Québec : troisième mois de grève, une résistance étudiante historique

Publié le par dan29000

[Montréal] On est en grève pis c’est pas des crisses de farces !

Salut vous autres. Quelques nouvelles de Montréal pendant que ça brasse. Le Québec, la province « cute », qui parfois, dans l’histoire, arrive à se montrer autre chose qu’une simple banlieue culturelle entre New York et Paris. Faut croire que ça prend quelque chose pour que les « cousins » français ou européens prennent au sérieux ce qui se passe ici, politiquement, et qu’on ne s’y rapporte pas seulement comme à un nouveau spot de vacances, une opportunité de carrière où se faire valoir pour pas cher, où la place cool que s’arrachent les hordes de Pévétistes venus innocemment gentrifier les quartiers de Montréal. Parce que le Québec c’est pas juste cool, c’est aussi de la marde. Et la marde, parfois, ça revole.

J’avais envie de partager un peu de ce qui se passe ici à quelques uns et unes de vous, qui là-bas, n’avez peut-être pas trop idée de ce qui se trame ici en ce moment.

Une grève étudiante, la première digne de ce nom depuis 2005, s’en va maintenant dans sa douzième semaine. La plus longue et la plus massive de l’histoire étudiante québécoise, mais aussi canadienne et étasunienne.

Ma petite lettre risque d’être un peu longue, mais je n’ai pas trop le temps de faire dans la finesse. Et bon, je m’efforce quand même d’aller un peu dans les détails, ceux dont on ne parle pas dans la presse.

Ça faisait plus de deux ans que les associations étudiantes la promettais. Le prétexte, la hausse annoncée de 1625$ des frais de scolarité à la fac. Une hausse que le gouvernement Charest, en place depuis 9 ans, à vendu en disant que les frais actuels étaient ridicules comparés aux université du Canada et des États-Unis, et que les étudiants — ces privilégiés qui feront pleins de thunes plus tard — doivent contribuer. Au début du mois de janvier, c’était encore assez dur de croire à un mouvement, d’en sentir l’imminence, tant le mouvement était planifié, au sens bureaucratique du terme. Ce qu’il faut comprendre, par rapport à la France, c’est qu’ici, les A.G. où se décident les grèves ne se tiennent pas n’importe comment. Dans chaque fac, ou Cégep (collèges préuniversitaire où on entre vers 17 ans) il y a un syndicat étudiant unique à cotisation obligatoire. C’est l’A.G., qui décide si son association (le « syndicat »)  s’affilie à une fédération nationale quelconque, la FECQ, la FEUQ (équivalents de l’UNEF) ou l’ASSÉ (le syndicat « de combat »).  En gros, c’est comme s’il n’y avait que des A.G. d’UFR, et que tout étudiant cotisait obligatoirement soit à l’UNEF ou à SUD selon le résultat d’une élection d’UFR. Les syndicalistes ont donc une bonne longueur d’avance sur toute forme d’organisation autonome. C’est le principe de la formule RAND, entrée dans les lois du travail pour briser le syndicalisme radical.

Bien que tous les étudiants peuvent parler et voter des trucs en A.G., ces associations deviennent les seules dépositaires de toute légitimité, et elles sont présentées par de nombreux militants, y compris des anarchistes, comme le modèle d’une démocratie directe à construire. Les A.G. sont aussi hyper lourdes, c’est le paradis (ou l’enfer) de la procédure (le code Morin), et la seule critique apparente qui s’en fait se voit dans l’absentéisme. Ce système de représentation, d’encadrement du mouvement étudiant donne beaucoup de moyen à un « appareil », qui lorsqu’il est contrôlé par des gauchistes, rend possible du travail de mobilisation coûteux (permanents payés, location de bus, de salles de spectacles pour les A.G., photocopies illimitées, etc.), mais ça tend à décourager ou à invisibilité toute initiative qui n’émane pas de la « structure », ou qui ne va pas dans son sens (ce serait « antidémocratique »).

Dans ces conditions, c’est très difficile de faire déborder le mouvement en dehors de l’identité étudiante ; sans parler du fait que le système des associations continue à cloisonner les étudiants dans leurs discipline.

