Qu'ils reposent en révolte, de Sylvain George, en salles

Publié le par dan29000

qu'ils reposent [50%]Qu'ils reposent en révolte de Sylvain George - 2011

Un documentaire d'une puissance expressive sidérante sur les migrants de Calais.



Pendant plus de trois ans, entre juillet 2007 et janvier 2011, Sylvain George a filmé les migrants de la ville de Calais.

Par fragments syncopés (Archie Shepp a discrètement déposé sa musique sur le film) pour la plupart dépourvus de réels dialogues – quand il y en a ils sont souvent lointains – entre migrants d’origines diverses, sans commentaire explicatifs, Qu’ils reposent en révolte décrit la vie de ces sans-papiers sans domicile qui fuient la police française, dorment où ils peuvent, etc.

Les mots parfois tuent. Au XIXe siècle, Victor Hugo écrit Les Misérables ; à la fin du XXe siècle, un Premier ministre de gauche, Michel Rocard, évoque “la misère du monde”. Le glissement sémantique est grave.

La pire manière de qualifier Qu’ils reposent en révolte serait peut-être de le dire militant. Non parce que la militance serait une honte, au contraire, mais parce que le mot aujourd’hui, grâce à une rhétorique patiemment édifiée par la droite, est devenu un enclos où l’on entend parquer tous ceux qui ont la volonté de se révolter.

Sylvain George est avant tout un cinéaste, un vrai. Il n’y a pas de migration dans son film, mais des individus qui migrent. De là la beauté flagrante, cinématographique, de Qu’ils reposent en révolte.

Il faut absolument dire deux mots de l’image : un noir et blanc extrêmement contrasté, des effets de ralenti en fin de plan, des contre-plongées. Le miracle, le talent, c’est que le film ne tombe jamais, au grand jamais, dans l’exercice arty mais demeure dans l’expression la plus juste d’une vérité immédiate.

Il vous sera impossible d’oublier ces longs plans où, sans aucun pathos, Sylvain George filme en gros plan des hommes à la peau sombre tenter de faire disparaître leurs empreintes digitales à l’aide d’un rasoir jetable ou d’une vis chauffée à blanc afin que l’on ne puisse pas les identifier, les faire entrer dans un fichier général européen.

Tout cela avec un sourire un peu triste et fataliste, comme si ce n’était rien d’être obligé d’en passer par là, de s’ouvrir soi-même sa peau noire en y laissant des cicatrices blanches pour faire disparaître son identité, ce que l’on est.

La scène que nous venons de décrire n’est pourtant pas montée en épingle comme une scène choc insolente et obscène, mais comme une petite partie dans un grand tout de plus de 2 heures 30 d’une pâte formelle, humaine et expressive sidérante, sans effet de cinéma tonitruant, sans putasserie aucune.

Le film bouleverse, oui, mais tout en respectant à la fois la dignité de ceux qu’il filme et de ceux qui le regardent. Au cinéma, l’intelligence est la meilleure consolatrice.

 

Source : LES INROCKS

 


 

Notre article dans les prochains jours

 

 

 

Rencontres à Paris à l'Espace Saint Michel

Débats à 19h tous les jours (sauf Dimanche) à l'issue de la séance de 16h15


 

Lundi 21 Novembre: Rencontre avec Pap N'Diaye

Considéré comme un des pionniers des « black studies » en France, Maître de conférence à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Pap N'Diaye travaille sur la « question noire » et sur les discours et dispositifs de discrimination raciale en France et aux Etats-Unis.

Mercredi 23 Novembre: « Surveiller et chasser ». Rencontre avec Georges Banu.

Professeur d'études théâtrales à l'université Paris-III, directeur de collection chez Actes Sud, Georges Banu, tour à tour acteur, témoin et passeur, arpente, explore, étudie lieux et non-lieux, paysages et gestes politiques. « Personnage de dos », « scène surveillée »…, cette rencontre s'attachera à discuter de dispositifs et postures éminemment transgressifs développés dans ses ouvrages, en relation avec le film. Ou comment des processus de subjectivation et de désubjectivation, de territorialisation et de déterritorialisation, de figuration et de défiguration, dessinent des vies politiques, singulières et irréductibles.

