Résistance : la maternité des Lilas ne doit pas fermer

Publié le par dan29000

«La maternité des Lilas, c’est une famille, un foyer»


Par Elsa Sabado et Margaux Lannuzel

 

Il est 15 heures, et les poussettes arrivent au compte-goutte devant la maternité des Lilas. Elles devaient mener une marche jusqu’au terrain où l’établissement devait renaître de ses cendres. Mais le projet de reconstruction de la clinique, vétuste, a été stoppé par l’Agence régionale de santé. La fermeture menace. Infirmières, puéricultrices, et gynécologues seraient alors laissées sur le carreau.

 

Si les usagers sont moins mobilisés qu’aux dernières manifestations, les salariées de la maternité ne lâchent rien: Les Lilas ne peuvent disparaître. «Si la maternité fermait, la moitié des employés retrouverait un travail facilement, au vu de la pénurie de personnel dans les métiers de la santé. L’autre moité serait au chômage», explique Xavier Tartas, directeur de l’établissement.

«La lutte est du côté de l’emploi, mais pas seulement. Ça nous emmerderait d’aller travailler ailleurs. Sage femme dans un hôpital ou aux Lilas, c’est le même nom, mais pas le même métier», explique Danielle, qui a roulé sa bosse. La maternité est fameuse pour les services qu’elle propose aux parents. La qualité des conditions de travail du personnel est moins connue. Pourtant, cette qualité-là aussi est menacée par la fermeture.

«On se lève avec enthousiasme pour aller à la «mater», on n’a pas l’impression de travailler, mais de vivre, de s’épanouir», s’exclame Sarah, de l’administration. «On vit ensemble une aventure humaine, celle de la maternité des Lilas» rebondit Janine, secrétaire médicale; «La maternité des Lilas, c’est une famille, un foyer, rien à voir avec les «chaînes à bébés» que sont les hôpitaux» renchérit Christine, l’assistante de direction…

Les salariées, lorsqu’on les lance sur «leur» maternité, ne tarissent pas d’éloges. Amandine, dont la mère et la tante travaillent aux Lilas, a même repris le flambeau, commençant à y faire des ménages dès son plus jeune âge; «et déjà, je pouvais prendre mon temps, il n’y avait pas de pression». Elle est maintenant standardiste.

M. Tartas nuance: «A la maternité, la rémunération est moindre que dans le privé lucratif, et les locaux n’offrent pas la qualité de travail d’un établissement neuf. Si le turn over est faible, c’est grâce à la philosophie qui règne ici.» En 2010, la Délégation territoriale s’étonnait de l’absence de recours à l’intérim de l’établissement. «Les gens restent!», s’enthousiasme le directeur.

Il rappelle la devise de l’établissement: «A la maternité des Lilas, on n’accouche pas, on naît. C’est tout l’inverse d’une usine». Visiblement, les conditions de travail et l’ambiance qui règnent au sein de la petite structure reflètent la qualités des soins prodigués aux mamans. Position d’accouchement, rythme des contractions, péridurale ou pas… Le libre choix est la règle. «Ailleurs on leur demande de s’adapter à la structure, ici, c’est la structure qui s’adapte. Aux Lilas, on ne traite pas un «produit médical», on a des relations humaines.», raconte Danielle.

L’avenir de ce cocon est suspendu à la décision de l’ARS: reconstruire ou détruire. «Ce genre de structure est rare. Si elle disparaissait, il ne resterait plus que la maternité des Bluets, dans le XIIème arrondissement de Paris. Cela marquerait la fin d’une époque», se désole Sarah Gueday, secrétaire du collectif de défense de la maternité des Lilas.

 

Source : Libération

Publié dans actualités

Commenter cet article