24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 00:32

 

 

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L'inconvénient avec la plupart des romans policiers, c'est que beaucoup se ressemblent. Ici pas d'inquiétude à avoir, aucune chance d'avoir lu un  tel début de roman.

Il y a un immeuble, et au vingt-huitième étage, une piscine.

Dans la piscine, un corps, déchiqueté et unijambiste.

L'homme a été déchiqueté par un requin. Dans cette piscine ?

Etrange, non ?

Les débuts, c'est très important pour les romans, en particulier pour les romans policiers. Et là, franchement, difficile de faire mieux. Et nous en lisons beaucoup.


Autre qualité de ce roman noir, le personnage principal.

Richard Lukastik, inspecteur approchant la cinquantaine, bossant à Vienne, se déplaçant avec une vieille Ford dorée. Mustang, la Ford. Un flic comme nous les aimons, antipathique, un peu dingue, mais pas corrompu, on dirait même irréprochable. Et puis il aime le philosophe Wittgenstein dont il a toujours un petit livre en poche. Afin de mettre un peu de sens dans sa vie. Il l'ouvre souvent. On le comprend.


Donc si l'auteur suit globalement les règles du schéma narratif du polar, il y ajoute les nombreuses digressions de l'inspecteur amoureux de la philosophie. Au fil de l'enquête, l'on parcourt aussi Vienne, capitale artistique et berceau de la psychanalyse, un haut lieu, comme Venise, de la littérature et du cinéma, une ville fascinante et mystérieuse où cet étrange inspecteur un peu décalé, prend ses repas avec ses parents, tout en ne cessant de lire le fameux Tractatus logico-philosophicus...

Erudition et humour sont deux aspects complémentaires de ce roman noir made in Vienna.

"Il y a une explication à tout" est la devise de cet étrange inspecteur.

Même à un homme déchiqueté par un requin dans une piscine en haut d'un immeuble ?

Etrange, non ?

Presque autant que l'auteur, né en Australie en 1961, ayant grandi en Autriche et vivant actuellement  à  Stuttgart, écrivant dans la presse quotidienne et mensuelle.

Un polar à nul autre pareil, d'une originalité rare, impossible à mettre dans une case, mais qui va vous surprendre. Une des révélations de ce début d'année...


 

Dan29000

 

Le site de l'éditeur, c'est ICI


Chez Carnets nord on pourra aussi lire :


Au commencement était la mer, un roman de Tomas Gonzalez pour Carnets Nord

 


 Requins d'eau douce

Heinrich Steinfest

Traduit de l'allemand (Autriche)

par Corinna Gepner

Editions Carnets nord

2011 / 400 p / 20 euros

 

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EXTRAIT / Chapitre 6, page 92

 

 

Dans la chambre d'étude du Dr Paul, les stores étaient relevés. De la fenêtre, on avait vue sur un parc. La lumière des réverbères formait sur le pourtour un motif presque circulaire, qui faisait penser à une tarte. Au-dessus, s'élevait le ciel, d'un bleu sombre et froid. Trois traînées de nuages isolés reflétaient un soleil déjà couché.Comme quelqu'un qui, ayant coulé depuis longtemps, appelle au secours mais n'émet plus qu'un gargouillement.

Debout de part et d'autre du cadavre, le Dr Paul et Erich Slatin parlaient boutique. Un peu à l'écart, Lukastik était posté à la fenêtre,regardant le parc. Il vit une femme qui poussait une voiture d'enfant. L'homme qui se trouvait à côté d'elle se déplaçait comme une pierre sur roulettes. Tous deux ne cessaient de disparaître derrière les taches sombres des arbres et des buissons. Bien que la fenêtre fût fermée, on entendait des cloches d'église. Au loin brillait un gratte-ciel.

Lukastik mit la main dans sa poche et en sortit le petit livre qu'il portait toujours sur lui: Le Tractatus de Wittgenstein. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver. D'autres possédaient une batterie de cartes de crédit, ne traversaient pas la rue sans leur portable ou ne sortaient jamais de chez eux sans une petite bouteille d'eau du robinet, sans un sachet de café instantané et un plan de Vienne. Beaucoup s'offraient la compagnie d'un chien ou conservaient un porte-bonheur contre leur coeur. Pour sa part, Lukastik s'en remettait à cet ouvrage, qui faisait à peine plus de cent pages – dans l'édition de poche, si commode à glisser dans une poche intérieure ou extérieure, de veston ou de pantalon, et dont la couverture rouge vif tendait à atténuer l'absence de couleur de son propriétaire.

 



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Published by dan29000 - dans lectures
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