Raoul Marc Jennar déçu quitte le NPA, il s'en explique...

Publié le par dan29000

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 C’est avec une vraie tristesse que je dois faire part de ma grande déception. Comme des milliers de femmes et d’hommes qui, tout au long de l’année 2008, ont rejoint le processus de création du NPA, j’ai cru que s’ouvrait une fenêtre d’opportunité avec la dissolution de la LCR et l’appel à un vaste rassemblement où devaient se retrouver celles et ceux qui refusent d’accepter le capitalisme comme l’horizon indépassable de l’humanité.

Au terme d’un processus qui a commencé avec le printemps 2008, force m’est de constater l’échec du projet NPA. La résolution adoptée à l’issue du Conseil Politique National (CPN) des 27 et 28 mars est sans appel : son point 8 confirme une ligne politique inchangée : celle de la démarche solitaire d’une avant-garde qui agit conformément à la tradition sectaire d’une faction de l’extrême-gauche.

J’ai espéré – mes écrits en attestent – qu’allait triompher cette conviction qu’un parti n’est qu’un outil au service d’un projet et que privilégier son existence n’est, en aucune façon, un objectif en soi. Car l’échec d’une véritable union de la gauche anticapitaliste et antiproductiviste s’explique aussi par la religion du parti qui sévit dans toutes les formations.

Cette conviction fondait une espérance largement partagée de voir le NPA offrir un cadre nouveau et ouvert pour un large rassemblement de femmes et d’hommes capables de transcender leur passé militant pour réaliser l’indispensable unité. Ce faisant, je me suis aveuglé sur les intentions réelles des initiateurs du projet NPA, comme j’ai sous-estimé la pesanteur des allégeances et la capacité de résistance des appareils.

La campagne électorale pour les européennes et l’échec du NPA qui s’en est suivi m’ont ouvert les yeux : 1. même si, comme je l’ai souvent écrit, le temps est venu de s’interroger sur la forme « parti » (qui date du 19e siècle) de l’action politique ; 2. l’unité ne se fera pas en dehors et encore moins contre les appareils et les militants qu’ils encadrent ; 3. le projet NPA est prisonnier de la culture et des pratiques politiques de ses concepteurs.

La suite ne fut qu’une longue confirmation de ce triple constat.

« Perverare diabolicum », dit le précepte. L’heure est celle d’un bilan qui ne peut être différé. Des urgences nous convoquent qui interdisent tout report. Des ébranlements se produisent à la gauche du PS dont il faut saisir l’opportunité. Des recompositions se préparent. Une autre gauche est possible. On ne peut pas passer son temps à rater les rendez-vous de l’Histoire.

Il n’est plus temps de s’épuiser à un acharnement thérapeutique totalement vain. J’observe les efforts pathétiques de quelques-uns qui, pour sauver l’espérance que le NPA a fait naître, vont jusqu’à scruter à la loupe les intentions subliminales supposées à l’origine de certains votes lors du dernier CPN. Je comprends cet effort pour sauver ce qui peut l’être. Mais il est vain selon moi. Il confirme cet aveuglement qui motive des pratiques stériles dont se nourrissent les appareils.

Qui ne voit, en effet, ne fut-ce que rétrospectivement, que pas un seul instant, dans le processus de création puis de direction du NPA, la décision n’a échappé à la petite dizaine de femmes et d’hommes qui sont à son origine ?

Qui ne vérifie, au jour le jour, que le logiciel qui encadre le mode de fonctionnement et alimente la pensée dominante du NPA demeure, pour l’essentiel, celui de la LCR ? Le mixage des cultures politiques réunies à l’origine du NPA ne s’est pas accompli.

Qui peut contester que l’écologie comme outil d’analyse du capitalisme et alternative politique ait jamais été intégrée sérieusement dans la démarche et le discours du NPA ainsi que cela a été déploré à maintes reprises et, récemment encore, par la commission écologie elle-même, à l’occasion de la préparation des textes pour les régionales ? L’écologie au NPA, c’est un sujet pour groupe d’études ; ce n’est pas une pensée intégrée dans l’action.

Qui peut nier que les libertés, la démocratie et les institutions qui la font vivre aient été des sujets délibérément négligés par la direction du NPA ? Alors que les libertés fondamentales reculent sans cesse, alors que des fondements de la démocratie sont remis en question, alors que les institutions subissent des mutations contraires à l’intérêt général, pas une seule réunion du Comité exécutif n’a été consacrée à ces questions.

Qui peut objecter que la pensée dominante au NPA se réfère principalement aux acteurs de 1917 ? Le NPA n’a été capable ni d’innover la pensée politique anticapitaliste, ni d’intégrer les réalités écologiques et sociales du 21e siècle, ni d’adapter son langage aux temps présents.

Quel esprit lucide peut se dispenser de procéder à un tel bilan ? On peut le partager ou le contester. C’est en tout cas le mien. C’est mon ressenti des deux années écoulées. Il n’est plus temps, pour moi, de me livrer à de vaines batailles d’arrière-garde où les contres-résolutions et les amendements et sous-amendements ne servent qu’à alimenter de stériles discussions d’appareil et à différer un diagnostic qui dès à présent s’impose : le NPA est cliniquement mort.

Je ne suis qu’un militant parmi d’autres. Déçu comme tant d’autres. Comme je l’ai déjà écrit, sur mon blogue, j’ai le sentiment d’avoir été bien plus utile pour la cause qui nous est commune quand, m’efforçant d’appliquer les conseils de Pierre Bourdieu, je décortiquais et dénonçais les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce et les négociations gouvernementales qui sont à l’origine de la mondialisation néolibérale ou quand j’analysais le Traité constitutionnel européen et combattais sa ratification.

Parce que les altermondialistes ont, à de multiples reprises, vérifié la nécessité d’un prolongement politique à leur travail d’analyse et d’éducation populaire, j’ai cru que le NPA allait offrir cet outil efficace dont la gauche de gauche a besoin. Dans la formidable bataille des idées qui nous oppose aux tenants et aux résignés du capitalisme, par rapport à ce que tout un chacun doit aux valeurs qu’il prétend défendre, je crois, avoir mieux servi celles-ci avec mes travaux sur l’Europe qu’avec ma candidature aux européennes.

J’ai donc, à regret, décidé de quitter le NPA. Désormais, libre de toute attache, je suis, comme beaucoup, en attente et en recherche, jamais las de scruter la moindre lueur d’espérance. Et résolu, avec celles et ceux qui ne se résignent pas au monde tel qu’il est, à construire des confluences écologiques et sociales pour une alternative au capitalisme.

Raoul Marc Jennar

http://www.jennar.fr/index.php/les-yeux-qui-souvrent/




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