Toujours est-il que cet hiver, ces A.G. ont largement voté en faveur d’une grève générale illimitée (à l’UQAM, les votes de grève allaient souvent chercher dans les 80% et même 94% en arts). Il n’y a qu’à Québec (qui se démarque année après année par son caractère conservateur) où le mouvement n’aie pas pris. Tandis qu’à Montréal, même certains départements des facs anglophones, traditionnellement indifférentes à toute agitation politique, ont rejoint la grève. Après 3 semaines, plusieurs associations ont fait passer des propositions voulant qu’aucun vote de reconduction ne serait demandé tant que la ministre ne recule pas sur la hausse des frais. C’était à savoir qui ferait la proposition la plus radicale, certains Cégeps votant même pour reconduire jusqu’à la gratuité scolaire.

Le plus frappant, c’est nettement l’ampleur du mouvement. Depuis 2 mois, il y a des manifs tous les jours à Montréal, sans parler des actions de perturbations sans arrêt (blocage du port, du ministère, des bureaux d’administration des facs, du casino et des dépôt de la Société des Alcools (qui sont deux entreprises d’État), de l’autoroute, des ponts — Montréal c’est une île — et perturbations de congrès d’actionnaires de banques, etc.) La plupart du temps, ça tourne autour de 1000 à 10’000 personnes, mais pour la manif nationale du 22 mars, c’est au moins 200’000 personnes qui sont sortis marcher avec leur petit carré rouge. Le carré rouge, c’est un bout de feutre que les gens se mettent au manteau avec une petite épingle à nourrice, pour montrer leur solidarité avec la grève étudiante. Cette espèce de cocarde, apparue lors du mouvement de 2005, est maintenant omniprésente dans les rues, partout, dans les bus, etc., des vieillards autant que des enfants ; des gens mettent des draps rouge à leur balcon, etc. etc. Ça met l’ambiance, ça rend la grève présente comme « événement »,  mais comme événement sans contenu. Un peu comme l’avait été il y a des années le drapeau du Québec et les petits pins du « oui » au référendum de 95 sur l’indépendance. La grève actuelle reprend en quelque sorte le flambeau d’« Occupy Montreal » en tant que rumeur qui courre dans la ville et le reste de la province, qui rassemble tout un paquet de gens qui ne partage pas grand chose d’autre qu’un symbole. Au-delà du sourire en coin, il reste quoi ? La durée,  l’approfondissement du conflit révèlent toujours plus la fausse solidarité dont le carré rouge est le signe.

Jusqu’à tout récemment, j’avais vraiment l’impression que le mouvement manquait de la magie qu’il y avait en 2005. C’est que cette année, il n’y a pas d’occupations, il n’y a pas eu de nuit de barricades. Tout a été fait pour que les campus « à risque » soient administrativement fermés dès que le vote de grève a passé. Ceux qui ont tentés d’y rester ont tous été arrêtés. En 2005, les occupations étaient vraiment l’occasion de faire exister autre chose, ça créait un flou par rapport aux identités, ça décollait du simple aspect revendicatif. Cette fois-ci, même les facs qui sont ouvertes sont désertées : rien ne s’y passe, tous ne font qu’y passer. Si les actions directes se multiplient et dépassent en vigueur les coups de 2005, il est difficile de ne pas y voir qu’une simple radicalité au service des revendications. Si la détermination à durer est plus impressionnante, ça reste difficile de présager quelque chose qui se poursuivrait au-delà d’une entente avec le gouvernement. Quelque chose qui tiendrait dans autre chose qu’un statut d’étudiant. On dirait que tout est fait, même au sein du mouvement, pour que rien ne déborde du cadre. Et c’est sans parler d’une radicalisation des pacifistes, qui deviennent de plus en plus violents envers les méchants « black blocs » et autres incivils qui nuisent à l’image.

