Résistance contre les contrôles au faciès à répétition

Publié le par dan29000

Délit de sale gueule : pourquoi je m'engage contre le contrôle au faciès

LE PLUS. Si certains citoyens sont contrôlés plusieurs fois par mois par la police (voire par semaine, voire par jour), d'autres ne le sont quasiment jamais. "Les contrôles au faciès existent bel et bien", explique un délégué syndical des forces de l'ordre. Une situation intolérable pour Laurence et Karim, habitant respectivement en région parisienne et en banlieue lyonnaise.

Karim D Laurence L

> Par Karim D Laurence L Militants

Edité par Hélène Decommer  

Productrice et étudiant dans une grande école de commerce à Lyon, nous avons rejoint le Collectif contre le Contrôle au Faciès il y a déjà 6 mois.

 

 Un contrôle d'identité à Lyon, le 07/03/08 (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK)

Un contrôle d'identité à Lyon, le 07/03/08 (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK)

Nos motivations

 

Quʼest-ce que "rejoindre" ce Collectif, et pourquoi avons-nous été convaincus ? Tout dʼabord, ce Collectif nʼest pas uniquement dans la "dénonciation" dʼune réalité connue depuis des générations et confirmée par une étude scientifique en 2009. "Contre" le contrôle au faciès, pratique abusive et discriminatoire du contrôle dʼidentité, il est surtout "pour" une police conçue comme un service public, au service du citoyen.

 

Les membres du Collectif soutiennent lʼidée de la remise dʼun "reçu" du contrôle dʼidentité, outil objectif de dialogue, dʼévaluation et dʼamélioration du service policier et de son rapport avec les citoyens, car son efficacité en dépend en partie. Rien de nouveau en soi, puisque le reçu a été demandé et recommandé par des dizaines dʼassociations, dont les nôtres, depuis longtemps !

 

Déjà mis en place dans certains pays européens, il sʼagit dʼun PV contresigné de lʼagent et de la personne contrôlée, dont chacun garde une copie, comme lorsque lʼon a une amende ou quʼon dépose un chèque. Dessus figurent le numéro de matricule de lʼagent, le nom de la personne contrôlée sur lʼexemplaire quʼelle conserve, un numéro de souche, la date, lʼheure, le lieu, le motif du contrôle, mais aussi son résultat, et le respect ou non de la procédure. Au dos, la loi encadrant le contrôle dʼidentité, pour information.

 

Un recours face à dʼéventuels abus


Pourquoi le reçu ? Lʼétude "Police et Minorités Visibles" menée par le CNRS et le CESDIP pour lʼOSJI confirme que les contrôles dʼidentité touchent en priorité les hommes qui portent des vêtements "jeunes", et ceux qui sont perçus comme noirs ou arabes. Peu efficaces en matière de maintien de lʼordre, ils sont en revanche parfois accompagnés de violences verbales, d'humiliations, ou de brimades.

 

Le rapport de peur ou de défiance entre les autorités et certains citoyens qui en découle, décrit dans le livre "La Force de lʼOrdre" de Didier Fassin, peut avoir des conséquences graves - des poursuites judiciaires pour outrage et/ou rébellion, des violences physiques, et parfois, des accidents mortels (comme cela a été le cas pour Zyed et Bouna en 2005, électrocutés dans un transformateur alors quʼils fuyaient un contrôle).


Nous connaissons bien le "jeu du chat et de la souris" qui existe entre certains jeunes et les forces de lʼordre. Mais le métier de la police est la protection de ses citoyens. Puisque lʼEtat lui confère un certain pouvoir pour lʼassurer, il nous semble normal dʼoffrir aux citoyens un recours face à dʼéventuels abus.

