Précarité : la vie en caravanes

Publié le par dan29000

 

Chronique de la précarité

La vie en caravanes

Par Claire (20 juillet 2011)

 

 

 

 


Claire, volontaire de l’association ATD Quart Monde, nous raconte son quotidien auprès des personnes en situation de pauvreté en France. Aujourd’hui, au bout d’un chemin chaotique, rencontre avec une jeune collégienne, Lucia, qui vit dans une caravane et rêve d’avoir une maison rose. Pour certains, comme le ministre Laurent Wauquiez, Lucia est le « cancer de la société », pour Claire, elle est « une sacrée gamine ».


C’est un chemin plein de trous, de creux, de crevasses, de cailloux... Un chemin de terre, posé par hasard, à même la Terre. Un chemin le long duquel on vient déverser nos ordures, nos caillasses, nos ferrailles ou même brûler nos voitures. Un chemin qui sert de dépotoir en somme. Un chemin que le postier n’ose plus emprunter pour venir déposer le courrier. Un chemin où les non-réponses se font pesantes.

C’est au bout de ce chemin que Lucia et Sophie vivent, dans des caravanes avec leur famille. Pleines d’envies et de vivacité, de joie et de chansons, elles rêvent d’avoir une maison : « Pas une grande, hein, tu sais. Juste une petite avec l’eau et une baignoire ! » et surtout « une vraie route, avec du goudron pour faire du vélo et du patin... »


Un rêve de maison rose

Lorsque je passe sur le terrain leur rendre visite ce mercredi après-midi, les filles sont en train de jouer dans leur cabane. Elles courent vers moi et m’entraînent pour me la montrer : « Viens voir, c’est Paul qui l’a fait pour nous ! » La cabane est derrière les caravanes, entre des arbres. Faite de taules et de bâches en plastiques.

Paul, leur grand-frère, a ramené plein de choses de la chine, des trucs qu’il a ramassés dans les encombrants, pour leur aménager un vrai petit intérieur. Il y a un vieil évier ébréché : « tu vois là, c’est la salle de bain », une petite table à trois pattes, « là c’est la cuisine », de grands morceaux de mousses, « ça, c’est la chambre ». Et même un petit poste de télévision, que l’on pourrait trouver sur l’étal d’un brocanteur : « on a même la télé dans notre maison ! »

Les filles me proposent de prendre un verre de lait avec elles et du gâteau au chocolat, c’est l’heure du goûter... Une fois encore, je suis émerveillée de les voir jouer et s’inventer de belles histoires, là où d’autres ne verraient que des choses abimées et à jeter. Elles savent faire jouer leur imagination et leur rêves et profiter de ces moments de jeux. Elles ne sont que des enfants, qui ont grandi trop vite, sûrement. Elles vivent dans des conditions difficiles, mais elles n’en restent pas moins des petites filles. « Tu vois, Claire, quand on aura notre maison, notre vraie maison, hein, on veut qu’elle soit comme celle là ! Mais en rose ! »


Le collège des intelligents

En allant rendre visite à sa tante, je croise Lucia au bout du chemin et je l’accompagne car elle est très en retard pour l’école. Alors que je me dirige vers le collège que je connais, et qui est le plus proche du terrain où elle vit, elle me lance en souriant : « Non, non, ce n’est pas celui-là mon collège ! Celui-là, c’est celui des intelligents, moi je vais à l’autre... Mais tu sais il est bien, j’ai un prof pour faire de l’ordinateur, et puis surtout là-bas je vais apprendre à lire... »

En regardant Lucia courir vers les grilles de l’établissement, j’ai un petit pincement au cœur. Lucia, la petite fille sauvage qui n’aime pas l’école, Lucia qui malgré tous ses efforts n’arrive pas à apprendre à lire (et qui n’a pas eu la chance qu’on l’oriente vers un établissement professionnel), Lucia qui entre en 6ème SEGPA [1] avec son vieux jogging sans couleur et ses cheveux emmêlés. Et toujours son immense sourire, qui, je le sais bien, cache beaucoup de tristesse...


Tu es une sacrée gamine, petite Lucia, et je sais que ta maman trouve formidable que tu entres au collège. Je suis sûre que tu vas trouver le courage de t’accrocher, et moi je veux essayer d’y veiller.


Claire, volontaire d’ATD Quart Monde


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Notes

[1] Sections d’enseignement général et professionnel adapté. Au collège, les SEGPA accueillent des élèves présentant des difficultés d’apprentissage graves et durables

 

 

Source : BASTAMAG



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