Raoul-Marc Jennar : Contribution au débat du NPA sur les élections régionales

Publié le par dan29000

Où allons-nous ?

par Raoul-Marc Jennar

dimanche 22 novembre 2009


Lorsque la LCR a décidé de se dissoudre pour créer un rassemblement qui la dépasse quantitativement et qualitativement, pour forger avec d’autres une force anticapitaliste et antiproductiviste, bref pour être à l’origine d’un puissant mouvement écosocialiste, j’ai décidé de rejoindre le processus de création du NPA. Militant altermondialiste, je ne venais d’aucun parti politique.

Lors du congrès de fondation, j’ai défendu pour les élections européennes, une conception de l’unité sur un contenu, de l’unité dans les urnes et dans les luttes et surtout de l’unité dans la durée. Je reste convaincu que c’était la seule position possible.

Nous avons échoué à faire connaître et faire comprendre cette position largement majoritaire, une partie d’entre nous, considérant que notre démarche allait de soi, n’éprouvaient aucun besoin de se lancer sans tarder dans une campagne nationale d’explication. De même, certains ont été lents à s’impliquer dans la campagne électorale et à défendre les aspects antiproductivistes de nos principes fondateurs avec la même ardeur que les aspects anticapitalistes. Ce sont, à mes yeux, deux des explications principales de notre échec aux européennes.

La direction du NPA, dont j’ai fait partie jusqu’à mon départ pour le Cambodge fin août et dont je me sens toujours solidaire, a semble-t-il tiré les leçons de nos défaillances de février-mai 2009. Elle a pris, dès la rentrée, l’initiative d’une démarche unitaire en vue des élections régionales. D’emblée, elle s’est heurtée à l’hostilité du PCF et aux ambiguïtés du PG.

Depuis 2006, je suis convaincu qu’aucune unité n’est possible aussi longtemps que le PCF conservera sa capacité de nuisance. Une capacité à empêcher qu’émerge une large force anticapitaliste et antiproductiviste, tant l’objectif du PCF n’est pas de « mettre les mains dans le cambouis », mais bien d’aller à la soupe.

J’ai placé mes espoirs dans la volonté et la capacité de nos dirigeants à isoler le PCF et à commencer à construire l’unité autour d’une alliance Alternatifs-FASE-FSQP-NPA-PG et autres composantes de la gauche antilibérale et antiproductiviste. C’est dans cet esprit que j’ai estimé qu’il fallait que le dernier CPN leur laisse les marges de manœuvre suffisantes pour réussir.

Mes espoirs sont déçus. Ils sont déçus parce que j’ai le sentiment que nous avons été incapables, de manière constante, de convaincre que notre priorité, c’est l’unité dans la cohérence avec un message anticapitaliste et antiproductiviste. Nous n’avons pas été capables de nous passer de petites phrases qui offrent à nos partenaires potentiels des raisons de douter. Nous n’avons pas convaincu de la sincérité de notre démarche unitaire. Nous n’avons pas été capables de formuler les propositions qui auraient rendu cette autre unité, sans le PCF, plus attrayante. Et nous avons échoué, de peu je le pense, à cristalliser cette unité si nécessaire.

Mes espoirs sont déçus parce que je me rends compte, à la lecture des échanges, des textes proposés et de ceux qui sont retenus, qu’une partie de la direction majoritaire n’a jamais voulu tenter cette unité-là. Les mêmes qui, au printemps estimaient inutiles de se précipiter pour expliquer nos positions, tant leur culture politique les a habitués à avoir raison tout seuls.

Mes espoirs sont déçus parce que je me rends compte que nous allons nous retrouver seuls aux élections régionales et que l’absence de toute perspective unitaire va décevoir non seulement les femmes et les hommes qui souffrent et qui attendent un changement que seule l’unité peut apporter, mais un très grand nombre de celles et de ceux qui comme moi ont rallié le processus NPA l’an passé et au début de cette année.

Mes espoirs sont déçus parce que j’ai la conviction que cet échec à construire une unité avec d’autres (en dehors du PCF), c’est l’échec du projet NPA. C’est l’échec de la perspective d’un parti de large rassemblement, d’un parti de masse.

Est-ce trop tard ? Je ne sais. Je n’ai pas l’intime conviction que tout va être tenté pour sauver ce qui peut l’être. Mais peut-être suis-je dans l’erreur. Peut-être un sursaut viendra de centaines de réactions comme la mienne qui pousseront nos négociateurs à proposer à toutes les composantes d’une unité possible les formulations et les propositions qui rapprochent et non celles qui écartent. J’observe, ultime lueur d’espoir, que dans la majorité de la direction du NPA certains partagent ce souhait.

Je propose donc que la formulation suivante soit proposée à nos partenaires potentiels : « La possibilité de participer aux exécutifs régionaux dépend des rapports de force politiques et sociaux qui conditionnent la politique qui pourrait y être réellement mise en œuvre. Nous avons la volonté d’appliquer les points essentiels du programme du rassemblement, pas de faire le contraire de ce pourquoi ce rassemblement sollicite les suffrages des électeurs. Nous refuserons donc de participer à un exécutif dominé par la PS ou Europe-Ecologie qui mènerait une politique libérale conforme aux exigences du patronat et de l’Union Européenne. »

Je propose que de nouveaux efforts soient tentés vers toutes les composantes de la gauche de gauche qui ne rejettent pas, par principe, le NPA.

Trop de souffrances sont en jeu, dont on ne peut seulement se servir pour des effets de tribune.

Raoul Marc JENNAR

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