PS : pourquoi je rends ma carte après quinze ans au sein du PS

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci à Céline pour nous avoir autorisé à publier sa lettre qui nous semble avoir droit à une large lecture. A noter qu'elle est maire-adjointe aux Mureaux et ancienne conseillère régionale d'ile de France.

Au-delà de sa prise de position en forme de départ, son texte nous semble poser de bonnes questions, des questions politiques et des questions humaines. Si  aujourd'hui, en France, il y a plus de militant(e)s hors des partis classiques que dedans, il faut se poser des questions.

Sur des sujets très différents et avec des problématiques aussi différentes, le départ de Céline et les départs récents des militant(e)s du NPA sont symptomatiques. Ces départs ont en commun, des personnes engagées qui cherchent à militer autrement, et qui ne pouvaient pas y arriver dans leurs partis respectifs.

Ce choix de partir, avec les difficultés évidentes, fut aussi le choix du créateur de "Danactu-résistance", c'est pourquoi notre site est très attentif aux significations de ces départs, tout en sachant que ceux qui "sortent" vont, comme nous, continuer le combat.

Donc des démissions, mais pas de retraites, ni de capitulations. Juste des envies de militer autrement que le PS (ou le PCF) et même le PG, le NPA ou LO ne peuvent bien comprendre, et c'est dommage. Pourtant, si "un autre monde est possible, une autre manière de militer devrait être possible...

 

Dan29000 

 

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Pourquoi je rends ma carte

par Céline Baumel, vendredi 3 décembre 2010

A l'aube de ma quinzième année au sein du parti socialiste, ma décision est prise : je pars.



Il est loin le temps de l'envie, de la capacité à adhérer à telle ou telle proposition, à passer cinq soirs par semaine en réunion pour organiser, faire et défaire, débattre et se prendre au jeu des grandes stratégies.

Tout aussi loin le temps de la confiance en son fonctionnement, en ses élites, en son organisation, celui de la camaraderie, de la sincèrité des sentiments, de l'amitié, de la faternité.


Je ne sais pas ce qui a tué cette part de moi... Sont-ce les petits arrangements entre amis qui deviennent l'expression naturelle de l'organisation du pouvoir au PS? Est ce l'absence de rapports humains francs? Est ce ma propre incapacité à vouloir me faire de nouveau manger par l'ogre social libéral au nom de la cause supérieure? Est-ce mon rejet des dernières manigances pour les échéances à venir? Je ne sais pas...

Mais une chose est sure : je n'ai plus ma place dans cette organisation politique, j'y perds mes valeurs fondatrices, j'y deviens une autre que moi, je m'enfonce dans l'absence de débats de fond pour me limiter à des discussions de personnes...

Sans aucun doute, j'ai participé à cette lente déliquessence, à cette descente douce mais évidente vers les abîmes de la non-idée... En me taisant, en me disant que l'appartenance au groupe était plus importante que la préservation de mon individualité, en entrant dans le jeu des courants, en cessant de me tourner vers ceux que le système avait laissé sur le bord du chemin... Alors... c'est peut être un juste retour des choses... peut être...

mais j'aime à croire que c'est aussi une chance qui s'offre à moi. Celle de pouvoir continuer, vaille que vaille, à pouvoir me regarder dans la glace, celle de préserver les fondements de ma personnalité et de mon éducation républicaine, celle de pouvoir défendre mes différences autrement et ailleurs...

Le Parti Socialiste aujourd'hui n'est plus la machine à idées qu'il pouvait être il y a même encore quinze ans, il s'enferme dans un rôle de machine électorale, devenant par là-même la plus terrible des machines à perdre quand il est question de conquérir le pouvoir national... Pourtant, il en est passé des individus prêts à changer les choses, nous en avons vu des courants réformateurs, des individualités en rupture, des expressions structurées de la nécessité de tout changer pour que tout reparte...


Déjà, en 2005, j'avais vécu comme une agression les propos de nombre de dirigeants du PS lors du référendum sur la Constitution Européenne, quelques temps après c'était un sentiment de trahison qui s'emparait de moi lors du vote de nos parlementaires sur la ratification du Traité de Lisbonne, j'ai ensuite découvert à mes dépens le cynisme de caciques locaux prêts à toutes les manoeuvres pour garder leur maigre pouvoir... Les positions peu claires et fiables de nos dirigeants nationaux sur les retraites ont mis un nouveau coup à mon sentiment d'appartenance à l'organisation du Parti Socialiste... l'absence de position claire sur la laïcité a fini par casser les derniers liens...

Par ailleurs, il ne fait pas bon être une femme, mère célibataire, au sein du parti socialiste. Sans doute, si un époux m'avait épaulé, si les leaders régionaux avaient pu se reconnaître dans mon conjoint, les choses auraient été différentes... parce que, finalement, c'est une double peine que le PS m'a fait subir lors des élections régionales, plus ou moins consciemment, avec plus ou moins de culpabilité, mais la réalité est là : lorsque l'on vit seule une grossesse, que l'on élève seule un enfant en bas âge, rien n'est fait pour vous aider à vivre votre engagement politique dans des conditions acceptables pour la mère que vous êtes... Les réunions qui s'éternisent et se multiplient pour que rien jamais n'en sortent de concret, les horaires impossibles à assumer des assemblées délibératives, l'acculmulation des rendez-vous et réunions qui finissent par vous empêcher d'exercer une activité professionnelle à côté ou de voir votre enfant... tout est là pour qu'un jour vous entendiez : "ah, bah, depuis son congé maternité, elle est moins là, elle fait moins, elle est moins disponible, moins active, moins... moins..." Et qui sont ceux qui disent cela, les mêmes qui signent nombre de pétitions sur le droit des femmes, qui se disent les défenseurs des précaires, les acteurs les plus efficaces de l'égalité homme / femme... A force, cela devient écoeurant... et vous finissez par devoir vous rendre à l'évidence : le PS n'est pas le parti des femmes "normales", des classes populaires ou moyennes, il est celui des hommes, de classe socio professionnelle supérieure, ayant "bobonne" à la maison pour gérer un quotidien dont ils n'ont pas la moindre idée...!


Pour autant, militante dans l'âme je ne lacherai pas le terrain politique pour autant, je prendrai juste le temps nécessaire à la réflexion pour ne pas me retrouver dans une situation identique dans une autre organisation où l'individualité est réprimée dès qu'elle n'entre pas dans les bonnes cases, ou mes idéaux, et tout particulièrement celui de la laïcité, ne sont pas défendus ouvertement.


Il n'est pas simple de quitter sa famille politique, d'autant plus quand le groupe local dont on fait partie fonctionne, travaille sur le terrain comme sur les idées, où le responsable local est simplement quelqu'un de bien, d'honnête dans ses engagements. Mais la machine socialiste est devenue écrasante pour les individualités qui ne supportent plus que leur situation personnelle vienne décider de leur avenir politique et qui voient l'incompétence, la malhonnêteté intellectuelle et les petits arrangements entre amis prendre le pas sur la Politique, celle qui change le monde.


Je souhaite aux militants socialistes de réussir à changer leur parti, à en faire une nouvelle machine à gagner pour offrir à la France une nouvelle espérance dès 2012... Je leur souhaite aussi de réussir à comprendre que la gauche n'est pas composée uniquement de leurs propres courants, que le Socialisme n'est pas défendu uniquement en leur sein...


Source : directe 

 


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