Le mouvement est très imprévisible, dur à lire, tant il produit peu de discours et ses slogans sont vides.  Cette fois, contrairement à l’habitude, la plupart des textes critiques ont été écrit avant la grève, et depuis, tout s’est fondu dans un (activisme réducteur). Jusqu’ici, il n’y avait pas de quoi s’en enthousiasmer, mais c’est peut-être maintenant ce qui fait la force du mouvement. Vu les mandats de reconduction automatiques, les A.G. sont désertées et ne sont plus le lieu central de la lutte. De plus en plus, on sent qu’elles n’expriment plus la réalité du mouvement mais ne sont qu’un outil qui sert à faire durer la situation. En plus de la multiplication démesurée des manifs, la grève se reterritorialise dans une multiplicité de projets et d’expériences plus modestes, mais moins « vides ».

Pour ne parler que de ce qui se passe à Montréal, il y a entre autre « Fermaille », qui sort un recueil de poésie et de courts textes chaque lundi depuis le début du mouvement, il y a aussi une « maison de la grève » qui a ouvert ses portes le 2 mars, donnant un espace où se retrouver en dehors du cadre des associations, qui ne soit pas liée à une fac en particulier et où ont lieux diverses activités qui rejoignent entre autre des gens de d’autres secteurs, travailleurs syndiqués ou non, chômeurs, etc. Il y a encore Schola, un projet d’université populaire nomade, né aussi au début de la grève, et encore d’autre groupes, plus sérieux ou plus ludiques, comme « Force étudiante critique » ou encore les ravisseurs du Rabbit Crew, l’école de la montagne rouge, les oiseaux rouges, le pink block, et j’en passe. Bien sûr, c’est sans parler du plus important sans doute, qui est l’ensemble des petites bandes plus informelles, sans nom, qui se sont formées au cour de la grève et qui font véritablement la solidité du mouvement.

Maintenant, ce qui se passe, et ce qui m’a donné envie de vous écrire, c’est que quelque chose de cette grande spectacle de la mobilisation semble s’être fragilisé. Comme si la magie, cette fois, venait de la durée inattendue de la grève, et du pourrissement de la situation. Les semestres sont déjà en péril et à ce point-ci, les étudiants n’ont rien à perdre et ne vont surtout pas lâcher l’affaire. De leur côté, Charest et sa ministre de l’éducation, Line Beauchamp, essaient de jouer les intraitables, maintenant la ligne dure en misant sur le soutient de ceux qui en appellent à l’ordre et qui veulent faire taire ces petits cons dans la rue. Il faut croire qu’ils ne s’attendaient pas, eux non plus, à un mouvement d’une telle ampleur, et là, c’est comme si leur orgueil les empêchaient de plier. Même certains citoyens des plus réacs commencent à en avoir marre de l’entêtement du gouvernement qui commence à coûter cher et qui transforme Montréal en zone occupée. Le budget annuel de la police de Montréal a déjà été dépassé et leurs hélicos continuent de tourner en permanence au-dessus de nos têtes. La « crise » coûte cher à la ville et crée des tensions entre le maire et le premier ministre. Les éditorialistes des grands journaux compétitionnent en commentaires imbéciles et condescendants. Un fonctionnaire du gouvernement, Bernard Guay a même publié une lettre dans « le Soleil » de Québec, où il appelle les gens de bon sens à servir aux gauchistes leur propre médecine : ne pas se contenter d’aller voter contre la grève en A.G. mais de les intimider dans la rue, et de « s’inspirer des tactiques fascistes des années 30 » (sic). La situation polarise tout. Les flics épuisés par leurs heures sup’ à courir partout deviennent de plus en plus bêtes et agressifs. De l’autre côté, les grévistes goûtent abondamment à la médecine porcine, et les bavures se multiplient. Cette année, la manifestation annuelle du 15 mars, contre la brutalité policière, s’est tenue par « coïncidence » quelques jours après que les flics aient fait perdre un œil à un cégépien de St-Jérôme. Résultat : 5000 personnes se sont pointées, et la soirée à virer à l’émeute. Pillages et voitures de keufs cramées sur la rue Ste-Catherine. Ce n’est pas un hasard si les premiers « débordements » ont eu lieu dans une manif qui n’était pas « étudiante ». Mais quelque chose s’était produit qui témoignait d’une tension qui ne faisait encore que monter.

