Pourquoi désobéir en démocratie ? Un livre d'Albert Ogien et Sandra Laugier

Publié le par dan29000

 

 

 

 

9782707165404Depuis quelques années l'idée, pas nouvelle, de désobéissance civile, prend de nouvelles couleurs. Il est vrai qu'avec les attaques multiples du gouvernement Sarkozy, les raisons de se révolter ne nous manquent pas.

Mais, semble-t-il, nous sommes en démocratie. Il est vrai que ce constat peut réellement se discuter, mais cela est un autre débat, pourtant utile quand les électeurs désertent les urnes chaque fois un peu plus et que le résultat du dernier référendum est confisqué par nos représentants élus.

De quoi s'agit-il ici ?

Pour le citoyen, il s'agit donc de refuser, de manière non violente et collective, une obligation légale ou réglementaire. Il la juge soit indigne, soit encore illégitime.

Face à une telle attitude, et partant du principe partagé par beaucoup, que lorsque nous sommes en démocratie, nos représentants élus font ce que nous souhaitons qu'ils fassent, ces mouvements de désobéissance pourraient être très malvenus et être considérés avec méfiance.

Certes.

Pourtant les actions de désobéissance civile se multiplient, trouvant la plupart du temps un écho favorable malgré le franchissement de la ligne jaune de la sacro-sainte légalité. L'ampleur du mouvement valait donc bien une étude.

C'est ce que nous proposent les deux auteurs.

Albert Ogien est sociologue, enseignant à l'EHESS et directeur de recherches au CNRS. Sandra Laugier est professeur de philosophie à Paris-I-Panthéon-Sorbonne. 

L'analyse proposée est développée en trois temps. D'abord un utile cadrage sur les opposants, les désobéisseurs et désobéissants ou sur le droit  à la désobéissance. Avec, et c'est indispensable, le passage par les USA de Thoreau et Emerson et la constitution fédérale de 1787 (We the people) devenu de nos jours "Not in your name" pour les opposants à l'actuelle guerre en Irak.

On a donc le droit, mais aussi le devoir de résister, et donc de désobéir lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Tout ceci posant d'ailleurs la notion fort intéressante d'un savoir-faire politique des citoyens.

 

Dans un second mouvement, vient le temps de l'enquête. Le coeur du livre avec une belle auscultation des notions propres au capitalisme actuel, la modernisation de l'Etat, avec son principe d'efficacité et le système du chiffre gestionnaire, la performance obligatoire. Tout ceci débouchant obligatoirement sur une vaste et profonde dépossession des salariés, dans le public ou le privé.

Les auteurs choisirent afin d'illustrer leurs propos, trois exemples, la santé, l'école et l'université. La liste bien entendu pourrait être bien plus longue, mais le choix est néanmoins parlant. Ecoles et hôpitaux sont de plus en plus sinistrés malgré les luttes de résistance s'y faisant jour. Progressivement liberté et égalité s'estompent pour laisser place à l'efficacité et à l'équité...

L'hôpital subit de plein fouet cette "modernisation" via deux dispositifs, la tarification à l'activité et la certification. Les chiffres deviennent rois, les statistiques et données informatiques deviennent LA norme.

L'université est livrée à l'autonomie, malgré de fortes et longues résistances des enseignants et des enseignés. Direction la privatisation avec pour références les universités américaines dont Pécresse nous fait sans cesse l'éloge.

Le troisième volet du livre est consacré à la politique.

Si la référence à Rawls ou Durkheim n'était pas vraiment indispensable, l'on aura le droit de préférer Bartleby "I prefer not to" ou Thoreau et son inépuisable Walden. Une mise en cause d'importance est aussi celle des fameux et omniprésents experts accentuant encore la dépossession de soi menant vers la désobéissance civile.

La conclusion des auteurs, que nous ne partageons pas vraiment,  est que la désobéissance civile est une forme d'action politique constitutive de la démocratie. Ce raisonnement est sans nul doute valable pour ceux qui se pensent dans une démocratie réelle. De nombreux signes hélas nous font penser que chaque jour cette idée est de plus en plus obsolète.

Ce livre est donc un apport fort utile au débat sur la désobéissance civile, il vient donc compléter plusieurs autres publications sur un sujet riche dont nous aurons ici l'occasion de parler de nouveau.

 

Dan29000

 

A lire aussi sur ce sujet : En conscience je refuse d'obéir, livre de résistance d'Alain Refalo

 

+ notre futur article sur les petits guides DESOBEIR, vendredi prochain.

 

 

Pourquoi désobéir en démocratie ?

Albert Ogien et Sandra Laugier

Editions la découverte

Textes à l'appui / Philosophie pratique

2010 / 212 p / 20 euros 

 

 

 

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