Rennes : Les justes : Camus, Nordey, Emmanuelle Béart

Publié le par dan29000

emmanuelle_beart_1.jpg_thumb.jpg

LES JUSTES de Albert Camus 

collaboration artistique Claire Ingrid Cottanceau 
assistant à la mise en scène Yassine Harrada 
scénographie Emmanuel Clolus 
lumières Stéphanie Daniel 
costumes Raoul Fernandez 

son Michel Zürcher 


Avec :
Emmanuelle Béart Dora Doulebov
Vincent Dissez Ivan Kaliayev
Damien Gabriac Alexis Voinov
Raoul Fernandez Foka
Frédéric Leidgens Annenkov
Wajdi Mouawad Stepan Fedorov
Véronique Nordey la Grande-Duchesse
Laurent Sauvage Skouratov
Coproduction
Théâtre National de Bretagne - Rennes
Compagnie Nordey, Grand Théâtre de Luxembourg
Théâtre National Populaire - Villeurbanne
Création (FRANCE)
LES JUSTES
mise en scène Stanislas Nordey

« L’action se passe en Russie au début du XX° siècle. Le Parti Socialiste Révolutionnaire a décidé d’exécuter à la bombe le grand-duc Serge pour hâter la libération du peuple russe. Trois terroristes de l’Organisation de combat apparaissent au premier plan : Ivan Kaliayev, qui croit à la beauté et à la joie et n’accepte de tuer que pour donner une chance à la vie. Stepan Fedorov, qui lui ne croit plus qu’à la haine, et Dora Doulebov, une jeune fille qui n’a pas renoncé à son cœur dans son amour de la justice. C’est Kaliayev qui doit lancer la bombe, mais au moment de la jeter il aperçoit dans la calèche les neveux du grand-duc et il suspend son geste. Quelques jours plus tard, Kaliayev tue le grand-duc. Arrêté, il reçoit la visite dans sa prison de la grande-duchesse qui lui propose de demander sa grâce contre le pardon de Dieu ; Kaliayev refuse. Skouratov, directeur du département de la police le prévient que s’il ne dénonce pas ses amis, il fera publier dans les journaux la nouvelle de son entrevue avec la grande duchesse et l’aveu de son repentir […]

Les Justes portent en épigraphe ce vers de Roméo et Juliette : « O love ! O life ! Not life but love in death (O amour ! O vie ! Non la vie mais l’amour dans la mort). » Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de la pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci ne veut pas dire, on le verra d’ailleurs que les Justes soient une pièce historique. Mais tous mes personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J’ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai. J’ai même gardé au héros des Justes, Kaliayev, le nom qu’il a réellement porté. Je ne l’ai pas fait par paresse d’imagination, mais par respect et admiration pour des hommes et des femmes qui, dans la plus impitoyable des tâches, n’ont pas pu guérir de leur cœur. »
Albert Camus
L’Histoire compte moins que la question clairement posée par Camus : le crime à des fins politiques peut-il être légitimé ? Deux conceptions de la révolution s’affrontent : pour Stepan, l’action révolutionnaire n’a pas de limites ; Kaliayev — venu à la révolution par amour de la vie — refuse « d’ajouter à l’injustice vivante pour une justice morte. » Du terrorisme révolutionnaire russe de la fin du XIX° siècle au débat de l’après-guerre sur les actes résistants, jusqu’à l’instrumentalisation étatique du terrorisme aujourd’hui, la question reste urgente.

J’ai, comme beaucoup de gens, étudié Albert Camus au lycée, et je n’en avais qu’une connaissance superficielle. En le reprenant, j’ai eu à la fois l’impression de le connaître et de découvrir en lui une complexité inattendue. Dans la manière dont son œuvre avait été lue et reçue, il me semblait voir des questions demeurées sans réponses.
Mon projet de monter les Justes a provoqué une certaine perplexité. Pourquoi donc revenir à une théâtre plutôt daté ? Réaction que j’aurais pu avoir moi-même avant de relire la pièce dans laquelle j’ai trouvé un lien de parenté avec mon travail au théâtre.
Le théâtre de Camus n’est pas un théâtre à thèse. La pièce n’affirme rien. Comment l’action des personnages s’inscrit-elle dans l’histoire. Seront-ils vus comme les acteurs d’un instant particulier, ou comme des précurseurs dont on se réclamera plus tard pour analyser la question du meurtre politique ?


Á l’aube d’une époque nouvelle, nous sommes dans l’enfance de toutes choses, tout reste ouvert. Que les protagonistes tuent et soient alors amenés à renier leur humanité, ou bien qu’ils aiment et investissent leur libido dans l’acte de construire, ils inventent, s’inventent à chaque seconde.

Camus met en exergue de la pièce cette phrase de Roméo et Juliette : « O love ! O life ! Not life but love in death » et avait envisagé comme titre la Corde, la corde de la pendaison, celle qui, à distance, permet aux deux amants, Dora et Kaliayev, de se rejoindre. L’accomplissement de l’amour ne peut advenir qu’à ce moment là. Chez Camus, le sentiment de ne pouvoir seulement aimer comme tout le monde est omniprésent et se retrouve dans toute son œuvre, Caligula, le Malentendu, partout.
On trouve chez Camus, comme chez Pasolini, la volonté de se mêler de tout, d’être à la fois homme de théâtre, philosophe, journaliste, par besoin de rebondir sur l’actualité. Au risque de se tromper. Pas de doxa, juste le pouvoir d’être bouleversé par quelque chose.
La force des Justes, c’est d’ouvrir sans cesse des questions et donc de s’ouvrir au public.
Stanislas Nordey

du mardi 02 mars 2010
au samedi 13 mars 2010
Durée : 2 h 00

Rencontre avec le public :

Rencontre à l'issue de la représentation du jeudi 11 mars 2010.


Source : TNB / THEATRE NATIONAL DE BRETAGNE

.

Publié dans arts

Commenter cet article