Que fait la police ? Sommes-nous tous des délinquants étrangers ? par Maurice Rajsfus

Publié le par dan29000

Que fait la police ? -Bulletin d'information anti-autoritaire - Nouvelle série- numéro 57- février 2012


Editorial : Sommes nous tous des délinquants étrangers ?

 

A l’approche des élections présidentielles, les porte-drapeaux du pouvoir sarkozyste ne cessent de mettre en œuvre les vieilles recettes xénophobes. L’insécurité n’est la priorité des citoyens de ce pays que bien après le chômage. Les difficultés économiques du plus grand nombre sont surtout à l’ordre du jour, bien plus que le danger qui serait représenté par des étrangers à la peau colorée. Il n’empêche, le tocsin sonne pour annoncer aux électeurs que, la patrie étant en danger, il convient de faire confiance à ceux qui tiennent fermement la barre. Tout comme à la police, censée garantir nos libertés fondamentales. Parallèlement, nous sommes de plus en plus sous haute surveillance idéologique car, en aucun cas, il ne saurait être question d’abandonner les Français à leur seule réflexion. En fond de décor, il y a cette volonté de faire comprendre qu’un pays ne peut fonctionner que s’il est doté de cette colonne vertébrale indispensable représentée par les forces de l’ordre. Sage précaution, susceptible d’assurer la pérennité de nos institutions.
Il faut prendre conscience que l’institution policière a toujours eu la tentation de faire 1a révérence au pouvoir en place -surtout lorsqu’il est répressif. D’où cette capacité à améliorer la punition. Le peuple « d’en bas » n’a pas à se poser de questions. D’où cette indispensable peur du gendarme devant présider dans l’imaginaire de ceux qui auraient la tentation de se révolter. C’est ainsi que, pour réveiller les vieux instincts des Gribouilles qui se jettent à l’eau pour ne pas se mouiller, Claude Guéant ne dédaigne jamais de s’emparer de l’idéologie du Front National, espérant rallier les « nationaux ». Ce qui ne peut que conforter une armée policière, bien plus acquise à la manière forte qu’au maintien de pratiques authentiquement démocratiques.
Depuis plusieurs mois, déjà, les étudiants étrangers ayant terminé leur cursus universitaire, sont priés de quitter le territoire français dès lors qu’ils demandent le statut de salarié. En clair, ceux-là ne doivent en aucun cas se risquer à manger le pain des Francais. Il y a des limites à l’amitié et, surtout, ne pas voir là une quelconque volonté- de rejet de l’étranger. Il y a bien d’autres mauvaises manières de signifier que si l’on aime bien ceux qui sont venus de loin, il n’y a aucune raison de les supporter s’ils s’installent chez nous en trop grande nombre. Le 22 décembre 2011, au cours du journal du soir, sur France 2, le ministre de l’Intérieur s’est laissé aller à dévoiler l’un des aspects de la campagne électorale qui s’ouvre : la volonté de faire adopter une loi prévoyant l’expulsion des délinquants étrangers. Matois, Claude Guéant se plaisait à rassurer les humanistes en expliquant que seuls seraient concernés les étrangers auteurs de graves délits, et que la loi ne serait pas impitoyable pour ceux ayant de fortes attaches familiales dans le pays.
On connaît la chanson, une loi peut toujours être « améliorée », au fil du temps. Ainsi, la loi de 1999, instituant le FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques), ne concernait, à l’origine que des délinquants sexuels et des pédophiles. Rapidement, d’autres délits étaient ajoutés au texte initial et, dix ans plus tard, le moindre délit permet aux Policiers et aux gendarmes de prélever 1′ADN d’un « délinquant » : auteur de fauchage d’OGM, manifestant jugé violent, sur la seule mauvaise foi d’un policier, ou même adolescent interpellé pour avoir tagué un mur.
Pour le ministre de l’Intérieur : « La délinquance étrangère est supérieure à la moyenne enregistrée dans notre pays ! » Nous sommes avertis. Qui nous dit que, dans un avenir proche, ne seront pas concernés par cette loi les étrangers coupables de manifester sur la voie publique avec leurs camarades Français ou, pire encore, de se mettre en grève pour des revendications communes ? Au-delà, pourquoi ne pas envisager des reconduites à la frontière pour ceux qui auront l’audace de ne pas s’exprimer convenablement dans la langue de Molière ? Nous connaissons déjà les difficultés éprouvées par certains étrangers – à la peau colorée – aux guichets des administrations. Certains fonctionnaires, s’estimant détenteurs d’un pouvoir autoritaire, n’hésitant pas à faire appel à la police lorsque le ton monte. Ce qui est alors considéré comme un trouble à, l’ordre public risquant de conduire le « trublion » à l’expulsion.
Avec un doux sourire, le bon docteur Guéant explique au peuple le plus démocratique de la terre qu’il détient le remède absolu de ses difficultés : montrer du doigt l’Etranger, responsable de tous ses maux. En coulisse se trouvent ces parlementaires ayant voté cette loi liberticide et, sur le terrain, une armée de policiers déterminés à mettre un terme à « l’occupation » de notre vieux pays Gaulois par ces étrangers qui n’ont rien à y faire. Comme le soulignait Libération, le 23 décembre 2011, « l’ombre de la double peine se profile à nouveau ».


Maurice Rajsfus

 

Source :  Que fait la police ?

 

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