Quartiers populaires : AClefeu les introduit dans la campagne

Publié le par dan29000

Quartiers populaires  : discriminations à tous les étages

 

 

 

Par l’intermédiaire de l’association AClefeu, qui a investi des locaux rebaptisés «  ministère de la crise des banlieues  », leurs habitantEs se sont invitéEs dans la campagne qui passait jusque-là loin des quartiers populaires.

Avec sa super idée du Ministère de la crise des banlieues, AClefeu a mis le feu aux fesses de la presse et des candidats présidents  : pendant quelques jours, les quartiers populaires ont fait la une… assez vite remplacés par les vaches du Salon de l’agriculture  ! Avec des ressemblances entre les quartiers et la majorité de petits exploitants  : pauvreté, populations oubliées, territoires massacrés, promesses et tables rondes…

Mais le train de la politique passe loin des banlieues qui votent peu  : 15 % n’ont pas de carte d’électeur, contre 7 % en moyenne nationale, et des records d’abstention, jusqu’à 70 % et plus. AClefeu s’est bougé en novembre pour convaincre jeunes et moins jeunes des quartiers de s’inscrire sur les listes électorales pour que «  l’avenir ne se décide pas sans la voix de la banlieue  » et comme on le lisait sur les affiches du Ministère de la crise  : «  Pour une politique choisie et non subie  ».

Une grande part des quartiers populaires sont identifiés et étudiées comme «  zones urbaines sensibles  », les ZUS [1] ; les chiffres ainsi recueillis donnent une idée de la vie quotidienne dans nos quartiers. 4,4 millions d’habitants dans les ZUS (8 millions dans les QP). Une personne sur trois a moins de 20 ans, contre près d’une sur quatre dans les aires urbaines environnantes. En 2009, 32,4 % des habitantEs vivaient sous le seuil de pauvreté, soit 2,7 fois plus que dans leurs agglomérations (revenu fiscal par habitant  : moitié moins qu’ailleurs en ville)  ; en 2010, le taux de chômage y atteignait en moyenne 20,9 %. Un élève sur quatre y est orienté vers un BEP ou un CAP (un sur cinq ailleurs) orientation motivée par le lieu d’habitation et l’origine étrangère plus que par les résultats scolaires… et ceux qui ont bac+ 3, 4 ou plus ont beaucoup plus de mal à trouver un emploi quand ils sont asiatiques, noirs ou arabes.

Et une surprise pour certains  : la délinquance est moins importante en ZUS que dans leurs environs.

Jeunes, pauvres, précaires ou sans-emploi  ; accès difficile à des services publics dégradés, à la santé, à la culture, aux transports… De quoi rendre «  sensibles  »  !

À cette accentuation, à la concentration dans un même lieu des problèmes causés par 30 ans de politiques libérales, s’ajoute une dimension dont certains se servent pour faire oublier ces problèmes  : les habitantEs des quartiers sont souvent d’origine étrangère ou FrançaisEs issuEs des colonies. Guéant vient de résumer cette politique raciste  : «  Accepter le vote des étrangers conduirait à ce que des conseillers municipaux étrangers rendent obligatoire la nourriture halal dans les cantines  ». Un concentré de bêtise et d’islamophobie  ! Voir aussi un rapport de son ministère sur «  les bandes de jeunes  », qui «  explique  » un «  reflux en été  » par «  les départs estivaux hors du territoire national de certains jeunes  ».

Discriminations pour l’accès à l’emploi et au logement, contrôles au faciès incessants, humiliations, tutoiement, harcèlement policier, tirs au flashball et au Taser, survols en hélicoptère, déploiement de forces spéciales… Sarkozy et son gouvernement ont lancé contre les quartiers une véritable guerre policière. Les nombreuses victimes de violences policières (toujours impunies) ne sont que la face visible de ce que vivent au quotidien les habitantEs des quartiers dans l’indifférence générale.

Notre premier engagement est de continuer à batailler, entre autres avec les comités Vérité et justice qui se créent autour de victimes de violences policières, batailler pour rompre cet isolement, redonner le sens de l’unité de toutes les victimes du capitalisme à ceux qui à gauche l’ont un peu oublié.

Premières exigences  :

• abroger toutes les lois sécuritaires et dissoudre la BAC  ;

• débusquer et empêcher les pratiques racistes dans l’accès au logement, à l’emploi et aux loisirs.

Plan d’urgence sociale pour les quartiers  :

Il faut des mesures spécifiques pour les quartiers, prenant en compte les discriminations, et s’ajoutant au plan d’urgence avancé par le NPA, avec d’abord et avant tout un emploi avec un contrat durable et un vrai salaire.
Ce doit être un plan national, avec obligations de résultat, qui ne se contente pas de distribuer des subventions aux villes et associations de bonne volonté. Chaque habitantE de ce riche pays doit voir ses besoins satisfaits de la même façon, quel que soit l’endroit où il/elle vit, quel que soit le pays où sont nés ses grands-parents.

• développement et extension de tous les services publics  ; rétablissement des Rased, extension des ZEP, programmes contre le «  décrochage scolaire  »  ;

• rétablissement et augmentation des subventions aux associations de terrain et aux politiques de prévention  ;

• programme massif de construction de logements sociaux  ; programme et fonds publics pour sauver les copropriétés dégradées (comme le fameux Chêne-pointu de Clichy-sous-Bois)  ; arrêt de l’Anru et des démolitions de logements sociaux  ; arrêt des expulsions sans vrai relogement.

Un plan d’urgence pour et par l’unité de tous les exploités  !

Isabelle Guichard et Miguel Segui

À lire, les propositions d’AClefeu  :

http://issuu.com/emanach/docs/propo...


Notes

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 139 (08/03/12).

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