RAS nucléaire rien à signaler, un documentaire en salles

Publié le par dan29000

RASnucleairerienasignaler.jpgLe documentariste avoue utiliser la caméra comme un outil scientifique, un moyen incroyable de comprendre des problèmes. Néanmoins esthète dans l'âme, Alain de Halleux confie que pendant le tournage, et malgré la gravité du sujet, certaines obsessions visuelles se sont imposées : "la beauté des centrales nucléaires, implantées dans ces coins de natures, qui donne un ensemble contrasté mais magnifique. De là est né un jeu, sans doute influencé par ma carrière de photographe, de filmer cette centrale, d'arriver à rendre sa beauté étrange. J'ai aussi découvert que j'aimais mettre les personnes en situation photographique."

Un film qui s'est construit "au fur et à mesure"...

En commençant le film, Alain de Halleux n'avait aucune idée précise de ce que serait au final R.A.S. nucléaire rien à signaler. Le cinéaste raconte : "Lorsque j'allais voir les gens, je prenais ma petite caméra et mon micro, je rencontrais seul les gens. La parole que j'ai rencontrée pendant les repérages était tellement forte que c'est elle qui a trouvé sa place dans le film. (...) C'est un film réalisé de façon organique. Rien dans sa mise en scène n'était calculé à priori. J'ai travaillé sans aucun scénario prédéterminé. Le film s'est en quelque sorte fait au montage. Je rencontrais ces travailleurs. Ils me disaient une foule de choses. Et c'est eux qui déterminaient le sens que le film allait prendre."

La genèse du projet : un double électrochoc

Alain de Halleux, le réalisateur de R.A.S. nucléaire rien à signaler, à la fois chimiste nucléaire et cinéaste, confie qu'il s'est véritablement intéressé au sujet en 2006, dès lors qu'il a appris à la radio qu'une centrale nucléaire avait failli exploser en Suède : "Tchernobyl fut une énorme catastrophe, mais ça aurait pu être bien pire",déclare-t-il. "Si ça avait explosé en Suède (...), on aurait vraiment connu une monstrueuse catastrophe. C'est comme si cette nouvelle m'avait appelé à la radio. Moi, chimiste nucléaire et cinéaste, je me devais de faire quelque chose pour attirer l'attention de l'opinion publique sur les dangers du nucléaire." Après s'être replongé dans ses cours sur le nucléaire, le cinéaste est tombé sur les travaux d'une sociologue française, Annie Thébaud-Mony : "Ce fut pour moi un second électrochoc, dit-il. "Le premier fut la peur provoquée par l'annonce de l'incident en Suède. Le second fut l'injustice de savoir que des gens travaillaient dans l'ombre, se faisaient irradier, pour que moi, pour que nous tous, ayons la lumière. Je voulais comprendre qui étaient ces gens, pourquoi on n'en parlait pas, pourquoi ils étaient invisibles. D'autant que la description des conditions de travail de ces gens faite par Thébaud-Mony était pour le moins inquiétante. Je sentais qu'il y avait là quelque chose à mettre à jour, quelque chose que l'on tentait de nous cacher. Comme un secret de famille à débusquer. J'ai réalisé qu'il y avait peut-être un lien entre ce silence des travailleurs et notre sureté. Je suis donc parti à la recherche de ces travailleurs."

Vaincre la peur...

"Au départ, ce qui m'a motivé à réaliser ce film", explique Alain Halleux, le réalisateur de R.A.S. nucléaire rien à signaler, "c'est la peur. Du moment où je me suis mis à faire ce film, à agir, je n'ai plus eu peur. Aujourd'hui, beaucoup de gens vivent dans l'angoisse de diverses choses. Le message du film, c'est que dès lors que l'on se lance dans l'action, la peur disparaît."

Un travailleur témoigne

Parmi de nombreux autres travailleurs, Christian Ugolini, sous-traitant, témoigne sur les conditions de contrôle dans les centrales : "On te demande de travailler sur du matos important pour la sûreté et on te demande en même temps de signer ton rapport RAS même si y a un défaut. Moi je peux en témoigner, ça m'est arrivé, on m'a mis la pression. Mais la pression, ça veut dire quoi, j'suis sur un chantier à l'intérieur du bâtiment réacteur, dans la salle des 4 as, là où il y a des grosses vannes, qui sont pourries, ça pète de la mort, c'est bourré de becquerels et tout ce que tu veux, c'est irradiant, contaminant, c'est dégueulasse (...). Que tu fasses partie de celui qui signe ou de celui qui signe pas RAS, tout le monde sait bien qu'il y a des putains de problèmes là-dedans, tous les travailleurs sont conscients du merdier que c'est là-dedans et que ça peut pas continuer comme ça. Tu rencontres des travailleurs dans les vestiaires qui disent vivement qu'il y ait un Tchernobyl en France pour qu'on puisse faire notre travail correctement. Tu te rends compte ?"

Un terrain difficile à aborder

Revenant sur son expérience vécue sur le terrain, Alain de Halleux affirme que le nucléaire "reste de plus un monde très mystérieux, très fermé, totalement lié au pouvoir. Je me doutais bien que ça n'allait pas être facile, mais j'étais décidé. De fil en aiguille, j'ai commencé à rencontrer des travailleurs. Certains avaient quitté le nucléaire, voulaient bien parler, mais pas devant une caméra. Ce qui prouve bien que même en ayant quitté le nucléaire, ils continuaient de craindre la pression du regard social. Ce que ces gens m'ont raconté était tellement incroyable, que ça m'a conforté dans ma volonté de faire ce film." Lors de ses rencontres avec les travailleurs, le réalisateur tenait à faire comprendre sa démarche de "transparence".

Un film "engagé" ?

Alain Halleux assure que R.A.S. nucléaire rien à signaler n'est pas engagé au sens "pour" ou "contre" le nucléaire, car cela ne change rien à la réalité : "(...) ce sont ces jugements qui font qu'on n'examine pas la réalité. Avec les jugements, on évacue la démarche d'essayer de comprendre. On reste en surface des choses. Dans tous les débats sur le nucléaire, il y a eu beaucoup d'échange de dogmes, mais aucune volonté de comprendre le nucléaire en soi." Et le cinéaste d'ajouter : "Mon but premier est une démarche citoyenne. Il se fait que cette alerte s'est matérialisée dans un film, mais ce n'était pas ma vocation première. Avec ce long métrage, j'ai la volonté d'essayer de conscientiser les gens. J'ai quatre enfants, je n'ai pas envie qu'ils vivent dans un monde contaminé."

Deuxième immersion dans le sujet

Ce n'est pas la première fois que le réalisateur Alain de Halleux s'intéresse au nucléaire. Il avait déjà traité ce sujet dans un film intitulé Invisible, sur les populations vivant en milieu contaminé par le nucléaire. Le cinéaste assure que les deux films sont liés : "Invisible, c'est ce qui risque de nous arrivé si une centrale explose. R.A.S. nucléaire rien à signaler a été réalisé plus dans une volonté d'alerter les gens, là où Invisible tenait plus du constat dur."

La course aux festivals

Le documentaire de R.A.S. nucléaire rien à signaler a été sélectionné dans de nombreux festivals en 2009, parmi lesquels le Festival International de documentaire Visions du réel de Nyon, le Festival DOK de Leipzig, les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal, le Festival du Film militant d'Aubagne, ainsi que le Kassel Doc Film.

Source : allociné

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