Prisons : un vent mauvais dans les prisons de l'ouest, un article de l'OIP

Publié le par dan29000

 

 

 

Un vent mauvais dans les prisons de l'ouest

 

Il fallait s'y attendre. La mise en demeure du président de la République au moment de « l'affaire de Pornic » a eu pour effet de radicaliser la politique répressive dans la région pénitentiaire de Rennes. Ce raidissement a notamment pris la forme d'un plus grand nombre de peines mises à exécution par des juges désormais sous pression. Avec son corollaire, une hausse singulière du nombre de détenus dans les prisons de l'ouest, puisqu'elle s'affiche deux fois plus élevée que partout ailleurs en ce premier trimestre. On savait la pratique judiciaire avoir partie liée avec l'humeur politique du moment. Démonstration en est faite une fois de plus. Il reste à ne pas détourner le regard de ce que signifie derrière les murs un tel affolement du thermomètre de la statistique carcérale.


14 détenus pour 26m²

 
Avec des taux d'occupation respectifs de 223,1 et 242,5 % début mars, les petites maisons d'arrêt de Fontenay-le-Comte et de la Roche-sur-Yon sont désormais les prisons les plus surpeuplées de métropole. Dans celle de Coutances la surpopulation est telle que 14 détenus s'entassent actuellement dans un dortoir de 26 m2 prévu pour 5 personnes. Le sort des prisonniers de la maison d'arrêt de Nantes n'est guère plus enviable. Au nombre de 445 début janvier, 464 en février puis 491 en mars (soit une hausse de plus de 10% en 2 mois), ils se retrouvent désormais à « trois ou quatre dans 15 mètres carrés », déplore Alexis Grandhaie, représentant régional de la CGT pénitentiaire. Résultat : « On est obligé de mettre des matelas par terre, il n'y a pas suffisamment de lits. Cela pose plein de problèmes : conflits entre détenus, cohabitations, les demandes des uns et des autres. Au final, on n'a ni le temps ni les moyens de s'occuper des condamnés à des peines lourdes et de mener un travail de fond pour les insérer dans la prison, puis de préparer leur réinsertion ». « Ce n'est plus tenable », dit-il. Le lot de chacun des quatorze autres établissements du même type que comptent les régions Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie est identique, à l'exception notable du quartier maison d'arrêt du vieux centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Mais, témoin de la recrudescence des incarcérations, son homologue pour hommes du site flambant neuf de Rennes-Vezin vient pour la première fois en mars de dépasser ses capacités d'accueil. Le devenir de cet établissement de 690 places semble donc déjà tout tracé, à l'instar de l'autre prison « high-tech » ouverte récemment dans la région, celle de Coulaines, près du Mans. Avec 475 détenus pour 401 places le 25 mars, la « prison de demain » vantée par François Fillon lors de son inauguration le 21 novembre 2009 « est entrée dans la triste normalité du paysage pénitentiaire français », soulignait le 24 mars 2011 Samuel Pelé, secrétaire local de l'UFAP (
Union Fédérale Autonome Pénitentiaire). L'optimisme d'antan, incarné par le Premier ministre en personne, a fait long feu. Comme les promesses de Nicolas Sarkozy. Battant campagne dans la région un matin de janvier 2007, il avait déclaré en marge de sa visite à la prison pour femmes de Rennes : « la prison doit changer, la prison va changer! ». Il avait même précisé sa pensée, quelques jours plus tard, dans le cadre de sa réponse aux États généraux de la condition pénitentiaire : « être condamné à une peine de prison, ce n'est pas être condamné à être maltraité par d'autres détenus, à ne plus avoir de contacts avec sa famille, à vivre dans une cellule surpeuplée, à se sentir acculé au suicide ».


Grève de l'obéissance


Le 10 mars dernier, les détenus de Coulaines l'ont pris au mot. Lançant « une grève de l'obéissance », ils ont refusé de remonter en cellule à l'issue de la promenade et demandé, notamment, une durée d'ouverture plus longue des portes de cellules, ainsi que la possibilité de pouvoir bénéficier de trois parloirs par semaine, sans limitation quant au nombre de visiteurs, sans qu'il n'y ait besoin de permis pour les enfants en bas âge et sans que soient annulées les visites en cas de retard de leurs familles. Ces prisonniers ont aussi évoqué « l'isolement ressenti et vécu dans ce béton glacé », faisant écho à la mise en garde du Contrôleur général des lieux de privation de liberté quant à la nature des usines carcérales qui parsèment désormais le territoire. « Les rapports entre les gens sont impossibles dans ces établissements quand il y a 300, 400, 500 détenus. Le risque est de tuer toutes les relations sociales, humaines. Le plus urgent est pourtant de laisser les détenus s'exprimer » affirmait Jean-Marie Delarue le 16 avril 2009, invité du député du Finistère Jean-Jacques Urvoas pour une réunion publique à Quimper. Le thème de la soirée, « Prisons : une honte pour la République » - là où le Sénat parlait d'« humiliation » dix ans plut tôt dans son rapport d'enquête - en dit long sur ce qui n'a décidément pas changé derrière les murs : un quotidien que le Comité de prévention de la torture du Conseil de l'Europe qualifie de « traitement inhumain et dégradant ».



Samuel Gautier, permanence informative et juridique de l'OIP.

 

Source : OIP, Observatoire international des prisons

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