RESF : des gamins enfermés et bousillés par Sarkozy

Publié le par dan29000

Ces gamins que Sarkozy bousille...

Alain Kuitang Kengne, 17 ans sur son acte de naissance, se désespère dans le centre de rétention de Palaiseau depuis le 6 avril. Il va être expulsé vers le Cameroun. Ainsi en a décidé le Préfet de l’Essonne qui se base sur des tests osseux à la fiabilité discutable pour prétendre Alain majeur et le renvoyer à sa misère natale. Un retour à la case départ pour un môme qui est venu en France croyant, dit-il, « quitter l’enfer pour le paradis ».

Son père était pousseur, un de ces petits métiers réservés aux plus démunis au Cameroun. Il transportait à longueur  de journée des charges de toutes sortes dans son pousse-pousse, une sorte de charrette à deux roues poussée à la force des bras. Le métier est pénible, le salaire dérisoire. Les enfants de pousseurs ne vont pas ou très peu à l’école.

Alain raconte qu’un mercredi de 2007, ses parents ont pris le car pour se rendre à des obsèques. Le lendemain, se souvient-il, les enfants apprennent l’accident, les 27 morts, le décès de leurs parents. Accompagnés de leur voisine, Alain et sa sœur âgés de 12 et 10 ans vont reconnaître les corps à l’hôpital. La femme n’abandonne pas les orphelins et les recueille.

Bien qu’encore très jeune, Alain veut participer aux frais de la famille. Alors qu’il cherche du travail, il fait la connaissance d’un homme qui lui propose de travailler deux ans pour lui et de payer ainsi son voyage vers la France. Au bout de deux ans de travail sans rémunération, Alain reçoit effectivement un passeport et un billet. Il prend l’avion pour Paris le 30 mars 2011. L’homme qui l’attend à l’aéroport lui reprend le passeport, lui donne 50 euros et le quitte en lui disant : « ton destin est maintenant entre tes mains ».

 Alain est désormais livré à lui-même dans une ville inconnue. Il prend le RER, descend à la Gare du Nord et reste dans le quartier à errer dans la rue, à mendier pour manger. Un jour, alors qu’il fait la manche dans le RER, il s’arrête dans une station de banlieue. Las de ne pas savoir où dormir et d’avoir froid, il entre dans le commissariat de la ville et montre son acte de naissance. Les policiers passent des coups de fil et baissent les bras : les foyers pour mineurs sont saturés, il faut retourner à la rue et appeler le 115 pour trouver un toit pour la nuit.

En novembre, il est arrêté pour avoir tenté de voler dans une pharmacie de Sainte-Geneviève-des Bois (91). Premiers tests osseux demandés par la préfecture de l’Essonne, résultats : 19 ans. Le Préfet s’empresse de lui délivrer une obligation de quitter le territoire français sans délai. Une OQTF de plus, c’est bon pour ses statistiques, peu importe qu’elle s’applique à un mineur. En général, cette OQTF sans délai s’accompagne d’une mise en rétention. Mais Alain est libéré et retourne à la rue.

Les semaines passent, arrive le mois de décembre, Alain souffre du froid. Alors qu’il tente de dérober un pantalon et des chaussettes dans un magasin, il se fait à nouveau interpeller. Il ment sur son identité et sa nationalité pour cacher sa première arrestation.  Mais les policiers trouvent son acte de naissance à la fouille et font le lien avec la première arrestation. Les tests osseux de novembre le font naître en 1992, l’acte de naissance indique 1995. Ils en concluent que ce n’est pas le sien. Alain est libéré mais son acte de naissance est conservé au commissariat.

Et c’est à nouveau la rue, le 115, le SAMU social. L’une des personnes rencontrées dans ses abris d’un soir lui conseille de tenter sa chance en province. Alain économise et achète un billet de train pour Lyon. La chance semble enfin lui sourire : il est présenté à un juge qui le confie à l’Aide Sociale à l’Enfance et aux services sociaux de la Maison du Rhône mi-février 2012. Alain peut réfléchir à son avenir. Il aurait voulu suivre une formation de mécanique mais son niveau en lecture et écriture est trop bas. Il pense à l’armée quand il sera majeur, à la Légion étrangère puisqu’il n’est pas français. Mais il devra fournir une pièce d’identité.

Or, par peur d’être renvoyé dans un commissariat s’il donnait sa véritable identité, Alain a un peu déformé son nom. Il a dit s’appeler Joël Kengne et être né le 10 mai 1994. Le juge pense qu’il va avoir 18 ans et veut le revoir fin avril pour mettre sur pied son projet d’avenir et préparer son départ de l’ASE.  Alain décide de revenir à Paris pour récupérer son acte de naissance et donner sa véritable identité au juge. Mais il se fait à nouveau arrêter. Deuxième demande de tests osseux par la préfecture de l’Essonne, résultats : 18 ans. 19 ans en novembre, 18 ans quatre mois plus tard. Pas d’hésitation, le préfet lui délivre un arrêté de placement en rétention. C’est pourquoi Alain est, depuis le 6 avril, au centre de rétention de Palaiseau (91) où il regarde les jours passer sans comprendre les démarches juridiques, les juges, leurs décisions. C’est comme si je regardais des images, dit-il, il faut qu’on m’explique ce que dit le juge et ce qu’il écrit parce que je ne comprends pas.

Il dit avoir mal à la tête à penser toute la journée à ce qu’il deviendrait s’il était renvoyé au Cameroun alors qu’il n’a même pas un centime pour prendre un taxi à l’aéroport. Il parle de sa petite sœur dont il dit fièrement qu’elle va à l’école. Elle est en CE2, oui, elle est en retard parce qu’elle a commencé tard. Il dit que quand il sortira du centre, il voudrait travailler, gagner de l’argent. Il dit que son rêve serait de téléphoner à sa petite sœur et de lui dire : « cette année, je paie ta pension chez la voisine et tu pourras continuer l’école ». Il rêve encore un peu de ce paradis qu’il est venu chercher.

Il ya peut-être un part de vérité et une part d’affabulation dans le récit de ces jeunes qui fuient leur misère et espèrent trouver ici un avenir. Mais que penser de la position des préfets ? En effet, l’article 47 de notre Code civil précise que « "Tout acte de l'état civil  [...]des étrangers fait en pays étranger […] fait foi […] » sauf si l’administration apporte la preuve qu’il est faux. Or, pour décider de la majorité ou de la minorité d’une personne, les préfets, souvent suivis par les  juges, prennent le parti de se fier aux résultats de tests osseux dont l’inexactitude est scientifiquement reconnue. Dans le cas d’Alain, les tests lui donnent 19 ans puis 18 ans. En appliquant la marge d’erreur de 18 mois, Alain pourrait tout aussi bien avoir 17 ans et demi, 16 ans et demi , 20 ans et demi ou 19 ans et demi.  Le doute est plus que permis ! Pourquoi ne bénéficie-t-il pas aux jeunes ? La simple humanité ne serait-elle pas de les mettre sous la protection de l’ASE et de leur donner une chance d’avoir un avenir ?

Nadia  NGUYEN QUANG, RESF 91

 

Source : MEDIAPART

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