Le harcèlement policier devient systématique. Plusieurs ont encore dans les dents le goût de la répression au G8/G20 à Toronto, en 2010, où les Québécois ont payés cher. Et déjà l’an dernier, les flics de Montréal annonçait la création de leur nouvelle escouade GAMMA (guet des activités et mouvements marginaux et anarchistes) avec une série d’arrestations à domicile.

Au mois de mars, une semaine après l’ouverture de la maison de la grève, les flics ont sauté sur le premier prétexte (un mec qui buvait sa bière sur le trottoir) pour entrer en force dans le local, arrêter tout le monde et perquisitionner. C’est aussi le festival des P.V. que les même cochons distribuent à tous les jeunes comme si c’était des prospectus de free party. De plus en plus de gens sont arrêtés, détenus, paient des cautions, des avocats, et on attend les procès de camarades qui risquent du ferme.

Le plus embêtant reste de voir la complicité parmis les grévistes de soi-disant pacifistes qui se félicitent de collaborer avec la police. Mais l’arrogance du gouvernement et la violence des flics continuent d’amplifier la rage. Le gouvernement ne cherche pas tant à nier le mouvement qu’à lui nier toute hétérogénéité. Il ne voudrait le reconnaître qu’en tant qu’il pourrait pacifier le conflit, c’est-à-dire raisonner les esprits et les corps qui le compose. Il ne négociera pas avec un mouvement qui n’est pas capable d’assurer sa sujétion à la souveraineté de l’État. Il ne veut rien savoir du politique.

Par toutes sortes d’opérations, tous les ennemis de la grève essaye de ramener la question à  une affaire de droits et de règlements municipaux. On assiste depuis quelques semaines à une judiciarisation sans précédent de la grève : les injonctions pleuvent (des étudiants ont gagné en cour supérieure le droit d’aller en classe), et dans certaines villes les flics et les vigiles forcent le retour en classe tout en empêchant ceux qui ont des têtes de gréviste de rentrer. À l’UQO de Gatineau, ceux qui ont voulu aller en cours y ont goûté. Le sang a coulé et même les profs se sont résigner à refuser la reprise des cours.

Dans leur coins, des militants anti-grève et partisans de la hausse regroupés sous le nom de MESRQ (Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec) se sont même mis à distribuer des « kits » d’injonction (genre de formulaire pré-rempli avec juste le nom à changer) pour faciliter la démarche.

En fait, avec la grève, ce n’est plus tant la question de la hausse qui a le dessus, car l’immense majorité des étudiants sont contre la hausse, ou contre Charest. La polarisation principale tient d’abord dans la question du blocage, dans la question du droit d’aller en cours,  qui voudrait poser la grève comme « choix individuel », ne devant pas dépasser le « boycott », sans quoi il s’agirait d’une prise d’otage anti-démocratique. Comme d’habitude, ces deux questions sont elles-mêmes recoupées par une autre, celle de la « violence ».

Pensant peut-être que tout ce harcèlement allait jouer en leur faveur, et que les débordements auraient nuit au mouvement, le Charest et la Beauchamp ont fait mine de vouloir négocier, et n’ont s’empêcher de dire des conneries. Leurs propositions sont ouvertement des provocations tant elles semble parfois empirer la réalité actuelle. Ils veulent bien faire entendre qu’ils ne veulent rien savoir d’une remise en question de la hausse des frais. Cette première annonce à l’adresse des étudiants est reçu comme un défi. Ceux qui craignait que la ministre ne propose une entente à rabais que la FECQ et la FEUQ accepteraient et qui ferait rapidement fondre le mouvement ont dès lors senti que la grève avait encore du temps devant elle. Et plus ça dure, plus ça agrège d’autres luttes. La crise avec laquelle le gouvernement doit dealer prend le nom du mouvement étudiant, mais le dépasse largement. Ainsi, il y a quelques semaines, les mises à pieds massive chez les travailleurs d’AVEOS, qui bossent pour Air Canada, ont donné lieu à des manifestations sérieuses souvent appuyées par de nombreux étudiants. Pareil pour la lutte des travailleurs lock-outés de Rio Tinto-Alcan.

