Rennes et Rennes-Métropole : retour sur trois années de pratiques des élus

Publié le par dan29000

Retour sur trois années de pratiques des élus de Rennes et Rennes-Métropole

Il y a trois ans,  le Dal35  lançait une série d’occupations de lieux municipaux pour trouver une solution d’hébergement aux familles et célibataires migrants,  laissés pour compte et à la rue, par la préfecture d’Ille-et-Vilaine, en dépit de ses obligations, des lois françaises et internationales, du respect de la dignité humaine, etc.

En ce temps-là, certains élus, dont le Maire de Rennes Daniel Delaveau et sa première adjointe Nathalie Appéré, osaient encore dans de subtils communiqués condamner fermement les actions du Dal35 et rappeler doucement la préfecture à ses obligations.

Ce qui par ailleurs, ne les empêchait nullement de solliciter les services préfectoraux pour expulser manu militari les réfugiés qui avaient osé occuper leurs locaux désertés.

Bonnes âmes et grands cœurs, ces illustres représentants de la ville, se réclamaient d’une  autre politique  quand déjà ils appliquaient  les mêmes critères que ceux en place alors. Ces élus aimaient communiquer, à qui voulait l’entendre, le relogement des familles avec enfants et celui des femmes enceintes mais oubliaient volontairement de dire que la solution ne serait que précaire et surtout très éphémère pour les uns, tandis que les autres occupants retourneraient immédiatement à la rue.

Abusé plus d’une fois par ce stratagème de communicants ambitieux, le Dal35 faute de solution pérenne optait alors pour une politique de réquisition de locaux inoccupés.

L’une d’elle aura été la réquisition de la rue Postel, où 120 migrants s’entassaient dans les locaux administratifs, les caves, les greniers, la cour et l’ancien funérarium. Des conditions de vie et d’hygiène, qualifiées de pires que celles vécues dans un camp de réfugiés par Réseau Ville Hôpital.

Sollicités à maintes reprises pour une aide matérielle, allant de la mise à disposition de toilettes publiques à la simple obtention de couvertures, les élus de la ville de Rennes et de Rennes-Métropole ont toujours refusé d’intervenir. Au motif qu’il s’agissait d’un espace privé mais également que le logement des demandeurs d’asile demeurait avant tout une compétence de l’Etat.

Toutefois, cette indifférence envers les déboires des migrants a cessé quand la presse nationale a relayé l’existence de ce terrible squat. Nos élus locaux, inquiets de leur renommée ou de leur futur plan de carrière, ont finalement annoncé le dispositif Coorus. 85 places d’hébergement supplémentaires aux frais essentiellement des collectivités locales mais sous commandement préfectoral.

Un dispositif qui n’a jamais évolué depuis sa création et dont on vient d’apprendre qu’il ne serait peut-être plus financé prochainement…

Magnanime, bien qu’en désaccord sur l’essentiel des modalités du dispositif Coorus, le Dal35 a considéré que c’était au demeurant une avancée. Mieux, il a géré intégralement l’évacuation du squat, accompagné  les migrants vers leur nouvelle destination, relogé les oubliés volontairement écartés du dispositif, sans qu’une seule fois élus, travailleurs sociaux ou préfecture n’aient à venir sur le site. Pour autant jusqu’à ce jour nos « acteurs » n’ont jamais cru utile de reconnaître ou de citer le travail du Dal35.

Quand par la suite, une propriété de la ville de Rennes, boulevard de Guines, a été réquisitionnée l’attitude des élus est demeurée  la même. Volonté délibérée de ne pas satisfaire les besoins en poubelles, refus de faire venir sur place un élu ou un travailleur social et municipal … , sans compter le dépôt de plainte et la demande de référé expulsion. Une attitude et un fonctionnement comparables à n’importe quel propriétaire et très loin de toute conception humanitaire.

Seul changement notable et officiel, la prétention à vouloir affirmer en avoir déjà beaucoup fait, voire être au maximum de ses capacités, en citant abondamment le dispositif Coorus pour solde de tout compte. Pour une municipalité qui a toujours refusé de réquisitionner des immeubles vacants, qui n’a jamais oser aborder publiquement le sujet avec la préfecture ou simplement prononcer le mot, c’est un peu court, théâtrale et cynique.

Cynique car officieusement la plupart des élus rencontrés lors des rassemblements hebdomadaires du mercredi matin prétendent compatir au sort des migrants, déployer une activité débordante pour infléchir la position préfectorale. Les mêmes acceptent à l’évidence le protocole mis en place par les stratèges politiques de la mairie. Interdiction de recevoir plus d’un ou deux militants du Dal35 à la fois, obligation de ne recevoir que deux, voire trois ou quatre familles, de ne plus appeler personnellement le 115, d’ordonner la fermeture des portes au moindre mouvement de foule suspect, d’être encadré par un dispositif policier, etc.

Autre cynisme, autre changement notable mais officieux, les encouragements ou conseils aux militants de l’association de s’en prendre aux bâtiments de l’Etat. Sous-entendu, dans une telle configuration les choses seraient différentes, le soutien presque une évidence, un juste combat…

Et on a vu. Le Dal35 a réquisitionné un bâtiment du ministère de l’agriculture route de Fougères. 140 personnes et 2 toilettes. Un camping autour du bâtiment. Puis a suivi le long combat habituel contre la municipalité pour obtenir des poubelles, le refus de livrer des toilettes, d’apporter la moindre assistance ne serait-ce qu’oralement, aucun soutien d’élus de Rennes ou de Rennes-Métropole, bref le mépris.

