Procès Villiers-le-bel : Ali Soumaré infantilisé par la justice

Publié le par dan29000

Ali Soumaré infantilisé au procès Villiers-le-Bel : un « symptôme »
Par Chloé Leprince
L'élu PS estime avoir été traité « comme un voyou » au procès des émeutiers de Villiers-le-Bel, où il était entendu comme témoin.



Les compte-rendus d'audience de vendredi trahissent un regain de tension dans le procès des émeutiers de Villiers-le-Bel (Val d'Oise) : échanges vifs, emportement de la présidente du tribunal de Pontoise… et agacement d'Ali Soumaré, le témoin le plus attendu de la journée, qui a le sentiment d'avoir été reçu « comme un voyou ».

Le conseiller régional socialiste, qui avait été l'objet d'une campagne de déstabilisation xénophobe cet hiver, est entendu comme témoin dans ce procès.
« La juge m'a interrogé avec agressivité »

Ali Soumaré, qui a grandi à Villiers-le-Bel, est en effet proche d'un des quatre prévenus suspectés d'avoir tiré sur la police après le décès de deux adolescents qui avait déclenché l'embrasement de la ville en novembre 2007. 24 heures après son passage devant Sabine Foulon, la magistrate, l'élu PS revient sur l'audience :

« J'ai essuyé pas mal de commentaires ironiques de la part de la présidente du tribunal. J'ai même dû lui faire remarquer que moi, je n'ironisais pas, contrairement à elle.

Ils ont commencé par insister sur le fait qu'ils avaient “l'honneur de me recevoir au tribunal de Pontoise”, puis la magistrate a essayé de me faire dire des choses. Notamment que les voyous et les habitants pacifiques étaient tous les mêmes. J'ai refusé : je sais argumenter, je m'exprime bien, ça a semblé l'agacer là où les autres témoins ont pu être davantage malmenés, intimidés. »


Lorsqu'on interroge Ali Soumaré sur l'audience de vendredi, on a surtout l'impression que l'institution judiciaire l'a passablement infantilisé :

« La juge m'a clairement mis en cause. Elle m'interrogeait avec agressivité, et alors que je refusais de dire des choses que j'ignore ou que j'ai découvertes dans la presse, elle m'a rappelé que je parlais sous serment, ce qui signifiait que je mentais. »

« A l'image des tensions entre institutions et population »

A l'audience, l'élu de 29 ans a mentionné à plusieurs reprises ses rencontres avec le préfet du Val-d'Oise et ses rendez-vous avec la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, place Beauvau (aux côtés d'Adama Kamara, un des cinq prévenus). Il raconte avoir essuyé des sarcasmes à l'évocation de ces épisodes :

« On m'a signifié que tout le monde n'avait pas la chance de voir des gens haut placés… Mais en réalité, on m'a traité comme un voyou. Je portais à leurs yeux toutes les tares de la banlieue. »


Pourtant, il assure qu'il n'est pas en colère. Plutôt « content de ne pas [s']'être énervé », Ali Soumaré est certes étonné de la virulence de la magistrate « alors que la procureure faisait profil bas », mais est surtout satisfait d'avoir fait office de révélateur :

« En réalité, ils ont montré aux jurés leur vrai regard sur la banlieue. La magistrate s'est décrédibilisée en me traitant ainsi.

Mon passage devant le tribunal est à l'image du climat de tension entre certaines institutions et la population. On essaye de nous faire croire que tous les habitants sont les mêmes alors qu'il y a des casseurs, des voyous et des habitants honnêtes. Je suis élu régional et on me cuisine avec agressivité comme si j'étais comptable de la délinquance. C'est un symptôme. »


Ali Soumaré témoignait en faveur d'Adama Kamara, un des accusés dont il a déclaré qu'il ne l'imaginait pas « en tueur de flics ». Lui qui est arrivé à Villers--Bel à l'âge de 8 ans a expliqué à la cour, à propos d'Adama Kamara :

« On a grandi ensemble, je suis très ami avec l'un de ses frères. »


Adama Kamara, Abderhamane Kamara, 29 ans tous les deux, Ibrahima Sow, 26 ans et Mara Kante, 23 ans sont jugés depuis lundi devant la cour d'assises de Pontoise pour avoir tiré sur des policiers les 25 et 26 novembre 2007 lors des émeutes de Villiers-le-Bel suite à la mort de deux adolescents dans une collision entre leur moto et une voiture de police.

Source : RUE 89

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