Dans la foulée, comme pour le 15 mars, ce sont d’autres mobilisations qui se sont trouvées comme « dopées » par la situation. Ainsi du le « Plan Nord », une des grosse entreprise de développement du gouvernement Charest, la plus contestée depuis les gaz de schistes. Ce nouveau méga-projet de détournement de rivières et de colonisation minière des territoires Cris, Inuits, Attikamekws et Innu a déjà été visé par de nombreux blocages de routes sur la Côte-nord et différentes actions de solidarités au sud. Or, il y a moins de 10 jours, vendredi le 20 avril, se tenait à Montréal un « salon de l’emploi » pour le plan Nord que des gens de divers horizons entendaient bien perturber, groupes autochtones, écolos, anars, etc. De nombreux étudiants en grève étant de la partie, ça a assurer une certaines masse critique qui a réussi à pénétrer dans le palais des congrès et prendre le contrôle des rues avoisinantes pendant plusieurs heures. Alors que plusieurs n’en pouvaient plus de désespérer en voyant la faible réaction de la rue, depuis des semaines, face au mépris des flics, du gouvernement et des grosses business qui vienne faire leur show, cette fois, ils en ont eu pour la peine. Des lignes de flics qui reculent, qui se sauvent en courant sous les jets de pierres, de bouteilles et autres morceaux de mobilier urbain, des barricades sur la rue St-Antoine, et des rassemblement qui resurgissent de partout après chaque dispersions. Même la Sûreté du Québec, la police provinciale, a dû être appelée en renfort. Les flics aussi, bien sûr, s’en sont donné à cœur joie. Lorsque le salon a finalement repris, dans son discours de présentation, Charest a poussé l’arrogance en faisant des blagues sur la situation : « tous ces gens qui cognaient à nos portes ce matin, nous pourrons leur offrir des jobs, dans le Nord autant que possible ». Comme le roi qui fait ses jokes devant sa cour pendant que la plèbe se révolte dehors du château.

L’opération de Charest et des médias aura été à nouveau de tout présenter ce qui se passe comme étant des actions des étudiants, ayant pour objet la hausse. Après coup, on a parlé d’une émeute, de la grève étudiante, mais pas d’une attaque contre le plan Nord. Le conflit étudiant sert d’histoire à raconter pour masquer tout un tas de trucs dont on ne parle plus depuis 2 mois. Mais du coup, là, c’est le mouvement de grève qui a gagné l’attention de CNN, d’Aljazeera, du Monde et de tout un paquet de médias internationaux qui ont commencé à répandre la rumeur du « printemps québécois ».

Immédiatement, dans la fin de semaine, la ministre Beauchamp a voulu se montrer de bonne foi en appelant une table de négociation, mais elle  a refuser de recevoir la CLASSE (coalition large de l’ASSÉ) sous prétexte que ses membres ne veulent pas dénoncer la « violence », les actes de grabuges etc. Lorsque finalement, le dimanche 22, le congrès de la CLASSE a adopté une motion pour condamner la violence « physique », la ministre a soudain décidé qu’elle ne recevrait ses délégués qu’au terme d’une trêve de 48 heures. Or, bien que la CLASSE n’aie pas appelé à manifester durant ces 2 jours, ça n’a pas empêcher les gens de continuer à sortir dans la rue, et à foutre le bordel dans le centre-ville de Montréal (ça commence à faire beaucoup de voitures de flics hors-services depuis quelques jours). Évidemment, la ministre en a profiter pour exclure à nouveau la CLASSE, mais cette fois, les délégués de la FECQ et la FEUQ se sont solidarisés et ont refusés de rencontrer la ministre sans les délégués de la CLASSE.

