tout un chapitre à expliquer pourquoi la chasse est bien une nuisance. D'abord sur le plan de l'éthique : le chasseur tue pour tuer./ D'ailleurs la définition des hautes juridictions de l'acte de chasse en 2000 est celle-ci :

L'acte de chasse est "celui qui tend à la capture ou à la destruction d''un animal, vivant à l'état libre". Il fait alors appel à Kant ou à Hannah Arendt qui nous apprend que pour faire le mal, il n'est pas nécessaire de faire le mal, il suffit de ne rien faire.

L'animal n'est pas une machine.

Après l'éthique, l'écologie, puis le problème politique et enfin la question de la sécurité (2000 : 42 morts, 191 blessés) et des milliers de personnes renonçant à leurs promenades dans des milliers d'endroits de peur de croiser ces hommes en armes et en meutes.

Une dernière partie est consacrée à une future société sans chasse. Oui, abolir la chasse est possible, comme construire un autre monde est possible. La chasse est un réel abus, donc il n'est pas nécessaire de réformer un abus, il faut juste l'abolir. Abus de dérogations, de tolérances, abus de confiscation de l'espace rural, refus de respecter l'Etat de droit et surtout l'agression généralisée de ce qui persiste d'animaux libres !

Elargissant son propos à raison, l'auteur nous propose alors la restauration des équilibres naturels, la suppression du Sénat (une vraie bonne idée), la proportionnalité des courants de pensée.

Difficile de pas être en accord avec de telles propositions, surtout face aux nuisances réactionnaires d'un parti des chasseurs nommé  CPNT, flirtant avec l'idéologie néo-fasciste.

A noter en annexes d'instructives pages et citations intitulées :

L'esprit contre la chasse.

Un esprit anti-chasse constitué de noms prestigieux :

Pythagore, Plutarque, Rousseau, Shelley, Molière, de Vinci qui achetait des oiseaux aux oiseleurs afin de les relâcher, Hugo, Lamartine, Michelet, Loti, Wilde, Rostand, Bazin, Byron, Singer, Deleuze...

Un bel essai qui donne des arguments à l'anti-chasse, donne aussi envie de rejoindre les groupes activistes anglais ou français qui combattent la chasse à courre, et qui surtout doit convaincre ceux qui seraient encore un peu neutre vis à vis de la chasse.

Bref, un livre à faire lire à des millions de français, bien au-delà des  écologistes et des défenseurs de la cause animale.

Salutaire et encourageant.

 

Dan29000

 

Pour en finir avec la chasse

La mort-loisir, un mal français 

Gérard Charollois

Collection Radicaux libres

Editions IMHO

2009 / 160 p / 15 euros 

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EXTRAIT /

 

À une époque où il est toujours davantage question de protéger la nature, d’exprimer sa solidarité ou sa compassion envers des victimes de tout ordre, les hommes de bonne volonté, en toute logique, devraient cesser de persécuter non seulement leurs semblables mais aussi les autres : les étrangers, les animaux, la terre, les plantes, le climat, et laisser à tous une place sur la Terre qu’ils doivent partager dans le respect d’autrui. L’espoir, c’est que soit enfin mis un terme à la destruction des hommes, de la nature, aux traitements humiliants, aux jeux cruels, à la chasse. De fait, des voix nombreuses s’élèvent contre cette dernière activité, certes aussi ancienne que l’humanité, mais dont on se demande quelle peut bien encore être la fonction dans le monde actuel. Aujourd’hui, la plupart de nos concitoyens refusent la chasse, mais certains s’opposent à elle, avec plus ou moins de radicalité. Pourquoi ? Dans un monde malmené, n’y a-t-il rien de plus pressé ? 

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