Prisons : des milliers de gens peuvent en être dispensés (Gabriel Mouesca)

Publié le par dan29000

Gabriel Mouesca : « Des milliers de gens peuvent être dispensés de la prison »

Par Marion Rousset| 20 février 2013

Gabriel Mouesca : « Des milliers de gens peuvent être dispensés de la prison (...)
 

Promouvoir des alternatives à l’enfermement : voilà ce qui ressort de la conférence de consensus sur la prévention de la récidive voulue par Christiane Taubira. Quel est le sens de la peine ? Entretien avec Gabriel Mouesca qui, après 17 ans à l’ombre, a présidé l’Observatoire international des prisons.



Regards.fr. La prison a-t-elle un sens ?


Gabriel Mouesca. La fameuse phrase de Christiane Taubira sur les prisons « pleines, mais vides de sens » est ambiguë. La prison a un sens punitif qui est celui de faire mal aux gens. Elle remplit bien cette fonction qui est la sienne depuis deux-cents ans : faire souffrir les auteurs de délits ou de crimes. Mais, au regard de l’objectif de réinsertion prévu dans les textes, elle est vide de sens. Au-delà des exceptions, la majorité des anciens prisonniers est en effet incapable de trouver une place dans la société. Toutes les conditions sont réunies pour la récidive. Ils sortent avec la haine chevillée au corps. Il faut avoir vécu la prison charnellement pour comprendre le destin d’un homme plongé dans neuf mètres carrés comme un sac de viande. Le citoyen lambda dit « Ils ont la télé, ils font du sport », mais la pire des choses à faire à un être humain, c’est de le déposséder de son pouvoir d’être acteur de sa vie. Vous pouvez repeindre en rose fluo les cellules, ça ne changera rien à cette privation de dignité humaine.


La prison coûte-t-elle moins cher que l’accompagnement en milieu extérieur ?


Au contraire, le coût d’un accompagnement social est plus bas que celui d’une journée en prison. Au niveau humain, social et financier, l’échec de ce modèle est accablant. Pas un seul paramètre de lecture n’est favorable à son maintien. Que se passerait-il si un fabricant de frigidaires produisait des appareils qui chauffent ? Selon les critères du système économique dominant, si les établissements pénitentiaires étaient des usines, cela fait longtemps que les directeurs auraient été mis à la porte et qu’on les aurait fermés.


Quelles leçons en tirez-vous ?


Il est de plus en plus facile de finir sa journée derrière les barreaux. On incarcère quelques jours ou quelques semaines des personnes qui ont commis des délits routiers. C’est suffisant pour fracasser une trajectoire de vie. Depuis dix ans, la prison est devenu l’outil central de la sanction d’Etat. Est-il normal que les auteurs d’incivilités et de cambriolages encourent la peine la plus cruelle qui soit aujourd’hui ? Il faudrait empêcher les magistrats d’utiliser l’enfermement pour sanctionner certains délits. Des milliers de gens pourraient ainsi être dispensés de la prison. Autrefois, des personnes qui pratiquaient des avortements étaient passibles de la peine de mort. Et il est probable que dans vingt ou trente ans, des actes aujourd’hui considérés comme des délits ne seront plus sanctionnés. Il est temps de reposer la question de l’utilisation de la prison dans un Etat moderne démocratique.

 

 

 

 

 

SOURCE / REGARDS

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