Les négociations sont donc à l’eau, et tant mieux, ça retarde les trahisons, les compromis, la suspension du momentum. Le « conflit » n’est pas prêt de se régler, et la tension continue de monter. Depuis 2 semaines, c’est 3 ou 4 manifestations qu’il y a par jour, ce soir, c’était la sixième nuit consécutive de manifs nocturnes. Sans parler des actions plus intenses des derniers jours, le bétonnage du métro, les fumis dans les centre commerciaux aux heures d’affluence, le saccage du bureau de la ministre, et l’attaque de nuit du poste de police 45.

Avec la polarisation, c’est aussi l’hétérogénéité du mouvement qui s’accentue. D’une part, de plus en plus de gens se laissent prendre par la tentation de l’action directe. Mais par ailleurs, d’autres manifestants, carré rouge sur le coeur, s’organisent de plus en plus sérieusement pour assurer l’absence de friction entre la manif et le reste. On voit se multiplier les connards qui prennent à parti les « casseurs », essaient de leur casser la gueule ou huent tout simplement ceux qui gueulent des slogans anti-flics.

Dans la manifestation nocturne de vendredi dernier, les flics ont annoncés au haut-parleur qu’ils interrompaient la marche (5 ou 10’000 personnes) afin de procéder à des arrestation. Ils sont allé se servir dans la foule, sous les applaudissement des « pacifistes », sont ressortis avec une quarantaine de proies, et ont repris le micro pour dire que la manifestation pouvait reprendre son chemin. Et elle l’a repris ! Cette expérience dystopique a de quoi faire flipper.

Mais ce n’est pas ce qui va empêcher la situation de s’enliser encore plus. Au vu des événements des derniers jours et de l’arrogance du gouvernement, certaines écoles qui n’étaient plus en grève songent maintenant à la reprendre, même à Québec où tout semblait mort.

Aussi, c’est le 1er mai qui arrive. Et on sait bien qu’il n’y aura pas que des étudiants. Ya moyen que ça pète. D’ailleurs, en se préparant pour le 1er mai, les A.G. de l’UQAM ont repris des propositions de  mobilisation pour une grève sociale, afin de faire sortir le mouvement de la revendication étudiante, ce qui apparaît de plus en plus comme la seule continuité possible de la lutte. L’éventualité d’une chute du gouvernement Charest devient une possibilité de plus en plus sérieuse. Son gouvernement est sous tension : il subit des pressions de toute parts et est miné par des divisions à l’interne. Le congrès du parti libéral (au pouvoir) se tiendra en fin de semaine. Des rumeurs veulent que des élections se préparent, ce qui retarderait encore plus un règlement du conflit. Pour certains, c’est une stratégie électorale : pousser au pourrissement pour devenir le parti de l’ordre, faire passer l’autre parti de droite (la CAQ) pour la 5e roue du carrosse. Dans l’opposition, le Parti Québécois n’apparaît pas mieux que les autres. Sa chef, Pauline Marois, était ministre de l’éducation lors de la grève étudiante de 1996.

Il y a donc des possibilités qu’on assiste à un retour de Charest : ici pas besoin de changer la constitution pour briguer un 3e mandat.

Dans tous les cas, la merde n’a pas finie de chier. Le semestre d’été est déjà menacé et la saison des festivals s’en vient. Comme le maire de Montréal l’a dit, la situation est très préjudiciable pour sa ville, son économie, etc.

Les gens ont bien vu la semaine dernière se qui s’est arrivé au Chili, lorsqu’un mouvement ose durer. Et tout ça ne donne pas envie de s’arrêter.

On ne sait pas ce qui peut se passer même s’il y a un ralentissement des manifs cet été : s’il n’y a pas d’entente, les cours ne reprendront pas à l’automne.

Ya moyen de suivre un peu ce qui se passe à travers des blogues et d’autres sites. Sur grevemontreal.noblogs.org, qui n’est pas toujours à jour, on trouve aussi des liens vers d’autres sites et notamment des textes qui ont été publiés juste avant la grève. Il y aussi CUTV qui diffuse parfois en direct. Et puis pour les images plus grasses de médias, avec vitrines pétées, fumée et cailloux, ya toujours TVA nouvelles, cyberpresse ou autres merdes du genre.

sans-titre-diffusion, 30 avril 2012

 

Publié dans actualités

Commenter cet article