Jeudi 24 Novembre: « Celui qui voit ne sait pas voir » Rencontre avec Jacques Ranciere

Professeur émérite a l'université Paris VIII, Jacques Rancière est ce « caractère destructeur » dont parle Walter Benjamin qui, là sont les murs et les montagnes, « voit des chemins », et dont les travaux échappant aux limites convenues des disciplines se développent dans les champs croisés de l'esthétique, de la philosophie, de l'histoire et de la politique. Cette rencontre permettra de cerner et questionner un certain nombre d'enjeux et problématiques esthétiques et politiques que pose le champ cinématographique et politique contemporain. Parmi ceux-ci la question de « l'esthétisation du politique ».

Vendredi 25 Novembre : Rencontre avec Eric Fassin

Professeur agrégé à l'École normale supérieure Eric Fassin travaille sur la politisation des questions sexuelles et raciales et sur la sexualisation et la racialisation de la politique.

Samedi 26 Novembre : Rencontre avec MEDIAPART.

Rencontre avec Carine Fouteau et Ludovic Lamant, journalistes à MEDIAPART.

Lundi 28 Novembre: Rencontre avec le 9eme collectif des sans papiers.

Depuis 1999, le 9ème collectif des sans-papiers est à la pointe des combats menés par les personnes sans-papiers pour faire valoir leurs droits (mobilisations contre de nouvelles lois, contre les rafles, les centres de rétentions, l'exploitation,...) ; et oeuvre à la convergence des luttes avec les étudiants, chômeurs, intermittents et autres mouvements sociaux, nationaux et internationaux. Il s'agira donc d'essayer de cerner les singularités de ce collectif dont l'existence interroge en profondeur les visions et pratiques politiques et militantes majoritaires et/ou minoritaires : questions du consensus, de la représentation...

Mardi 29 novembre. Rencontre n°2 avec le réseau Terra. "Les nouvelles guerres de capture".

Avec Marc Bernardot, Jim Cohen, Sylvain George, Olivier Le Cour Grandmaison, Arnaud Lemarchand, Anne Laura Stoler, Jérôme Valluy - Cinéma Espace Saint Michel (Paris 5e)

Les guerres de capture pour enrôlement dans les travaux forcés et les armées sont loin... mais l'anthropologie en voit la forme évoluer au cours du temps et réapparaître jusqu'à aujourd'hui dans la chasse aux étrangers qui, en capturant et en déportant une petite fraction d'entre eux dans des camps et des pays périphériques, tient le plus grand nombre dans une condition d'infériorité sociale et juridique, favorable à l'exploitation économique.

Source : http://cinemasaintmichel.free.fr/horaires/fil...
Source : http://www.quilsreposentenrevolte.com/SITE_OF...


Rencontres en banlieue

Mercredi 23 novembre à l'Espace Marcel Carné de Saint-Michel-sur-Orge
A 20h30 : Projection du film Qu'ils reposent en révolte de Sylvain George

Samedi 26 novembre au cinéma Le Roxane de Versailles
A 18h : Rêves de France à Marseille de Jean-Louis Comolli, en sa présence
A 20h : Dialogue entre Jean-Louis Comolli et Sylvain George puis projection du film Qu'ils reposent en révolte de Sylvain George

Dimanche 27 novembre à 14h30 au cinéma L'Ecran de Saint-Denis
Projection du film Qu'ils reposent en révolte de Sylvain George
suivie d'un dialogue entre Sylvain George et René Vautier
puis à 18h30 : projection de La Folle de Toujane de René Vautier et Nicole Le Garrec

Mercredi 30 novembre à 20h au Ciné 104 de Pantin
Projection du film Qu'ils reposent en révolte
suivie d'une rencontre avec son réalistateur Sylvain George

A partir de la semaine du 7 décembre, plusieurs projections au Cinéma Mélies à Montreuil

En janvier 2012 au cinéma François Truffaut de Chilly-Mazarin Dans le cadre des Rencontres du film social

28 janvier : Projection du film Qu'ils reposent en révolte suivie d'une rencontre avec Sylvain George

Source : http://www.quilsreposentenrevolte.com/SITE_OF...

 

Source : DEMOSPHERE

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