Doublé d’une grande hypocrisie.  Les décideurs de la ville de Rennes savaient que la préfecture allait utiliser une justice d’exception, sans jugement, pour expulser tout ce petit monde, 48 heures avant que n’ait lieu l’opération. Ils n’ont rien dit, rien fait d’autre que de préparer un communiqué de presse,  indigné certes mais délivré artificiellement quelques heures après les faits.

La préfecture a prétendu reloger, les élus ont fait semblant de croire, mais seule une quarantaine de personnes ont bénéficié d’une offre d’hébergement temporaire. Un mois et demi plus tard, la quasi-totalité des miraculeusement relogés était de nouveau à la rue.

Alors le Dal35 s’est lancé dans une lutte effrénée. Une dizaine de réquisitions. Une toutes les 3 semaines, pour sortir tout ceux qui avaient trouvé un refuge sur un campement  précaire à Chevaigné. St Sulpice, Cesson-Sévigné, St Grégoire, Thorigné-Fouillard , Saint-Sulpice-La-Forêt, des villes de Rennes-Métropole. Une stratégie délibérée d’étendre le conflit, d’impliquer des élus. Mais qu’ont-ils dit ? Rien si ce n’est pour les plus zélés, de reproduire le discours de Daniel Delaveau. Un migrant est toujours mieux dehors qu’abrité.

Excepté, deux communes, Chevaigné pour avoir refusé les injonctions de la préfecture d’ordonner l’expulsion du campement sommaire sur les berges du canal et Cesson-Sévigné qui n’a pas intenté un référé expulsion d’une bâtisse lui appartenant et a apporté son aide matérielle aux migrants, aucune commune, aucun élu, n’est venu apporter son concours ou soutien.

Comme par ailleurs aucun parti politique,  aucun syndicat, aucune association ne s’est engagé au-delà de quelques communiqués….

Depuis le Dal35 a entrepris des réquisitions sur des habitations  vides appartenant à des promoteurs immobiliers. La plupart étant les chevilles ouvrières de l’urbanisation bobo ou bureaucratique  de Rennes et Rennes-Métropole. Des promoteurs immobiliers qui créent  une société  anonyme pour chaque opération.

Certaines de ces réquisitions, comme celles de la rue Poirier-Nivet, bien qu’un jugement ait accordé un délai aux personnes pour y demeurer, n’avaient pas d’eau. Elles allaient s’approvisionner à un point d’eau public en attendant que l’association tente de convaincre les élus et Véolia de rétablir les compteurs d’eau. Les semaines ont passé. La compagnie affirmait que la municipalité rennaise s’opposait catégoriquement au raccordement mais celle-ci démentait. Puis subitement, plus d’eau accessible au point public d’approvisionnement, les toilettes publiques fermées …

Le Dal35 occupe alors la mairie de quartier. L’adjointe Marie-Anne Chapedelaine déclare à la presse qu’il est strictement impensable qu’ils puissent avoir interdit ou ordonné le rétablissement des compteurs d’eau. Immédiatement le Dal35 appelle Véolia qui confirme, via le haut-parleur d’un téléphone, à tous les journalistes présents que rien n’est possible sans l’accord de la mairie. 30 minutes plus tard l’adjointe piégée indique que l’eau sera rétablie dans quelques heures.

Aujourd’hui encore la municipalité de Rennes s’oppose encore à la mise en eau de divers squats, refuse de livrer des poubelles et ne cédera que sous la contrainte médiatique ou militante…

Les expulsions policières des réquisitions se suivent et se ressemblent. Les élus se taisent ou disent ne pas savoir. Ils n’ont pas d’avis sur la question, aucune interrogation sur le devenir des résidents, aucune condamnation à exprimer autre que celle des méthodes du Dal35, aucune envie de venir sur place, de constater les dégâts, de rencontrer les familles, de s’informer, de proposer leur aide, de s’engager pour le respect de l’application de la loi.

Le soir de l’élection de François Hollande le Dal35 a ouvert une nouvelle réquisition la Résidence du Parc, une ancienne maison de retraite, à Pacé. 2 jours plus tard  200 migrants occupent les 50 studios et pièces de vie attenantes. 200 autres sont installés dans les réquisitions ou squats précédents. En tout, plus d’une centaine d’enfants sont arrachés à la violence de la rue, etc.

La presse nationale a largement relayé l’information. La plus grande réquisition de France… Le Dal35 a de nouveau sollicité les partis politiques, syndicats, et élus à venir soutenir les migrants dans la quête de leurs droits mais attend toujours un premier engagement.

On se dirige tranquillement vers la plus grande expulsion de France…et les élus n’ont toujours rien à dire ou faire.

Tous les argumentaires utilisés par les élus depuis trois ans ont volé en éclats. Une succession interminable de mensonges, teintée de lâcheté et de carriérisme.

Quel courage politique que celui d’avoir affirmé depuis des lustres une prétendue impossibilité d’agir du fait de la présence d’un président et d’un gouvernement de droite au sommet de l’Etat !

Et maintenant,  que chacun se félicite d’avoir un ami à la présidence et au gouvernement, qu’attendent-ils pour faire ou dire quelque chose ?

Quand  ils devraient ouvrir les portes de  leurs innombrables résidences et locaux inoccupés et sans affectation !

Ne plus refuser l’accès à l’eau et à l’électricité aux migrants non encore relogés !

Manifester immédiatement leur ferme intention d’appliquer les lois concernant l’accueil et l’hébergement des demandeurs d’asile !

Redonner de l’espoir, un sens, une réalité à leur engagement ou démissionner !

Yannic Cottin

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