 

Les citoyens qui "dérapent" sont sanctionnés, ce qui est normal. Mais le sentiment de frustration qui découle de lʼimmunité dont se targuent certains agents nuit à la police dans son ensemble, et donc à ses enquêtes, et donc à notre protection. Une trace des contrôles permettrait de prouver quʼils ont eu lieu ; un reçu détaillé permettrait à lʼagent de les justifier, à la personne contrôlée de les comprendre, et/ou de les contester, et aux commissaires dʼévaluer leurs politiques de contrôle dʼidentité sur le terrain. Enfin, le reçu permettrait dʼattirer plus rapidement lʼattention sur les quelques agents qui nʼen délivrent pas, et abusent de leur pouvoir sur les citoyens…

 

Mieux que les manif ou les émeutes


Ayant grandi dans des quartiers populaires, nous avons été témoins de nombreux contrôles abusifs à travers les années. Sans nous en rendre compte, nous les avions intégrés comme "normaux". Or sʼil est normal dʼenquêter, sʼil est normal de traquer des criminels, il nʼest jamais normal dʼinsulter ou dʼhumilier des citoyens, ou de refuser de leur expliquer pourquoi ils sont arrêtés…

 

Aujourdʼhui en position de sʼapercevoir que cette réalité va contre les règlements-mêmes de la police, nous avons rejoint un Collectif qui choisit le droit et le dialogue comme leviers dʼaction, et les préfèrons aux marches, manifestations ou émeutes, dont les conséquences nous ont trop souvent échappé.

 

Le chargé de la sécurité à lʼUMP déclarait il y a peu sur M6 que 132 policiers sont sanctionnés par an pour abus, alors même quʼil est aujourdʼhui quasiment impossible de prouver quʼun contrôle a eu lieu. Une trace des contrôles dʼidentité nous permettrait-elle dʼagir plus efficacement en cas dʼentorse à la procédure ?


Le Collectif met en place une action en justice sans précédent en France, non à lʼencontre des policiers, mais de ceux qui en définissent les politiques internes, afin de souligner un problème dont ils doivent ce saisir. A cet effet, il a mis en place un numéro de SMS 07 60 19 33 81 auquel chacun peut envoyer "contrôle" après un contrôle sans motif apparent, hors véhicule.

 

Être un membre du Collectif, cʼest donc simplement faire enregistrer ce numéro, et encourager chacun à se saisir de ses droits. Nous le faisons à travers la production et diffusion de films pédagogiques avec débats dans les écoles ; nous le faisons en sillonnant les quartiers en faisant enregistrer le numéro dans tous les téléphones ; nous le faisons en témoignant ici de notre engagement, en vous renvoyant vers le site internet où se trouvent tous les outils pour devenir à votre tour actifs au sein de cette initiative citoyenne.

 

Prof, politique, policier, voisin, grande sœur, petit frère, plus nous sommes à y participer, plus cette question prendra de lʼampleur dans les débats entre les candidats à la présidentielle, qui, nous lʼespérons, devront se positionner sur cette question fondamentalement républicaine.

 

 

Source : Nouvel obs



 

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Mitsuko 06/12/2011 09:28


Résistance contre les contrôles au faciès à répétition.


Déli de sale gueule : Pourquoi je m'engage contre le contrôle au faciès.


Le collectif met en place une action en justice sans précédent en France, non à l'encontre des policiers, mais de ceux qui en définissent les politiques
internes, afin de souligner un problème dont ils doivent se saisir.


Sans vouloir le citer, le Ministre de l'Intérieur, ne bougera pas un doigt pour aider les personnes qui sont contrôlés au faciès à répétition ... C'est lui
qui a entamé la procédure et on sait tous bien pourquoi ...


C'est outrageant pour la France. Ca donne l'image de la xénophobie. Et c'est ce que cherche justement ce ministre là ... C'est déshonorant pour la France et
les Français ...


Mais plus dure sera la chute, Monsieur Le Ministre aujourd'hui mais demain ... !!!


 



    

dan29000 06/12/2011 09:47



bonne initiative ce collectif contre les contrôles au faciès malgré les dénégations de syndicats corporatistes disant que cela n'existerait pas...